SUR L'AVKNEMENT DU SEIGNEUR
Le, XVII. — 22 ]^f fiii Q^ discipulos suos : Venient dies quando desideretis videre iimim diem Filii hominis, et non videhitis. ^^ Et dicent vohis : Ecce hic, et ecce illic. Nolite ire, neque sectemini. 2^ Nam sicut fulgur coruscans de sub caelo, in ea quae sub caelo sunt fulget, ita erit Filius hominis in die sua. ^^ Primum autem oporiet illum multa pati, et reprobari a generatione hac. ^^ Et sicut factum est in diebiis Noe, ita erit et in diebus Filii hominis. ^^ Edebant, et bibcbant; uxores ducebant, et dabantur ad nuptias, usqu£ in diem qua intravit Noe in arcam ; et venit diluvium, et perdidit omnes. ^^ Similiter sicut factum est in diebus Lot : edebant, et bibebant ; emebant, et vendebant ; plantabant, et aedificabant : ^^ qua die autem exiit Lot a Sodomis, pluit ignem et sulphur de caelo, et omnes perdidit : ^^ secundum haec erit qua die Filius hominis revelabitur. ^^ In illa hora, qui fuerit in tecto, et vasa ejus in domo, ne descendat tollere illa ; et qui in agro, similiter non redeat rétro. *2 Memores estoie uxoris Lot. ^^ Quicumque quaesierit animam suam salvam facere, perdet illam ; et quicumque perdiderit illam, vivificabit eam. ^* Dico vobis, in illa nocte erunt duo in lecto uno ; unu^ assumetur, et aller relinquetur. ^^ Duae erunt niolentes in unum ; una assumetur, et altéra relinquetur. Duo in agro ; unus assumetur, et aller relinquetur. ^^ Respondenies dicunt illi : Ubi, Domine? ^^ Qui dixit illis : Ubicumque fuerit corpus, illuc congregabuntur et aquilae.
Le discours s'adresse maintenant aux disciples. Il y est encore question du Royaume, mais plutôt, semble-t-il, envisagé dans sa phase dernière, l'avènement dernier du Seigneur. Toutefois, certains détails peuvent convenir à cette manifestation de la justice divine que sera la chute de Jérusalem ; et nous les verrons plus loin reproduits dans le grand discours eschatologique des synoptiques, où la fin de l'économie juive et la consommation du siècle sont décrites prophétiquement sous les mêmes traits (Mt., xxiv; Me, XIII ; Le, xxi).Les explications qui seront proposées à cette occasion nous dispensent ici d'un long commentaire.
« Viendra un temps, dit le Seigneur, où vous désirerez voir un des jours du Fils de l'homme, et vous ne le verrez pas. » Le Seigneur veut-il annoncer que les disciples, au milieu des troubles et des anxiétés qui surviendront alors, regarderont en arrière et souhaiteront vainement revivre ces heures où l'on avait, le Seigneur présent, sécurité et lumière? Oa bien, selon l'explication
commune, est-ce une allusion aux souhaits ardents de la venue du Seigneur que formeront si souvent les fidèles au cours des âges? Les récits mensongers et les faux prophètes se multiplieront aux jours de grande crise religieuse ; la confusion sera extrême. On vous dira : le Messie est en cet endroit : il est dans cet autre... Ne vous déplacez pas, ni ne suivez ces guides sans mission qui prétendent vous conduire au Fils de l'homme. Aussi bien, il n'y aura pas lieu à se renseigner mutuellement, ni à courir çà et là : car l'avènement suprême aura lieu soudain, en un clin d'œil, et il sera universellement aperçu. Comme l'éclair qui resplendit d'une extrémité du ciel à l'autre, ainsi le Fils de l'homme apparaîtra au jour de sa venue. Mais avant cette manifestation glorieuse, il lui faut souffrir de nombreux tourments et être réprouvé par la génération présente. Le siècle, comme le Fils de l'homme, va son chemin ; et les derniers jours trouveront le monde dans les mêmes dispositions où l'ont surpris les jours de Noé et de Lot. On mangeait alors, on buvait, on prenait femme, on mariait ses enfants : jusqu'au moment où, comme il est raconté dans la Genèse (vu, 7 sq.), « Noé entra dans l'arche » ; alors fut déchaîné le déluge, qui les enveloppa tous dans une ruine commune. La même chose advint au temps de Lot : on mangeait, on bu^'ait, on achetait, on vendait, on plantait, on bâtissait : c'était l'entrain éperdu d'une \'ie qui semblait ne devoir jamais finir... Mais vint le jour où Lot sortit de Sodome ; aj^rès quoi, une jDluie de soufre et de feu tomba du ciel, et tous périrent (Gen., xix). Il en sera de même au jour où le Fils de l'homme se révélera : même soudaineté, même imprévu, même surprise effarée pour un monde grossier et coupable.
En ce jour-là, que l'homme monté sur la terrasse de sa maison ne prenne pas le loisir de descendre par l'escalier extérieur et de rentrer pour emporter quelque objet. Et celui qui sera aux champs, qu'il ne se donne pas la peine de retourner chez lui ; qu'il ne « regarde pas en arrière » : souvenez-vous de la femme de Lot (Gen., XIX, 26). Le Seigneur veut marquer ici tout à la fois et la soudaineté de son avènement, et les dispositions de désintéressement, d'abnégation absolue, avec lesquelles chaque âme chrétienne doit se tenir prête au retour du Maître et du souverain Juge. Il réj^ète l'enseignement bien connu : Celui qui cherchera à sauver sa vie la perdra ; quant à celui qui la perdra, il la retrouvera, mais transformée (Le, ix, 23-27).
PARABOLE DU JLGE ET DE LA VEUVE ijSS
Le Seigneur viendra comme vient un voleur (Le., xii, 39-40 ; Mt., XXIV, 36-44), la nuit, à l'heure habituelle où l'on repose ; il viendra au moment des ténèbres et de Thorreur. Nul ne devra songer à sauver sa famille ; chacun pourvoira en hâte à son jjropre salut. De deux hommes qui se reposent ensemble, l'un sera saisi par la calamité, l'autre, étant parti sur l'heure, arrivera à s'y soustraire. Deux femmes seront ensemble occupées à moudre : l'une périra, l'autre échappera. Deux hommes seront à travailler dans les champs : l'un sera victime, l'autre non. (Ce troisième exemple ne semble pas appartenir à l'original : il se lit dans saint jMatthieu, xxiv, 40). Nous serons jugés selon nos œuvres personnelles.
« Où s'accompliront ces choses, Seigneur? » demandent les disciples, qui songent toujours à la venue du Seigneur dans un lieu déterminé. La réponse est mystérieuse à dessein, et sonne comme un proverbe : « En quelque endroit que soit le corps, là s'assembleront les aigles » (cf. Job, xxxix, 30 ; Apoc, xix, 17-21). Allusion voilée au châtiment de Jérusalem, lors de la première et prochaine Parousie ; ou bien au châtiment du monde, lors de la seconde (Joël, m). Il se peut d'ailleurs qu'au moyen de ce proverbe le Seigneur veuille simplement signifier à ses disciples, comme au verset 24, que son avènement sera visible à tous les yeux et éclatant comme la foudre : nul n'aura la peine de le chercher en tel ou tel lieu ; nul n'aura besoin d'invitation pour se grouper autour de lui ; tous viendront vers lui, comme les aigles attirés par leur proie, d'un vol rapide.
Le, XVIII. — ^ Dicebat autem et parabolam ad illos, quoniam oportet semper orare et non deficere, ^ dicens : Judex quidam erai in quadam civitate, qui Deum non timehat, et hominem non reverehatur. ^ Vidua autem quaedam erat in civitate illa, et veniehat ad eum, dicens : Vindica me de adversario ineo. * Et nolehat per multum tempus. Post haec autem dixit intra se : Etsi Deum non timeo, nec hominem revereor, ^ tamen quia molesta est mihi haec vidua, vindicaho illam, ne in novissimo veniens sugillet me. ^ Ait autem Dominus : Audite quid judex iniquitatis dicit ; "^ Deas autem nonfaciet vindictam electorumsuonim, clamantium ad se die ac nocte, et patientiam habebit in illis? ^ Dico vobis, quia cita faciet vindictam illorum. Verumtamen Filiu^ hominis veniens, putas, inveniet fidem in terra?
Le Seigneur s'adresse au même auditoire composé des disciples et des foules, pour enseigner le devoir et la nécessité de prier toujours, de ne point se lasser dans la prière ; car Dieu seul est notre force, notre sécurité, notre bien : c'est donc à toute heure que nous devons recourir à lui. Il encourage à la continuité de cette jjrière i^ar la promesse de son efficacité assurée. Rien ne démontre Une connexion entre la ijrophétie de la Parousie et la parabole du juge inique. Il est à noter cependant que dans saint Luc (xxi, 36), et dans saint Marc (xiii, 33), l'avènement du Seigneur nous est présenté comme motif de la vigilance et de la prière ; de plus, au verset 8, une allusion est faite à la venue du Fils de l'homme.
Il y avait, dans une ville, un juge qui ne craignait point Dieu et n'avait des hommes nul souci. Or, dans la même cité, se trouvait une veuve qui, toujours éconduite, revenait assidûment lui dire : Rendez-moi justice et frappez mon ennemi. C'était une veuve, c'est-à-dire une femme sans défense, probablement sans crédit, et abattue par le malheur : nulle revanche à redouter de son désespoir. Longtemi3s, le juge fit la sourde oreille. Mais comme elle ne se lassait point, il se fatigua de l'entendre." Encore, se dit-il, que je ne me soucie ni de Dieu ni des hommes, néanmoins, puisque cette veuve m'importune, je lui ferai justice, afin qu'elle ne vienne pas perj^étuellement me rompre la tête. »
Recueillez, poursuit l'évangile, cette réflexion d'un juge inique. Il peut, lui, prendre cette résolution, et par les motifs que nous avons dits : et vous croyez que Dieu, qui est père, ne fera pas justice à ses élus, et ne prendra pas en main la cause de ceux qui, jour et nuit, en appellent à son équité infinie? Vous pensez qu'il négligera leurs intérêts, et que leurs sUi:»plications le laisseront indifférent? Je vous assure qu'il leur fera i^roniiîte justice. Sans doute, ce ne sera point sur-le-chami3 : la parabole invite précisément à persévérer dans la prière; mais, l'heure venue, la sentence de Dieu s'exécutera en un instant. - — « Toutefois, ajoute le Seigneur, dans une réflexion attristée, le Fils de l'homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre? » Peut-être fautil entendre cette foi de l'appui que nous jirenons sur Dieu par la prière, puisque c'est de la prière qu'il a été parlé dans la parabole qui s'achève. Quant à la « venue » du Seigneur, elle peut s'entendre de l'une ou de l'autre des Parousies, mais plus vraisemblablement de la seconde (cf. Mt., xxiv, 10-13, 2i).