‹ L'évangile de notre-Seigneur Jésus-ChristChapitre 199 sur 340 · PARABOLE DE L'ÉCONOME INFIDELE · texte numérisé non relu

PARABOLE DE L'ÉCONOME INFIDELE

moi, VOUS, et tout ce qui est mien est vôtre. Notre intimité et notre bonheur sont de tous les jours et ne font pas événement dans notre vie. Mais il fallait bien faire fête et se réjouir, parée que votre frère était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrou^ é. »

Le., XVI. — ^ Dicebat autem et ad discipulos suos : Homo quidam erat dites, qui habehat villicum ; et hic dijjaynatus est apud illum quasi dissipasset bona ipsius. - Et vocavit illum, et ait illi : Quid hoc audio de te? Redde rationem villicationis tuae ; jam enim non poteris villicare. ^ Ait autem villicus intra se : Quid faciam, quia dominus meus aufert a me villicationem? Fodere non valeo, mendicare erubesco. ^ Scio quid faciam, ut, cum amotus fuero a villicatione, recipiant me in domos suas. ^Convocatis itaque singulis debitoribus domini sui, dicebat primo : Quantum debes domino meo? ^ At ille dixit : Centum cados olei. Dixitque illi : Accipe cautionem tuam, et sede cito, scribe quinquaginta. ' Deinde alii dixit : Tu vero quantum debes? Qui ait : Centum coros tritici. Ait illi : Accipe lit' teras tuas, et scribe octoginta. ^ Et laudavit dominus villicum iniquitatis, quia prudenter fecisset ; quia filii hujus saeculi prudentiores filiis lucis in generatione sua sunt. ^ Et ego vobis dico : Facite vobis amicos de mammona iniquitatis ; ut cum defeceritis, recipiant vos in aeterna tabernacula.

Tout ce chapitre xvi de saint Luc a pour dessein de nous enseigner quel usage nous devons faire de la richesse. Nous l'apprenons grâce à deux paraboles : l'économe infidèle, le mauvais riche et Lazare. La première s'adresse aux disciples (verset 1), mais les pharisiens entendent (verset 14) ; la seconde est adressée directement à ces derniers. Toutes deux sont propres à saint Luc. — Il y avait, dit le Seigneur, un homme riche, dont les biens étaient administrés par un économe ou intendant. Quel est cet homme riche, et quel personnage symbolise l'intendant? Il n'est pas nécessaire de le déterminer. Une parabole n'est pas une allégorie ; et c'est scrupule, nous l'avons dit déjà, de vouloir trouver une application morale définie à des éléments qui n'existent que pour la vraisemblance, l'agrément, le charme du récit. Aussi bien, le Seigneur s'est commenté lui-même, et nous a donné en substance, au verset 9, le sens de la parabole.

olO CINQUIÈME TARTIE. — CHAPITRE III

L'économe fut dénoncé comme dissipant les biens de son maître, qui le manda et lui dit : « Qu'est-ce que j'entends dire de vous? Rendez compte de votre gestion, car vous ne pourrez plus désormais administrer mes biens. » On lui signifie un congé : on ne lui demande pas Une information relative à sa gestion. L'infidélité n'était donc que trop réelle, et l'économe ne cherche point à se justifier. Mais c'est un homme avisé, et qui songe au lendemain. « Que vais- je devenir, se dit-il, maintenant que mon maître me retire l'administration de ses domaines? Travailler la terre, j'en suis incapable ; mendier, j'en ai honte... Ah ! j'ai trouvé, je sais ce que je vais faire ; j'agirai de telle sorte qu'après avoir été écarté de mon office, les portes s'ouvrent encore devant moi.» Alors, en hâte, il mande auprès de lui, tour à tour, quelques-uns des fermiers de son maître, qui devaient fournir, en nature, à l'entretien de sa maison : le rôle de l'économe consistait à déterminer la contribution de chacun. « Combien devez-vous servir à mon maître? demande-t-il au premier. — Cent jarres d'huile, répond-il. — Prenez votre reconnaissance, dit l'intendant ; asseyez-vous, et vite, écrivez cinquante. » A un autre, il dit : « Et vous, combien devez- vous fournir ? — Cent mesures de froment. — Prenez votre billet, et écrivez quatre-vingts. » Si discrètement qu'ait eu lieu l'opération, le maître en eut connaissance, et il ne put s'empêcher de louer l'économe infidèle, à raison de son habileté et de sa prévoyance.

Et le Seigneur passe à l'application morale : « C'est que les fils de ce siècle, dit-il, sont plus avisés dans leurs rapports avec leur génération, avec les gens et dans les affaires de ce monde, que ne le sont les fils de la lumière. » (Jo., xii, 36 ; I Thess., v, 5 ; Eph., V, 8.) Combien le Royaume de Dieu serait florissant, si les bons étaient attentifs à leurs intérêts spirituels et aux choses de la vie future, comme les mondains à leurs intérêts périssables ! Si le maître de maison, bien que peut-être lésé, a pu louer le savoirfaire de son intendant, comment Dieu, qui ne peut rien perdre, n'aiDplaudirait-il pas à la jorudence surnaturelle des siens? Ils ont notamment, dans ces biens terrestres dont il vient d'être parlé, la matière d'une industrie pour l'éternité. A vous qui devez être éclairés, à vous qui êtes les fiJs, non plus de ce monde ténébreux, mais de la lumière, voici ce que je dis, poursuit le Seigneur : imitez sur un point « l'économe d'injustice ». De ce « trésor d'injustice », de cette richesse avec laquelle l'intendant, et tant d'autres

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comme lui, blessent l'équité, vous pouvez vous créer des amis; lorsque la richesse matérielle vous sera retirée en même temps que la vie, ils vous accueilleront, non dans des maisons terrestres, mais dans les tabernacles éternels. La prière du pauvre, en effet, met en hiouvement la main qui gouverne le monde.

Le., XVI. — ^"^ Qui fideïis est in yninimo, et in majori fîdelis est; et qui in modico iniqmis est, et in majori iniquus est. ^^ Si ergo in iniquo mammona fidèles non fuistis, quod verum est quis credet vohis? ^^ Et si in alieno fidèles non fuistis, quod vestrum est quis dabit vohis? ^^ Nemo servus potest duobus dominis servire : aut enim unum odiet, et alterum diliget ; aut uni adhaerehit, et alterum contemnet. Non potestis Deo servire et mammonae. ^* Audiebant autem omnia haec pharisaei, qui erant avari ; et deridebant illum. ^^ Et ait mis : Vos estis qui justificatis vos coram hominibus, Deits autem novit corda vestra ; quia quod hominibus altum est, abominatio est anie Deum. ^^ Lex et prophetae usque ad Joannem ; ex eo regnum Dei evangelizatur, et omnis in illud vim facit. ^^ Facilius est autem caelum et terram praeterire, quam de lege unum apiceni cadere. ^^ Omnis qui dimittit uxorem suam et alteram ducit, moechatur, et qui dimissam a viro ducit, moechatur.

Cet enseignement s'adresse aux pharisiens, trop motivé par leur avidité pour les biens d'ici-bas. D'autres biens, autrement considérables, avaient été confiés à la S}Tiagogue : elle était riche de la doctrine et chargée de la disi^cnser au peuple. Celui, dit le Seigneur, qui est fidèle dans la dispensation des moindres choses, c'est-à-dire des richesses créées, l'est également dans la distribution .des richesses supérieures; et celui qui est injuste dans les petites choses, dans celles de l'ordre terrestre, l'est aussi dans les grandes, dans celles de l'ordre spirituel. Si donc vous n'êtes pas fidèles dans l'emj^loi de cette richesse matérielle qui jseut servir à l'injustice : qui confiera à vos mains la vraie richesse, la seule qui soit? Et si vous n'êtes pas fidèles dans l'usage de cette fortune qui, somme toute, n'est pas vôtre, qui vous échappera et vous sera redemandée, pouvez-vous espérer qu'on vous donne un jour votre bien à vous, le seul qui compte, votre héritage de fils de Dieu? — C'est comme si Dieu faisait, dans le temps, notre éducation, à l'aide des biens inférieurs : il nous les

confie pour voir ce que nous portons dans le cœur. — Le verset 13 (cf. Mt., VI, 24) est la conclusion naturelle de la parabole. Un serviteur ne peut demeurer à l'entière disposition de deux maîtres à la fois. Pratiquement, l'un ou l'autre devra être sacrifié. Ou bien il haïra l'un et chérira l'autre ; ou bien il s'attachera à l'un et méprisera l'autre. Vous ne pouvez servir à la fois Dieu et Mamraon.

Les pharisiens, qui aimaient l'argent, écoutaient ces paroles et les tournaient en dérision. « Comme il est peu pratique ! se disaientils. Il n'entend rien aux choses de la vie... » En face de cette résistance, la parole de Jésus devient plus sévère, menaçante même : « Votre nom est hypocrisie. Vous avez les dehors de la justice, et les hommes, dont vous cherchez les regards, vous estiment ; mais Dieu connaît vos cœurs : là où les hommes admirent une vertu éminente, il ne découvre qu'abomination. »

Les pharisiens s'enorgueillissaient de la possession exclusive de la doctrine et de la iustice; JésUs les avertit que cet apanage leur sera bientôt retiré. La Loi et les Prophètes ont été en possession, mais seulement jusqu'à Jean. Une ère nouvelle a commencé avec sa prédication : il y a place, désormais, pour les pécheurs, pour tous ceux qui se convertissent, pour tous ceux qui accueillent la grâce et arrivent, par elle, à la vraie justice, celle de l'âme, celle qui soutient le regard de Dieu. La bonne nouvelle du Royaume des cieux est annoncée à tous ; et chacun s'empresse, se précipite vers lui : il est en quelque sorte pris d'assaut ; le mouvement est irrésistible, et les pharisiens ne sauraient l'arrêter (Mt., xi, 12-13). — Au verset 17, le Seigneur prévient l'interprétation blasphématoire que ses ennemis étaient tout prêts à donner de sa précédente affirmation. L'évangile n'est point venu abolir et détruire. «Le ciel et la terre passeront, plutôt qu'un seul trait de lettre de la Loi. » Nous avons déjà rencontré cette parole en saint Matthieu, v, 18.

Quiconque répudie sa femme et en épouse une autre est adultère, et quiconque épouse ure femme répudiée par son mari est adultère. — Peut-être cette sentence est-elle rapportée ici comme exemple des préceptes anciens, confirmés et restaurés par la Loi nouvelle. Les pharisiens, si jaloux de la lettre de la Loi, se montraient volontiers accommodants en matière de divorce et d'adultère : le Seigneur les rappelle aux conditions du mariage tel qu'il a été institué de Dieu (Mt., v, 31-32 ; xix, 3-9 ; Me, x, 2-12). Elles seront expliquées plus loin.

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