LE JEUNE HOMME QUE JESUS AIMA
-^ Faciliibs est camelum per joramen acus iransire, quam divitem intrare in regnum Dei. ^^ Qui inagis admirahantur, dicentes ad semetipsos : Et quis potest salvus fieriP ^^ Et intuens illos Jésus, ait : Apud homines impossibile est, sed non apudDeum ; omnia enim possihilia sunt apud Deum.
Le, XVIII. — 1^ Et interrogavit euni quidam pHnceps, dicens : Magisier hone, quid faciens vitam aeternam possideho? ^^ Dixit autem ei Jésus : Quid me dicis honum? nemo bonus nisi solus Deus. 2° Mandata nosti : Non occides ; Non moechaberis ; Non furtum faciès ; Non jalsum testimonium dices ; Honora patrein tuum et matrem. -^ Qui ait : Haec omnia custodivi a juventute mea. ^^ Quo audito, Jésus ait ei : Adhuc unum tibi deest : omnia quaecumque habes vende, et da pauperibus, et habebis thesaurum in caelo ; et veni, sequere me. -^ His ille auditis, contristatu^s est, quia dives erat valde. ^* Videns autem Jésus illum tristem factum, dixit : Quam difficile qui pecunias habent in regnum Dei intrabunt! ^^ Facilius est enim camelum per joramen acus iransire, quam divitem intrare in regnum Dei. -^ Et dixerunt qui audiebant : Et quis potest salvus fieri? ^7 ^^^ mig . Quae impossibilia sunt apud homines, possibilia sunt apud Deum.
Le Seigneur et les siens étaient en chemin, lorsqu'un jeune homme aecourut vers Jésus et fléchit le genou devant lui. Il était riche et de bonne famille : saint Luc lui donne le titre de seigneur, princeps. Sa distinction se traduit dans la manière dont il aborde le Seigneur. « Bon Maître, dit-il, quel est le bien que je dois faire pour obtenir rhéritage de la vie étemelle? » A ses yeux, le Seigneur est un homme d'une admirable doctrine et d'une éminente vertu : c'est à raison de sa doctrine qu'il l'interroge, à raison de sa sainteté qu'il lui rend hommage. Sa question est intéressante et sagement posée; son âme bien orientée. Nous verrons dans un instant ce qui lui manque; mais enfin, il porte en lui les germes de la foi, les éléments aussi de la vie parfaite ; et comme pour la Samaritaine, le Seigneur, salué du nom de Maître, va se constituer réellement son professeur, user avec lid du procédé socratique et d'une sage enquête.
Il y a une différence entre la question telle qu'elle se pose en saint Matthieu : Quid boni faciam? et telle qu'elle se pose chez les deux autres s}ti optiques : Quid faciam? En saint Matthieu, la
question : Magister bone, guid boni... amène cette réponse du Seigneur : Quid me interrogas de bono? puis la remarque que Dieu seul est bon : ainsi est commenté le qualificatif de « bon Maître ». En saint Marc et saint Luc, la question du jeune homme ne contenant qu'une seule allusion à la bonté: Magister hone, simplifie aussi la réponse divine : Quid me dicis bonum? Mais la divergence entre les éVangélistcs n'est -psiS considérable ; car enfin, chez tous trois, le jeune homme interroge le « bon » Maître au sujet de ce qui est bon, « du bien » qu'il faut réaliser pour parvenir à la vie éternelle. Et le Seigneur, calquant sa réponse sur cet état d'esprit, lui dit en substance : ce n'est ni Jésus de Nazareth, s'il n'est pas le Fils de Dieu, ni les œuvres, si elles ne sont que des œuvres, qui méritent vraiment le titre de bonté.
Voici d'abord Une invite à la foi : « Pourquoi m'appelez-vous bon? Nul n'est bon que Dieu. » Ce n'est pas que le Seigneur écarte la qualité qu'on lui décerne, mais il veut amener à maturité la foi de son interlocuteur. — Puis vient une indication d'ordre pratique : « Pourquoi m'interrogez- vous sur ce qui est bon ? » La tendance juive est d'estimer trop les actes accomplis par l'homme, les œuvres extérieures, et d'y attacher le salut. Comme s'il existait une proportion entre des activités humaines et la vie éternelle ! Là encore, il y a lieu de rappeler que Dieu seul est bon et que nos actes n'ont pas avec lui de commune mesure. Pourtant, il faut des actes, il faut faire le bien? En effet, mais le bien n'est pas là où le cherchent les Juifs. Le bien qu'il faut accomplir est défini par le bien qui est Dieu. Ce n'est jamais qu'une relation à Dieu qui rend bonne l'âme Unie à lui ; elle ne fait qu'obéir, avec sa grâce, à des préceptes qui viennent de lui et guident vers lui. Vous voulez entrer dans la Vie ? Observez les commandements.
Quels commandements, Maître? CeUx d'une loi nouvelle et supérieure? — Non, ceux qUe vous connaissez bien, ceux de la loi éternelle : ils sont l'expression authentique, définitive, immuable, des relations que DieU a voulues entre les hommes. Sur ce terrain encore, comme au sujet du mariage, le Seigneur entend restaurer la législation primitive. Et il énumère, d'après l'Exode (xx, 12-17), le Lévitique (xix, 18) et le Deutéronome (v, 16-20), d'abord les préceptes à forme négative, les défenses qui ont jjour dessein de réduire l'égoïsme et de réprimer ce qui serait un obstacle absolu à la charité ; puis le précepte positif unique, auquel