‹ L'évangile de notre-Seigneur Jésus-ChristChapitre 198 sur 340 · PARABOLE DE L'ENFANT PRODIGUE · texte numérisé non relu

PARABOLE DE L'ENFANT PRODIGUE

à la maison et laissera ses i^arents en tranquille jouissance de la portion qui lui est échue.

Le partage achevé, les indices d'ingratitude se multiiDlient. Quelques jours seulement après être entré en possession, ayant réalisé tout son avoir, afin de n'être jamais contraint de revenir en arrière, le jeune homme s'en va dans un I3ays lointain, le jdIus loin possible, semble-t-il. Jusqu'ici, ce ne sont que les préjDaratifs de la faute, mais la faute vient bientôt : toute cette richesse, qui était le travail accumulé par son père et l'épargne de sa vie, il la dissipe en débauche. Alors une grande famine survient dans la région ; et, à l'heure où ses biens lui eussent été le plus nécessaires, il commence à manquer de tout. La misère l'oblige à se mettre au service d'un des habitants du pays. Lui qui avait été libre, indéiDcndant, associé à l'œuvre de son père, il s'attache à un étranger, à Un païen. Encore, cet homme ne le garde-t-il pas auprès de lui : il l'envoie dans ses terres, ne lui assure même aucun salaire, et témoigne de son dédain en lui assignant la besogne qui devait le plus répugner à un Juif : il sera désormais le pourvoyeur d'animaux immondes, leur serviteur ! A peine a-t-il de quoi manger. Il en vient à souhaiter la nourriture des pourceaux et à désirer pour lui-même la pulpe fade et lourde dont ils se gorgent : mais nul ne songe à lui en offrir.

Voici le second acte : le repentir. La parabole nous montrera que l'homme doit s'employer lui-même à son retour vers Dieu. Le prodigue revient à lui, comme d'une longue extase impure. Il se rappelle sa maison d'autrefois, où la vie était si digne, où les serviteurs eux-mêmes ne manquaient de rien : « Combien de mercenaires, se dit-il, chez mon père, ont du pain en abondance : et je suis ici, moi, à mourir de faim ! Je me lèverai, j'irai vers mon père ...» Tout est gagné : il dit : « Mon père. » C'est la parole sans cesse répétée au cours de ces versets, — la première, la plus douce que le Seigneur nous ait apprise. Dans le coeur du prodigue, cela a survécu à tout. Il faut que Dieu ait gravé bien profondément au cœur de l'homme ce sentiment de sa paternité, pour que nulle dégradation ne l'efface. « Du sein de ma misère et de mon abjection, l'être souillé et méconnaissable que je suis, je me lèverai et j'irai vers mon père. Il y a loin : n'importe ; c'est bien le moins que je fournisse à nouveau, pour le revoir, tout le chemin indignement parcouru pour m'éloigner de lui. Je lui dirai : Père ! j'ai péché contre le ciel et contre vous. Je ne suis

plus digne d'être appelé votre fils. Prenez-moi cependant, au titre de l'un quelconque de vos serviteurs. Du moins, je serai avec vous... » Il ne songe pas à chercher une excuse ; c'est Un repentir tout trempé de charité.

Le prodigue ne se borne pas à la résolution : il l'exécute sUrle-champ. Il ne semble même pas supposer que son père puisse l'avoir oublié ni lui tenir rigueur. Et il ne s'est point tromjjé. Son i^ère l'aperçoit, alors qu'il était loin encore. Il le reconnaît sous ses haillons sordides ; et ses entrailles sont émues de compassion. Il court, malgré son âge ; et, le premier, tombe à son cou, le prend dans ses bras, l'embrasse tendrement. Le fils avait préjjaré ce qu'il devait dire. « Père, j'ai péché à la face du ciel et devant vous. Je ne suis plus digne d'être appelé votre fils. » Le temps lui manque pour prononcer le reste : «Faites de moi l'un de vos mercenaires ; » car le père l'interrompt : « Vite ! dit-il aux serviteurs, apportez une robe, la plus belle, la meilleure que vous ayez (Tr,v xpwTviv, non pas simplement celle d'autrefois), et l'en çeyêtez. Mettez un anneau à son doigt, l'anneau qui est le sceau des personnes de qualité, des fils de famille, le signe d'une nouvelle union ; et donnez des chaussures à ses pieds, afin qu'il ne ressemble plus aux esclaves. Allez chercher le veau gras, celui qu'on nourrissait pour une fête : tuez-le, et mangeons-le dans un joyeux banquet. Car mon fils qUe voici était mort, et il est ressuscité ; il était perdu, et il est retrouvé ! » Et bientôt, le festin commence.

Cependant, le fils aîné était aux champs. Et à son retour, tandis qu'il approchait de la maison, il entendit de la musique et des chœurs de danse ; il appela un des serviteurs, et lui demanda ce qui se passait. « C'est que votre frère est de retour, lui fut-il répondu, et parce que votre père l'a retrouvé sain et sauf, il a tué le veau gras. » L'aîné fut outré de colère, et refusa d'entrer. Son père vint. à lui, insista pour qu'il prît part à la fête. Mais il répondit : « Voilà de longues années qUe je vous sers: jamais je n'ai violé vos ordres ; et à moi jamais vous n'avez donné le moindre chevreau, pour le manger avec mes amis ! Mais quand votre fils, ce débauché qui a dévoré son bien avec des courtisanes, est arrivé, c'est pour lui que vous avez tué le veau gras ! » Voilà bien l'insolence, la morgue, l'âpre jalousie des pharisiens. Le père ne dédaigne pas, cependant, de répondre à cette discourtoisie, et de façon si aimable, si affectueuse : « Mon enfant, vous êtes toujours avec

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