‹ L'évangile de notre-Seigneur Jésus-ChristChapitre 200 sur 340 · LE MAUVAIS RICHE ET LAZARE · texte numérisé non relu

LE MAUVAIS RICHE ET LAZARE

Le, XVI. — ^^ llomo quidam erat dives, qui induehaiur purjjura et hysso, et epulahatur quoiidie splendide. ^o Et erat quidam mendicus nomine Lazarus, qui jacehat ad januam ejus, ulcerihus plenus, ^^ cupiens saturari de micis quae cadehant de mensa divitis, et nemo illi dabat ; sed et canes veniehant, et lingebant ulcéra ejus. 22 Factum est autem ut moreretur mendiciis, et portaretur ah ange- Us in sinum Ahrahae. Mortuus est autem et dives, et sepultus est in inferno. ^3 Elevons autem oculos suos, cum esset in tormentis, vidit Abraham a longe, et Lazarum in sinu ejus ; ^^ et ipse damans dixit : Pater Abraham, miserere mei, et mitte Lazarum, ut intingat extremum digiti sui in aquam, ut refrigeret linguam meam, quia cru^ior in hac flamma. ^^ Et dixit illi Abraham : Fili, recordare quia recepisti bon a in vita tua, et Lazarus similiier mala ; nunc autem hic consolatur, tu vero cru^iaris. ^^ Et in his omnibus, inter nos et vos chaos magnum firtnatum est, ut hi quivolunt hinc transire ad vos, non possint, neque inde hue transmeare. ^^ Et ait : Rogo ergo te, pater, ut mittas eum in domum patris mei ; ^^ habeo enim quinque fraires, ut testetur illis, ne et ipsi veniant in hune locum tormentorum. ^^ Et ait illi Abraham : Habent Moysen et prophetas ; audiant illos. ^° At ille dixit : Non, pater Abraham ; sed si quis ex mortuis ierit ad eos, poenitentiam agent. ^^ Ait autem illi : Si Moysen et prophetas non audiunt, neque si quis ex mortuis resurrexerit, credent.

Le Seigneur revient à sa i^ensée j^rcmière et rappelle, avec une sanction plus haute, l'usage qu'il convient de faire de la richesse, si l'on veut « se ménager des amis qui nous reçoivent dans les tabernacles éternels » (9). Plusieurs Pères ont cru qu'il s'agissait d'une histoire réelle. L'enseignement demeure le même si nous considérons le récit comme Une parabole. Elle comprend deux actes : le premier se déroule sur terre, le second dans l'autre vie. Il y avait quelque part Un homme riche ; il était vêtu de pourpre et de lin fin ; il faisait bonne chère tous les jours, splendidement. — Il n'est pas question d'injustice commise ; ce riche s'habille et mange comme la plupart des gens de sa condition ; il ne maltraite point les indigents, même repoussants ; sa faute est toute d'omission. — Et un pauvre, nommé Lazare, était habituellement couché devant la porte principale, ou le portique de sa maison : il était couvert d'ulcères, et volontiers eût fait son repas des miettes qui tombaient de la table du riche. Mais on l'oubliait {et nemo

illi dabat est une glose). Il était moins chez lui que les chiens eux-mêmes ; et, comme aggravation de souffrance, ces bêtes, immondes aux yeUx des Orientaux, s'approchaient de lui familièrement et léchaient ses plaies.

Le pauvre vint à mourir et fut porté par les anges dans le sein d'Abraham : de sépulture pour son corps, il n'est j^as même question, tant elle fut sommaire. Le riche mourut aussi, et il fut enseveli avec soin : on lui fit de magnifiques funérailles. Mais à partir de là, tout change : Lazare est porté par les anges au séjour des justes, l'autre plongé dans l'abîme profond des tourments. Les âmes, aussitôt après la mort, ont la situation et l'état qui correspondent au mérite de leur vie. Les bons reposent dans le séjour que les rabbins appelaient le sein d'Abraham ou le Paradis (Le., XXIII, 43); les méchants souffrent dans la géhenne du feu ou l'enfer proprement dit. Peut-être tous les détails de la description qui va suivre ne doivent-ils Y>a.s être pris à la lettre; le dessein évident du Seigneur n'étant pas de nous révéler, par cette parabole, les secrets du monde invisible, il a pu employer le langage communément reçu autour de lui sans consacrer pour autant toutes les opinions populaires que ce langage reflète. Cependant, nous avouons ne pas concevoir la Vérité même se servant, pour parler du sort qui attend les hommes ajDrès cette vie, d'éléments totalement inexacts et irréels. Dès qu'il s'agit de données religieuses, le Seigneur rectifie ou réforme nettement, au besoin, les idées de ses contemporains.

Dans le séjour des morts, le riche leva les yeux, alors qu'il était dans les tourments, et il \'it de loin Abraham et Lazare près de lui. Et il s'écria : « Père Abraham ! ayez pitié de moi ! Envoyez Lazare tremper le bout de son doigt dans l'eau et me rafraîchir la langue, car je souffre cruellement dans ce brasier. » Il ne trouve pas le châtiment injuste, mais seulement intolérable : le moindre soulagement serait le bienvenu. Mais Abraham répondit : « Mon enfant, souvenez-vous que vous avez reçu largement votre part de biens pendant votre vie, et que Lazare n'a connu que les maUx durant la sienne : maintenant il est ici, consolé, et vous, li^Té à la souffi'ance. » La réponse calme du Patriarche rappelle àU riche égoïste qu'il a touché déjà sa part de bonheur et n'a point à prétendre aux félicités d'un Royaume qui ne s'achète que par le renoncement et la charité. Le riche possède l'éternité qu'il a voulue. Dieu est équitable envers lui, comme

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