‹ L'évangile de notre-Seigneur Jésus-ChristChapitre 219 sur 340 · ENTRETIEN AVEC MARTHE ET MARIE · texte numérisé non relu

ENTRETIEN AVEC MARTHE ET MARIE

même son coriîs. Croyez-vous cela, Marthe? — Oui, Seigneur ; depuis longtemps déjà, je suis assurée que vous êtes le Christ, le Fils de Dieu, celui qui devait venir et qui est enfin venu au monde.

Il ne manque rien à la profession de foi de sainte Marthe, comi^arable à celle de saint Pierre lui-même. Sans doute le Seigneur lui a dit d'appeler sa sœur, car aussitôt après elle s'éloigne, va trouver Marie et, à voix basse, lui dit : « Le Maître est là ; il vous appelle. » Que de vocations religieuses ont été secrètement déterminées par cette seule parole : Le Maître est là; il vous appelle ! Marie était demeurée paisible, chez elle : et l'on voit bien que le Seigneur avait compris son attitude de discrétion. Elle se lève, sur l'ordre de Jésus, et promptement vient à lui. Car, remarque saint Jean, Jésus n'était pas entré encore dans le bourg de Béthanie, mais était demeuré là même où Marthe l'avait rencontré tout d'abord. Marie partait sans fournir d'explication aux Juifs qui l'entouraient ; ils n'avaient pas entendu l'invitation transmise par Marthe. En la voyant s'éloigner, leur pensée commune fut qu'elle allait au tombeau de son frère pour y pleurer en liberté. Ils la suivirent. Ce que nous avons nommé le piège divin se tresse d'instant en instant»

Les tombeaux des Juifs se trouvaient en dehors des bourgades ; et le Seigneur était demeuré au croisement des deux routes qui conduisaient, l'une vers la sépulture de Lazare, l'autre à l'intérieur de Béthanie : c'est là qUe Marie rencontra son Maître. Elle leva les yeux vers lui, tomba à ses pieds, et, avec les termes mêmes dont Marthe s'était servie, mais plus brièvement, lui dit : « Seigneur, si vous aviez été ici, mon frère ne serait pas mort ! » Elle le disait à travers ses larmes, avec un accent de reproche , mais si voilé et si tendre ; avec humilité et avec esprit de foi : même sa plainte affirmait la toute-puissance du Seigneur. On devine que cette absence du Maître avait été la grande souffrance, au cours de la maladie de Lazare. A la vue des larmes de Marie et de cette douleur qui arrachait des larmes aux Juifs, autour d'elle, le Seigneur se troubla. Son âme affectueuse fut émue, et il demanda : « Où l'avez-vous placé? » On lui répondit : « Venez, Seigneur, et vous verrez. » Et, selon les dispositions variées de chacun, les larmes du Seigneur sont commentées. Tandis que l'on s'avance vers le tombeau, les uns disent : « Voyez : il pleure, il l'aimait bien ! » D'autres, hostiles, trouvent jusque dans les miracles

qu'ils reconnaissent Un grief contre les miracles qUe le Seigneur ne fait pas : « Est-ce que cet homme, qui a ouvert les yeux de l'aveugle-né, n'aurait pu défendre Lazare contre la mort? Il verse des larmes. ^lais alors, il aurait dû l'empêcher de mourir. » On le voit, la passion empoisonne tout.

Jo., XI. — ^^ Jésus ergo rursum f remens in semetipso, venit ad motminentum ; erat autem spelunca, et lapis superpositus erat ei. ^^ Ait Jésus : Tollite lapidem. Dicit ei Martlia, soror ejus qui 7nortuus juerat: Domine, jam joetet, quatriduanus est enim. ^^ Dicit ei Jésus : Nantie dixi tihi quoniam si credidei'is, videbis gloriam Dei? ^^Tulerunt ergo lapidem; Jésus autem, elevaiis sursum oculis, dixit : Pater, gratias ago tihi quoniam audisti me. ^^ Ego autem scieham quia semper me audis ; sed pr opter populum qui circumsiat, dixi, ut credant quia tu memisisti. ^^Haec cum dixisset, voce magna clamavit : Lazare, veni feras. ^^ Et statim prodiit qui juerat mortuus, ligatus pedes et manus institis, et faciès illius sudario erat ligata. Dixit eis Jésus : Solvite euni, et sinite ahire.

Toujours en proie à son émotion, le Seigneur arrive au tombeau. C'était une grotte creusée dans le rocher ; une pierre en fermait l'entrée. « Roulez la pierre, « dit JésUs. Y eUt-il, à ce moment, une hésitation au cœur de Marthe et comme un retour de défiance? Y eut-il seulement le désir d'épargner au Seigneur un mouvement de répulsion à l'approche d'mi cadavre de quatre jours? Il semble, — nous en demandons pardon à sainte Marthe, — que la première hypothèse est plus justifiée, si nous regardons aux paroles du Seigneur. Leur intention est de rassurer une âme qui vacille en face de la difficulté, de l'imiJossibLlité entrevue. Domine, jam foetet : quatriduanus est enim. Le Seigneur constate l'hésitation de Marthe et la soutient d'un mot : « Ne vous ai-je pas dit que si vous croyez, vous verrez la gloire de Dieu? » Car le miracle qui va s'accomplir a pour dessein de démontrer la puissance divine du Fils de Dieu. On roula la pierre.

Alors, le Seigneur leva les yeux vers le ciel et adressa à son Père une prière, non sous la forme d'une demande, mais d'un remerciement pour un bienfait accordé déjà, pour un bienfait assuré par la condition personnelle de celui qui accomplit le miracle. Le Seigneur l'avait obtenu de son Père. Sa nature humaine lui per-

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