PARABOLE DU PHARISIEN ET DU PUBLICAIN
Le, XVIII. — ^ Dixit autem et ad quosdam, qui in se confidebani taîiquam justi, et aspernahantur ceteros, parabolam istam : ^^ Duo homines ascenderunt in templum ut orarent : unus pharisaeus, et alter publicanus. ^^ Pharisaeus stans, haec apud se orabat : Deus, gratias a go tibi quia non sum sicut ceteri hominum, raptores, inju^ti, adulteri ; velut etiam hic publicanus. ^^ Jejuno bis in sabbato, décimas do omnium quae possideo. ^^ Et publicanus a longe stans, nolehat nec oculos ad caelum levare ; sed percutiebat pectus suum, dicens : Deus, propîtius esto mihi peccatori. ^^ Dico vobis, descendit hic jusiificatus in domuni suam ab illo ; quia omnis qui se exaltât, humiliabitur, et qui se humiliât, exaltabitur.
La parabole du pharisien et du publicain ne se relie qu'accidentellement à la précédente, moyennant l'idée de prière qui leur est commime. Cette parabole nouvelle débute par un jjrologue où l'évangéliste en détermine l'occasion et le dessein : elle vise ces hommes qui, remplis de confiance en eux-mêmes, se persuadent être justes, et méprisent autrui. Nous reconnaissons les pharisiens. Deux hommes, dit le Seigneur, montaient au temple pour prier : l'un était pharisien, l'autre publicain. Le pharisien, debout, la tête haute, dans une attitude fière et assurée, priait ainsi dans son cœur : O Dieu, je vous rends grâces de n'être pas comme le reste des humains. Les autres sont voleurs, injustes, adultères ; je ne suis pas non plus comme le publicain que voici. Tel est le mal que je ne fais pas : voici maintenant le bien que je fais. Je jeûne deux fois la semaine (le lundi et le jeudi), au lieu de me borner aux jeûnes de règle (Lev., xvi, 29; Num., xxix, 7). — La formule, d'ailleurs purement matérielle, de gratitude, qui subsistait encore tout à l'heure, est maintenant éliminée : «Je jeûne. » Sans doute, c'est Dieu qui lui doit un remerciement. Ne donne-t-il pas aussi la dîme de tout ce qu'il acquiert, de tous ses revenus ? non pas seulement la dîme des fruits et des troupeaux, comme l'ordonnait la Loi (Lev., xxvii, 30; Num., xviii, 21; Deut., xiv, 22-23), mais la dîme de toute sa richesse (Mt., XXIII, 23; Le, xi, 42).
Une prière ainsi conçue n'est même pas un acte religieux, car elle ne contient rien qui soit la reconnaissance même implicite de la grandeur de Dieu. La prière du publicain, au contraire, confesse le double néant de l'homme, comme créature et comme pécheur, et s'adresse à Dieu comme à la bonté infinie. Et quelle différence d'attitude ! Le publicain se tient à distance du sanc-
tuairc, n'osant même pas lever les yeux vers le ciel; et il se frappe la poitrine, en disant : O Dieu, ayez pitié du pécheur que je suis ! Nul ne l'est plus que moi, semble-t-il dire. — Je vous le déclare, conclut le Seigneur, cet homme descendit justifié dans sa maison, ù la différence de l'autre ; car quiconque s'élève sera abaissé, et celui qui s'abaisse sera exalté. Telle est la décision de Dieu (Mt., XXIII, 12 ; Le, XIV, 11). Le pharisien superbe qui n'avait rien demandé n'obtient rien et s'en retourne avec sa contrefaçon de justice ; le jugement divin le met au-dessous de ce même publicain dont il vient, dans sa prière, de parler avec tant de mépris.
Mt., XIX. — ^ Et accesserunt ad eum yharisaei, tentantes eum et dicentes : Si licet homini dwiittere uxorem siiam quacumqv£ ex causa? * Qui respondens, ait eis : Non legistis quia qui fecit honiinem ah initia, mascuium et feminam fecit eos ; et dixit : ^ Pwpter hoc dimittet homo patrem et mairem, et adhaerehit uxori suae, et erunt duo in carne una? ^ Itaque jam non sunt duo, sed una caro. Qaod ergo Deus conjunxit, liomo non separet. ' Dicunt illi : Quid ergo Moyses mandavit dare libellum repudii, et dimittere? ^ Ait illis : Quoniam Moyses ad duritiam cordis vestri perniisit vobis dimittere uxores vestras ; ah initio auteni non fuit sic. ^ Dico autem vohis quia quicumque dimiserit uxorem suam, nisi oh fornicationem, et aliam duxerit, moecliatur ; et qui dimissam duxerit, moechatur.
Me, X. — ^ Et accedentes pharisaei interro gabanf eum : Si licet viro uxorem dimittere, tentantes eum. ^ At iîle res-pondens, dixit eis : Quid vobis praecepit Moyses? '^ Qui dixerunt : Moyses permisit lihellum repudii scrihere, et dimittere. ^ Quibus respondens Jésus, ait : Ad duritiam cordis vestri scripsit vobis praeceptum istud. ^ Ah initio autem creaturae, mascuium et feminam fecit eos Deus. '' Propter hoc relinquet homo patrem suum et matrem, et adhaerehit ad uxorem suam, ^ et erunt duo in carne una. Itaque jam non sunt duo, sed una caro. ^ Quod ergo Deus conjunxit homo non separet. ^° Et in domo iterum discipuli ejus de eodem interrogaverunt eum. ^^ Et ait illis : Quicumque dimiserit uxorem suam, et aliam duxeiit, adulterium committit super eam. ^^ Et si uasor dimiserit virum suum et alii nupserit, moechatur.
■ SUR LINDISSOLUBILITÉ DJJ. MARIAGE 58"
Saint Matthieu, xix, 1, et saint Marc, x, 1, rattachent au ministère Péréen les enseignements qui suivent. Des pharisiens s'approchèrent un jour du Seigneur pour le tenter, pour l'embarrasser. « Est - il permis à un homme, dirent-ils , de répudier sa femme pour n'importe quel motif? » C'était Un cas de conscience discuté dans les écoles rabbiniques. Le DeUtéronome avait autorisé le di\orce (xxiv, l-i) : un mari pouvait renvoyer sa femme propter aliquam joeditatem. Expression générale, dont les casuistes ne parvenaient pas à fixer retendue. L'école austère, celle des Schammaïstes, interprétait la foeditas dans le sens de l'adultère; récole bénigne, celle des Hillélistes, l'entendait de n'importe quelle faute et de n'importe quel tort, par exemple d'avoir brûlé une sauce et mal préparé le souper ! Une interprétation de cette nature constituait pour la femme une mise en demeure cruelle d'être servilement attentive à ne jamais déplaire à son époux. Obhgcr le Seigneur à prendre parti dans cette controverse entre écoles, ce n'était pas simplement lui faire honneur : c'était le mettre en péril ou de se récuser, ce qui eût constitué un déni de vérité et une preuve d'embarras, — ou d'irriter celle des deux écoles qui aurait le dessous devant lui. N'oublions pas d'ailleurs que le Seigneur gouverne tout, même les objections de ses adversaires, et que, malgré leur malignité, elles fournissent au Maître l'occasion d'exposer la doctrine qu'il juge opportun d'enseigner.
Les Juifs admettaient sans difficulté la licéité du divorce : la discussion ne portait que sur le motif. Et leur étonnement, sans doute, fut extrême, lorsque la réponse du Seigneur, dépassant de beaucoup la question, ramena le mariage à son indissolubihté première, telle qu'elle est définie dans la Genèse. En appeler au texte de Moïse, c'était invoquer une autorité également reconnue par les pharisiens et par les sadducéens eux-mêmes. Un principe domine tout cet enseignement : c'est que l'homme appartient aux conditions de droit et de fait où l'a établi son Créateur. Il est réservé à Dieu de fixer souverainement les lignes morales de notre vie. S'il a décidé quelque chose au sujet du mariage, il faut s'y tenir. Or, n"avez-vous pas lu, dit Jésus, que celui qui, à l'origine, a fait l'homme et la femme (Gen., i, 27), après les avoir créés dans la distinction de leurs sexes et avoir formé la femme d'une chair empruntée à l'homme, a conclu en proclamant l'indissolubilité de leur union ?
Sans doute, au chapitre second de la Genèse (24), ces paroles
sont prononcées par Adam, au lieu qu'ici elles sont attribuées à Dieu même ; mais Adam parle dans un transport prophétique, non pas en son nom, mais au nom du Créateur, de qui il interprète et l'œuvre et la pensée. Propter hoc : à caUse de cette unité étroite que Dieu a voulue entre l'homme et la femme, et qui a fait dire à Adam : Hoc nunc os ex ossibus meis et caro de carne niea ; sur le type de cette unité originelle est fondée l'indissolubilité du mariage. L'union de descendance et de filiation est moins intime que l'union conjugale : l'homme délaissera donc son père et sa mère pour s'attacher à son épouse ; il l'aimera plus que tout ; et ce n'est qu'en apparence qu'ils seront deux, car ils seront deux dans une même chair. (L'original grec, beaucoup plus expressif, dit : irrovrai ol Suo al; (7apx.a [j.tav.) C'est Dieu qui a fait des deux une seule chair : que l'homme n'ait donc pas la témérité de séparer ce qUe Dieu a uni. — Le texte de la Genèse a eU cette bonne fortune d'être commenté d'abord par le Seigneur lui-même, puis par son Apôtre, dans l'épître aux Éphésiens, là où le mariage est donné comme type d'une union plus intime encore et plus haute : celle du Christ et de son Église (v, 25-33).
Les pharisiens n'avaient interrogé que sur la nature des motifs qui justifient le divorce, et voici que le Seigneur leur répond qu'il n'y a jamais de motif suffisant pour le divorce, qUe l'indissolubilité est de droit divin ! Cette réponse, sans doute, les étonne, mais elle ne résout pas la difficulté : car enfin, si DieU a voulu l'indissolubilité, comment son serviteur Moïse a-t-il prévu le cas du divorce et prescrit au mari de donner à sa femme, avant de la congédier, un libelle de répudiation, articulant le motif pour lequel il se sépare d'elle (Deut., xxiv, 1)? N'y a-t-il pas contradiction flagrante entre ce qu'a ordonné Moïse, l'organe autorisé de Dieu, et ce que Jésus formule aujourd'hui comme une loi nouvelle? Non ; le Seigneur, dans l'espèce, n'est pas novateur, mais il est législateur souverain, et il prétend rappeler le mariage à ses conditions originelles ; il vient dans le monde pour restaurer toutes choses, pour ramener l'humanité à sa perfection primitive. « C'est à cause de la dureté de votre cœur, répond-il, que Moïse vous a permis de répudier vos épouses ; mais à l'origine, il n'en était pas ainsi. »La loi du DeUtéronomc n'a été qu'une concession momentanée accordée à la grossièreté d'un peuple violent. Afin d'épargner des meurtres et des cruautés, Dieu a consenti, pour un temps, à transiger sur ses dispositions premières. Le Verbe ne