LES CONSEILS ÉVANGÉLIQUES
Le, XVII. — ^^ Et jactum est, dum iret in Jérusalem, transihat per mediam Samariam et Galilaeam. ^^ Et cum ingrederetur quoddam castellum, occurrerunt ei decem viri leprosi, qui steterunt a longe ; ^^ et levaverunt vocem, dicentes : Jesu praeceptor, miserere nostri. ^^ Quos ut vidit, dixit : lie, ostendite vos sacerdotibus. Et jactum est, dum irent, mundati sunt. ^^ Unus autem ex illis, ut vidit quia mundaius est, regressus est, cum magna voce magnificans Deum, ^^ et cecidit in facietn ante pedes ejus, gratias agens ; et hic erat Samaritanus. ^' Respondens autem Jésus, dixit : Nonne decem mundati sunt? et novem ubi sunt? ^^ Non est inventu^ qui rediret, et daret gloriam Deo, nisi hic alienigena. ^^ Et ait illi : Surge, vade ; quia fides tua te salvum fecit.
Le miracle que rapporte ici saint Luc eut lieu « alors que Jésus, se dirigeant vers Jérusalem, longeait la frontière de la Samarie et de la Galilée », et passait d'une région dans l'autre. 11 allait entrer dans une bourgade, lorsque dix lépreux vinrent à sa rencontre, mais s'arrêtèrent cependant à distance, pour obéir aux prescriptions de la Loi (Lev., xiii, 45-46). Comme ils avaient uni leur misère, comme ils avaient connu ensemble l'approche du Seigneur, ils joignirent aussi leurs voix dans une même supplication : « Jésus, Maître, ayez pitié de nous ! » Au lieu de les guérir par un attouchement, ainsi qu'il l'avait fait jadis pour un autre lépreux (Mt., viii, 1-4 ; Me, i, 40-45 ; Le, v, 12-14), le Seigneur se borne à leur dire : « Allez vous montrer aux prêtres. » C'était éveiller leur foi et leur promettre implicitement la guérison, puisque cette visite des prêtres avait pour dessein de constater la disparition de la lèpre (Lev., xrv, 2-3).
Et en effet, tandis qu'ils se rendaient ehez les prêtres voisins, ils furent guéris. L'un d'eux, se voyant purifié, rebroussa chemin aussitôt, glorifiant DieU à haute voix. Il\dnt se prosterner la face contre terre aux pieds du Seigneur, lui rendant grâces. Or, c'était un Samaritain ! un être méijrisé, un impur, dans la pensée des Juifs. « Est-ce que, demanda le Seigneur, les dix n'ont pas été guéris? Où sont les neuf autres? Pourquoi ne s'est -il trouvé parmi eux, pour revenir et rendre gloire à Dieu, que ce seul étranger? » Et il dit au Samaritain : « Levez- vous, allez ; votre foi vous a sauvé. » De nouveau se trouve soulignée l'ingratitude d'Israël.
Le, XVII. — -° Interrogatus auteyn a pharisaeis : Quando venit regnum Dei? respondens eis, dixit : A^on venit regnum Dei cum ohservatione ; ^^ neque dicent : Ecce hic, aut ecce illic. Ecce enim regnum Dei intra vos est.
Les pharisiens demandent au Seigneur quand doit venir le Roj'aume de Dieu. Peut-être leur question est-elle surtout narquoise : « On nous en parle toujours... Quand paraîtra-t-il donc, ce Royaume qui doit supprimer la S5aiagogue? Jusqu'ici, nul indice de sa venue. » Nous devons nous souvenir que les pharisiens, et en général le monde juif d'alors, rêvaient d'un Messie tombant du ciel comme un éclatant météore, et, au milieu de prodiges destinés à frapper l'imagination populaire, fondant un empire purement terrestre. Le Seigneur les détrompe brièvement. Le Royaume de Dieu, dit-il, ne \dent pas accompagné de signes extérieurs, de phénomènes relevant de l'observation sensible : ce n'est pas davantage un royaume dont on puisse dire : « Il est ici », ou : « Il est là. » La vérité est que le Roj^aumc de Dieu se trouve déjà au milieu de vous ; c'est un fait présent, actuel. Les vrais signes ne vous ont pas manqué pour le reconnaître : « Si c'est avec le doigt de Dieu que j'expulse les démons, c'est donc que le Royaume de Dieu est venu chez vous » (Le, xi, 20 ; Mt., XII, 28). « Il y a parmi vous quelqu'un que vous ne connaissez pas, » disait autrefois Jean-Baptiste aUx pharisiens (Jo., I, 26). Le caractère intérieur et spirituel de ce Royaume est marqué dans la réponse du Seigneur, alors même que nous ne traduisons pas les termes grecs de saint Luc par : « au dedans de vous. »