‹ L'évangile de notre-Seigneur Jésus-ChristChapitre 201 sur 340 · LE MAUVAIS RICHE ET LAZARE · texte numérisé non relu

LE MAUVAIS RICHE ET LAZARE

envers Lazare (cf. Le., vi, 20-26). Et Abraham ajoute, pour montrer la séparation radicale et éternelle des deux régions, en même temps que la pérennité du châtiment et de la récompense : « Entre nous qui sommes dans la joie et vous qui êtes dans la douleur, existe, fermement établi, un grand abîme ; de telle sorte que ceux qui voudraient passer d'ici vers vous, oU de là vers nous, ne le puissent faire. »

Au moins, si le sort du riche est désespéré et s'il n'est plus temps pour lui, il l'est sans doute encore pour ses frères, à qui il s'intéresse et voudrait épargner les mêmes tourments. S'il y a un abîme entre le sein d'Abraham et la géhenne, du moins y a-t-il parfois des relations entre les bienheureux et les mortels : Lazare, qui ne peut rien pour le condamné, ne pourra-t-il cependant rendre service à ses proches? «Je vous en prie donc. Père, envoyezle dans ma maison paternelle, où j'ai cinq frères ; il leur dira, comme un témoin bien renseigné, ce qui se passe en l'autre vie, afin qu'ils ne viennent point, à leur tour, dans ce lieu de la souffrance. » Mais Abraham refuse. A ce malheureux, qui symbolise les Juifs incrédules, les pharisiens déloyaux dans leur interprétation de l'Écriture comme dans leurs discussions avec le Messie, le Père des croyants répond : « Ils ont Moïse et les Prophètes : qu'ils les écoutent ! » (Cf. xvi, 16.) Et le riche discute : « Non, Père Abraham : mais si quelqu'un des morts va vers eux, ils changeront de vie. » Et Abraham reprend : « S'ils n'écoutent pas Moïse et les Prophètes, quand bien même quelqu'un des morts ressusciterait, ils ne se laisseraient pas persuader. » On le verra bien après la résurrection du vrai Lazare (Jo., xi, 47 sq.). Les miracles n'ont point manqué aux pharisiens, mais le Seigneur n'accomplissait jamais celui quïl leur convenait de reconnaître décisif (Le., XI, 16 sq.). La persuasion surnaturelle vient de l'humilité, de la docilité, de la liberté intérieure.

Le, XVII. — ^ Et ait ad discipulos suos : Impossihile est ut non reniant scandala ; vae aulem illi per quem veniunt. ^ Utilius est un, si lapis molaris imponatur circa colîum ejus, et projiciatur in mare, quam id scandalizet unum de pusillis istis. ^ Atiendite vohis : si peccaverit in te frater tuus, increpa illum ; et si poenitentian egerit, dimitte illi. ^ Et si septies in die peccaverit in te, et septies in die conversus fuerit ad te, dicens : Poenitet me, dimitte illi.

Maldonat et d'autres commentateurs catholiques estiment que les quatre groupes d'enseignement contenus dans les dix premiers versets de ce chapitre n'ont de lien ni entre eux, ni avec ce qui précède, ni avec ce qui suit. Ils seraient venus, ainsi isolés et fragmentaires, entre les mains de saint Luc, qui n'a jDoint voulu les perdre et les a réunis ici, avant de poursuivre le récit du dernier voyage de Notre-Seigneur vers Jérusalem.

Et il dit à ses disciples : Il est impossible que ne se produisent pas des scandales ; mais malheur à celui par qui ils arrivent ! Mieux vaudrait pour lui qu'on lui mît au cou une pierre meulière et qu'on le précipitât dans la mer, plutôt que de scandaliser un seul de ces petits. Veillez sur vous. - — Aux passages parallèles de saint Matthieu (xviii, 6-7) et de saint Marc (ix, 41), le Seigneur désigne comme pusilli les enfants et les membres de son Royaume.

Autre avertissement, rencontré déjà dans saint Matthieu (xviii, 15, 21-22) : Si votre frère a péché (« contre vous » n'est pas ici dans l'original, mais se lit au verset 4), reprenez-le ; et s'il se repent, pardonnez-lui. Et alors même qu'il lui arriverait sept fois le jour de pécher contre vous, si sept fois le jour il revient à vous et exprime son regret, vous lui pardonnerez. En d'autres termes, pardonnez toujours et sans mesure.

Le, XVII. — ^ Et dixerunt apostoli Domino : Adauge nobis fide7n. ^ Dixit autem Dominus : Si hahueritis fidem sicut granum sinapis, dicetis liuic arhori moro : Eradicare, et transplantare in mare ; et obediet vobis. ' Quis auieni vestrum habens servum arantem aut pascentem, qui regresso de agro dicat illi : Statim transi, recumbe; ^ et non dicat ei: Para quod caenem, et praecinge te, et ministra mihi donec manducem et bibam, et post Jiaec tu manducabis et bibes? ^ Numquid gratiam habet servo illi, quiafecit quae ei imperaverat? ^° Non puto. Sic et vos, cum feceritis omnia quae praecepta sunt vobis, dicite: Servi inutiles sumus; quod debuimus jacere, fecimus.

Ceux qui tiennent à souder le verset 5 an précédent supposent que la difficulté de la loi du pardon provoqua cette demande des apôtres : « Seigneur, augmentez en nous la foi. » (Cf. Me, ix, 23.) — « Si vous aviez de la foi gros comme un grain de sénevé, répond le Seigneur, vous diriez à ce mûrier (d'autres lisent : ce sycomore) : Déracine-toi, et va te planter dans la mer! Et il vous

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