‹ L'évangile de notre-Seigneur Jésus-ChristChapitre 218 sur 340 · ENTRETIEN AVEC MARTHE ET MARIE · texte numérisé non relu

ENTRETIEN AVEC MARTHE ET MARIE

Domine, si fuisses hic, frater meus non fuissei mortuus. •- Sed et nunc scio quia qiiaecumque poposceris a Dec, dabit tibi Deus. ^^ Dicit illi Jésus : Resurget frater tuus. ^'* Dicit ei Martha : Scio quia resurget in resurrectione in novissimo die. -^ Dicit ei Jésus : Ego sum resurrectio et vita ; qui crédit in me, etiam si mortuus fuerit, vivet ; ^^ et omnis qui vivit et crédit in me, non morieiur in aeternum, Credis hoc? ^' Ait illi : Utique, Domine ; ego credidi quia tu es Christus, Filius Dei vivi, qui in hune mimdum venisti. ^^ Et cum haec dixissei, abiit, et vocavit Mariam sororem suam silentio, dicens : Magister adest, et vocat te. -^ Illa, ut audivit, surgit cito, et venit ad eum. '*• Nondum enim venerat Jestis in casteUum ; sed crat adhuc in Ulo loco ubi occurrerat ei Martha. ^^ Judaei ergo qui erant cum ea in domo, et consolabantur eam, cum vidissent Mariam quia cito surrexit et exiit, secuti sunt eam, dicentes : Quia vadit'ad monumentum, ut ploret ibi. 22 Maria ergo, cum venisset ubi erat Jésus, videns eum, cecidit ad pedes ejus, et dicit ei : Domine, si fuisses hic, non esset mortuus frater meus. ^^ Jésus ergo, ut vidit eam plorantem, et Judaeos, qui vénérant cum ea, plorantes, infremuit spiritu, et turbavit seipsum, ^^ et dixit : Ubi posuistis eum? Dicunt ei : Domine, veni, et vide. ^^ Et lacrymcdus est Jésus. ^^ Dixerunt ergo Judaei; Ecce quomodo amahat eum. ^^ Quidam autem ex ipsis dixeruni : Non poterat hic, qui aperuit oculos caeci nati, facere ut hic non moreretur?

Le Seigneur traversa le Jourdain et vint à Béthanie, sans se hâter. Il y avait quatre jours que Lazare était dans le tombeau. La proximité de Jérusalem, — quinze stades, \uie demi-lieue environ, — avait permis à beaucoup de Juifs de se rendre à Béthanie, pour consoler IMarthe et Marie, qui étaient, semble-t-il, personnes considérables. Cette consolation pouvait paraître assez banale, mais, dans la sympatliie qu'elle traduisait, le Seigneur avait préparé un piège pour Jérusalem, un piège dernier, où la tendresse persévérante ferait tomber les âmes capables encore de voir et d'accueilUr la Aérité.

Le caractère des deux sœurs se dessine aussitôt. Marthe, l'active, s'empresse d'accourir dès qu'elle apprend l'arrivée du Seigneur ; ^larie demeure chez elle, plus recueillie, plus humble, plus confiante peut-être. Un commentaire est contraint de morceler le dialogue, mais notre pensée doit en réunir tous les fragments. La scène est d'mie incomparable beauté. Il y a un accent

de tendre reproche dans les paroles de Marthe ; et comme Marie s'exprimera bientôt de même, nous avons le droit de supposer que les deux sœurs, durant les derniers jours de Lazare, avaient ensemble, auprès de son chevet, échangé cette même réflexion : « Ah ! si du moins le Seigneur Jésus était ici, ce serait moins dur ; et lui, il défendrait notre frère de la mort. » Aujourd'hui que tout est fini, la parole de Marthe signifie : « Pourquoi n'êtesvous pas venu? Nous vous avions fait avertir. Vous, vous ne l'auriez point laissé mourir ! » La foi et la confiance sont pourtant au cœur de Marthe : s'il y manque quelque chose, la parole du Seigneur le créera bientôt. Elle poursuit : « Maintenant qu'il nous semble que tout est fini, maintenant même, je sais que tout ce que vous demanderez à Dieu, Dieu vous le donnera. » Pourquoi Marthe ne dit-elle pas : au Père? Pourquoi suppose-t-elle que le Seigneur doit prier pour obtenir? Ne saurait-elle pas encore que le Fils de Dieu peut rendre la vie par une puissance qui lui est propre? On le dirait. Quoi qu'il en soit, le Seigneur promet avec réserve, parce que la foi de Marthe semblait impliquer un défaut : « Votre frère ressuscitera ».

Oui, répond Marthe, je sais qu'il ressuscitera au dernier jour, à la résurrection de tous. C'est bien loin ! — Mais moi, dit le Seigneur, je suis la résurrection et la vie. Je ne suis pas seulement celui qui sollicite et obtient la résurrection et la vie. — Excepté lorsqu'elle s'applique à Dieu, la forme adjective «vivant» indique participation, et dès lors infirmité. Mais la forme abstraite « résurrection, vie », attribuée à un être subsistant, implique la plénitude, la possession de droit, l'indépendance, la causalité. Ce n'est aucunement que le Seigneur songe à exclure son Père : mais il lui plaît de montrer à Marthe et aux discijDles que sa puissance est souveraine et qu'il suffit à ceux qui veulent vivre éternellement de s'attacher à lui. Il est assuré d'échapper à la mort, celui qui adhère à la vie. Tel est le témoignage que le Seigneur se rend à lui-même : le miracle qui viendra tout à l'heure en sera le gage et la démonstration. Pour les morts, et en particulier pour Lazare, je suis la résurrection ; pour les vivants, je suis la vie. Celui qui, par la foi, s'unit à moi a beau mourir, il vivra quand même ; et celui qui vit et croit en moi ne connaîtra jamais la mort. Ce n'est point mourir que de vivre à DieU. La mort n'est pas ce que pense le vulgaire ; et notre vie, c'est d'être au Seigneur. Pour celui qui est attaché à la Vie, la Vie relèvera

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