‹ L'évangile de notre-Seigneur Jésus-ChristChapitre 222 sur 340 · TROISIÈME PRÉDICTION HE LA PASSION · texte numérisé non relu

TROISIÈME PRÉDICTION HE LA PASSION

Saint Marc nous donne de précieux détails sur l'allure et les dispositions de la caravane. Les apôtres n'avancent qu'avec inquiétude ; ils ont Timpression d'un malheur qui les menace et n'ignorent pas rhostilité grandissante des iDharisiens. Deux fois déjà, après la confession de Césarée et aj^rès la Transfiguration, leur Maître les avait avertis du sort qui l'attendait : mais leur cœur n'a pas voulu comprendre. Pourtant, ils se rendent vaguement compte que l'heure de^•ient tragique. Le Seigneur marchait devant eux, résolument, comme pour les entraîner ; et cet em]^ ressèment leur semblait tout à fait extraordinaire. N'était-ce pas commettre une inexplicable imprudence (cf. Jo., xi, 8)? Sans doute les apôtres s'entretenaient du péril avec les autres pèlerins ; ceux qui les accompagnaient ne marchaient, eux aussi, qu'en tremblant.

A un moment, le Seigneur tira de nouveau les Douze à Técart ; et jDOur les éclairer, pour les rassurer aussi, il leur prédit, plus nettement, avec plus de détails, ses souffrances, sa mort, sa résurrection. «Voici, leur dit-il, que nous montons à Jérusalem et que tout ce que les prophètes ont écrit du Fils de Thomme s'accomplira. Il sera livré aux princes des prêtres, aux scribes et aux anciens. Le Sanhédrin le condamnera à mort, puis le livrera aux gentils. On se moquera de lui, il sera couvert de crachats, outragé de toutes manières, flagellé, enfin mis à mort par le supplice de la croix. Et le troisième jour, il ressuscitera. » Mais cette fois encore, les apôtres furent déconcertés. Ils ne comprirent rien de tout cela, dit nettement saint Luc; c'était pour eux chose mystérieuse, dont ils n'avaient pas l'intelligence (Me., viir, 32 ; ix, 9, 31 ; Le., ix, 45 ; xxiv, 44-46.)

Mt., XX. — 20 Xiinc accessit ad eiim mater filiorum Zebedaei cum fi AÏS suis, adorans et petens aliquid ah eo. ^i Qui dixit ci : Qiiid vis? Ai illi : Die ut sedeant M duo filii mei, uiius ad dexteram tuam, et unus ad sinistram in regno tuo. ^^ Respondens autem Jésus dixit : Nescitis quid petatis. Potestisbibere calicem qnem ego bibiturus siim? Dicunt ei : Possumus. -^ Ait iUis : Calicem quidem meum bibetis ; sedere autem ad dexteram meam vel sinistram, non est meum dare vohis, sed quibus paratum est a Pâtre meo. -^ Et audientes decem, indignati sunt de diiobus fratribus. ^ Jésus autem vocavit eos ad se, et ait : Scitis quia principes gentium dominantur

eorum, et qui majores sunt potestatem exercent in eos. ^^ Non ita erit inter vos ; sed quicumque voluerit inter vos major fieri, sit vesier minisier. ^^ Et qui voluerit inter vos primus esse, erit vester servus. ^^ Sicut Filius hominis non venit ministrari, sed ministrare, et dare animam suani redemptionem pro multis.

Me, X. — ^^ Et accedunt ad eum Jacobus et Joannes, filii Zebedaei, dicentes : Magister, volumus ut quodcumque petierimus facias nohis. ^^ At ille dixit eis : Quid vultis ut faciam vohis? 3' Et dixerunt : Da nohis ut unus ad dexteram tuani, et alius ad sinistrani tuani sedeamus in gloria tua. ^^ Jésus autem ait eis : Nescitis quid petatis. Potestis bibere calicem quem ego biho? aut haptismo quo ego baptizor baptizari? ^^ At illi dixerunt ei : Possumus. Jesu^ autem ait eis : Calicem quidem quem ego biho bihetis, et haptismo quo ego baptizor baptizabimini ; ^° sedere autem ad dexteram m,eam vel ad sinistram, non est meum dare vohis, sed quihus paratum est. ^^ Et audientes decem, coeperunt indignari de Jacobo et Joanne. *2 Jésus autem vocans eos, ait iïlis : Scitis quia ht qui videntur principari gentihus, dominantur eis, et principes eorum potestatem hahent ipsorum. ^^ Non ita est autem in vohis : sed quicumque voluerit fieri major, erit vester minister ; ^* et quicumque voluerit in vohis primus esse, erit omnium servus. *^ Nam et Filius hominis non venit ut ministraretur ei, sed ut ministraret, et daret animam suam redemptionem pro multis.

Au cours de ce dernier voyage vers Jérusalem, plusieurs se persuadaient que la manifestation du Royaume de Dieu était imminente (Le, xix, 11). Aussi est-ce l'heure où l'ambition de quelques-uns s'éveille de nouveau. Déjà, les apôtres avaient discuté entre eux sur la préséance et demandé au Seigneur : Quis, putas, major est in regno caelorum? (Mt., xviii, 1 sq.) Mais ce n'était là encore qu'une recherche curieuse, ou simplement théorique ; elle n'avait rien amené, si ce n'est le triomphe du petit enfant, déclaré l'exemplaire de tous ceUx qui veulent entrer au Royaume des cieux. Mais ici, la tentative est plus pratique. La situation de Jacques et de Jean, fils de Zébédée et de Salomé, était considérable dans le collège apostolique. Le Seigneur les avait distingués; ils étaient déjà de ses familiers les i^lus intimes. Néanmoins ils souhaitent quelque chose de mieux encore et, de concert avec leur mère, combinent une double démarche auprès

LA REQUÊTE DES FILS DE ZEBEDEE 62"i

du Seigneur. Salomé commencera ; les fils viendront ensuite. Saint Ambroise a commenté avec une indulgence infinie cette requête maternelle et fait valoir tous les titres qu'elle avait à être exaucée : Immoderatior quidem, sed tamen ignoscenda mensura votorum est. Atque mater aetate longaeva, sludio religiosa, solatio destituta, quae tune temporis quando vel juvanda vel alenda foret validae prolis auxilio, ahesse sibi liheros patiebatur, et voluptati suae mercedem seqnentmm Christum praetulerat filiorum, etc.. [De fide, v, 5). Il existait même un motif de plus : sans parler de la parente de Salomé avec le Seigneur, qui est discutée, il faut remarquer qu'elle était du nombre de ces saintes femmes qui avaient quitté leur foyer et leur patrie pour accompagner Jésus (Mt., XXVII, 55-56).

Elle s'y prend habilement. Elle aborde le Seigneur avec la révérence convenable, et sans livrer aussitôt le motif de sa démarche. Peut-être espère-t-elle que Jésus, dans un mouvement d'affection reconnaissante, lui accordera d'avance tout ce qu'elle pourra solliciter. Mais le Seigneur interroge prudemment : « Que désirez-vous? » — « Dites, répond la mère, car vous n'avez qu'un mot à prononcer, vous qui êtes roi d'Israël et qui avez tout pouvoir ; dites que, de mes deux fils, l'un sera assis à votre droite, l'autre à votre gauche, dans votre Royaume. » Ce n'était, semblaitil, que réclamer ce que le Seigneur avait promis spontanément naguère : Sedebitis et vos super sedes duodecim, judicantes duodecim tribus Israël. Mais alors, saint Pierre n'avait eu souci que de l'honneur commun à tous les apôtres : Eccenos reliquimus omnia... quid ergo erit nabis? Nul privilège n'ayant été réservé à aucun, les deux places dhonneur ne pouvaient - elles appartenir aux deux frères, Jacques et Jean ?

Et les deux disciples s'approchent à leur tour, sans doute à peu de temps de là. Leur procédé est moins discret que celui de leur mère, et leurs paroles ressemblent à une mise en demeure respectueuse encore : « Maître, nous voulons que vous fassiez pour nous ce que nous vous demanderons. » On devine qu'ils sont très assurés de l'affection de leur Maître : ils se donnent le droit de solliciter une faveur et insistent pour que le Seigneur consente avant même de sa^'oir ce dont il s'agit. « Que voulez-vous que je fasse pour vous? » dit Jésus. — « Accordez-nous d'être assis, l'un à votre droite et l'autre à votre gauche, dans votre gloire. » Leur âme se trahit dans leur requête : ils ont la foi, et croient à

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la parole du Seigneur, à sa gloire de demain, à la place qu'ils occuperont dans le Royaume. Et c'est vraiment un acte de foi, car enfin les apparences sont contraires, et leur seule garantie repose dans la promesse du Seigneur. Mais cette foi est mêlée d'ambition et d'égoïsme, de jalousie et de rivalité. Et Jésus leur répond : Vous ne savez pas ce que vous demandez. Vous ne songez qu'à une gloire personnelle ; vous ignorez à quel prix la vraie gloire s'achète et de qui on l'obtient. Vous n'avez pas encore compris le nœud divin qui soude la gloire à la souffrance. Ce n'est pas à la gloire que nous allons aujourd'hui. Pouvez-vous boire au calice où je boirai, partager le baptême qui sera le mien? C'est de quoi il est question mamtenant. — Et sans hésiter, les deux frères, l'âme enivrée, entraînés sans doute par leur désir de préséance, mais aussi jDar leur charité, répondent: Possumus! Nous le pouvons, oui, Seigneur !

C'est bien, dit Jésus. Vous boirez l'un et l'autre à mon calice, vous serez ba2)tisés de mon bajDtême. Sur ce point, vous serez exaucés. Mais être assis à ma droite et à ma gauche, dans le Royaume des cieux, cela appartient à un ordre de dispositions providentielles que le Fils de l'homme doit respecter. L'affection, la parenté, des considérations ou des insistances humaines n'ont pas à intervenir ici. Celui qui, à l'âge de douze ans, rappelait à sa Mère elle-même qu'il se devait aux œuvres de son Père ; celui qui, à l'âge de trente ans, écartait doucement une demande de sa Mère, la demande d'un miracle de charité, en remarquant que son heure n'était pas venue encore, ce même Fils de l'homme rappelle une fois de plus qu'il existe un ensemble de dispositions divines, de préférences gracieuses et souveraines, concertées entre le Père, le Fils et le Saint-Esprit, formant la trame profonde de l'histoire, et devant lequel toute volonté créée doit s'incliner. « Ce n'est pas à moi à vous réserver telle ou telle place dans la gloire ; elles appartiendront à ceux pour qui mon Père les a préparées. » La réponse du Seigneur n'a pas pour dessein d'attribuer à Dieu son Père des décrets auxquels il n'aurait, lui, aucune part ; le Fils de Dieu, même comme homme, les connaît, mais sa volonté humame, unie parfaitement à la volonté divine, ne peut ni ne veut intervenir dans un système dont le cadre est fixé par Dieu.

La motion introduite par Jacques et Jean était si inopportune, par un côté même si téméraire, alors que le Seigneur avait

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