DEUX AVEUGLES GUÉRIS A JÉRICHO
turbam praetereuntem, interrogabat guid hoc esset. ^' Dixerunt autem ei quod Jésus Xazarenus transirei. ^^ Et clamavit, dicens : Jesu, fili David, miserere mei. ^^ Et qui praeibant increpabant eum ut taceret. Ipse vero multo magis clamabat : Fili David, miserere mei. ^^ Stans autem Jésus jussit illum adduci ad se. Et cum appropinquasset,interrogavit illum, *^ dicens: Quidtibi visfaciam? Atille dixil : Domine, ut videam. ^^Et Jésus dixit illi : Respice, fides tua te salvum jecit. *^ Et confestim vidit, et sequebatur illum 7nagnificans Deum. Et omnis plebs ut vidit, dédit laudemDeo.
Dans la marche vers Jérusalem, on arrive à Jéricho, située au nord-est et à sept lieues environ de la ville sainte. Là se place un miracle diversement raconté par les synoptiques : selon saint Luc, un aveugle est guéri à l'entrée de Jéricho ; selon saint Marc, à la sortie ; selon saint Matthieu, deux aveugles sont guéris au sortir de la ville. Admettons, avec j^lusieurs commentateurs catholiques, qu'il y eut réellement deux guérisons, opérées dans des circonstances à peu près identiques ; que saint Luc a connu l'un des miracles et saint Marc l'autre ; que saint Matthieu, pour ne pas répéter deux fois des récits tout semblables, les a groupés dans une même narration. Le procédé s'explique par les habitudes de l'évangéliste, moins soucieux des menus détails que du fait ; il s'est dit que l'endroit ne fait rien à la chose, et parce que l'une de ces guérisons eut lieu réellement au sortir de Jéricho, il les raconte l'une et l'autre à ce moment. Rappelons-nous ce qui a été dit au sujet des deux démoniaques de Gérasa (Mt., viii, 28 sq.). Nous pouvons comparer saint Marc et saint Matthieu, et observer comment ce dernier élague certains traits caractéristiques et n'appartenant qu'à la guérison de l'aveugle dont parle saint Mare. Pour simplifier, ne mettons en scène qu'un seul infirme.
Le Seigneur arrivait aux portes de Jéricho, accompagné de ses disciples et d'une grande foule. Un aveugle, Bartimée, le fils de Timée, se tenait assis au bord du chemin et mendiait. Saint Marc aime ces désignations nominales, qui semblent avoir pour dessein de rappeler à la communauté chrétienne un personnage connu (xv, 21). Entendant la rumeur d'ujie foule, l'aveugle demanda ce que c'était. On lui répondit : C'est Jésus de Nazareth qui passe. Alors, il se mit à crier : « Jésus, Fils de David, ayez pitié de moi ! » Plusieurs de ceux qui précédaient le Seigneur
s'efforçaient de lui imposer silence. Peut-être les uns craignaientils que de telles assertions ne parussent séditieuses aux pharisiens ; d'autres protestaient parce que ces cris répétés les importunaient et couvraient la conversation du Seigneur avec son entourage. Mais l'aveUgle n'en criait qUe plus fort : « Fils de David, ayez pitié de moi ! »
Cet aveugle, remarque saint Jean Chrysostome, était un clairvoyant. Le Seigneur lui laissa un instant la parole, comme il permettra bientôt aux petits enfants de l'acclamer au temple. Lorsque l'affirmation : Fils de David, a été suffisante et entendue de tous, le Seigneur arrête la caravane et dit : « Appelez-le. » La foule transmet le message : « Bon courage ! dit-on à l'aveugle ; levez-vous, il vous appelle ! » Aussitôt il rejette son manteau, se lève d'un bond et vient vers Jésus. « Que voulez -vous que je fasse pour vous ? » demande le Seigneur. — « Seigneur, que mes yelix s'ouvrent, que je voie ! » Ému de compassion, dit saint Matthieu, Jésus toucha les yeUx qui s'ouvrirent à l'instant, sur l'ordre de la puissance divine. « Allez, dit le Seigneur, votre foi vous a sauvé. » C'est de nouveau le miracle du corps et de l'âme, dû à la foi, c'est-à-dire à l'adhésion d'intelligence et de cœur à Notre-Seigneur Jésus-Christ. Et Bartiméc suivit le Seigneur sur le chemin, tandis que la foule entière, témoin du miracle, rendait grâces à Dieu.
Le, XIX. — ^ Et ingressus perambulahat Jéricho. ^ Et ecce vir nomine Zachaeus, et hic princeps erat puhlicanorum, et ipse dites ; ^ et quaerebat videre Jesum, quis esset ; et non poterat prae turha, quia statura pusillus erat. * Et praecurrens ascendit in arhorem sycomorum ut videret eum, quia inde erat transiturus. ^ Et cum venisset ad locum, suspiciens Jésus vidit iîlum, et dixit ad eum : Zachaee, festinans descende, quia hodie in domo tua oportet me manere. ^ Et jestinans descendit, et excepit illum gaudens. ' Et cum vidèrent omnes, murmurabant, dicenies quod ad hominem peccatorem divertisset. ® Stans autem Zachaeus, dixit ad Dominum : Ecce dimidium bonorum meorum, Domine, do pauperibus ; et si quid aliquem defraudavi, reddo quadruplum. ^ Ait Jésus ad eum : Quia hodie salus domui huic fada est, co quod et ipse filius sit Abrahae. ^° Venit enim Filius hominis quaerere et salvum facere quod perierat.
LE SEIGNEUR DANS LA MAjSON DE ZACHÉE 63t
L'histoire de Zachéc est propre à saint Luc. L'enseignement qu'elle contient nous sera révélé dans la conclusion de l'épisode : l'évangile est universel ; tout le monde peut devenir fils d'Abraham, moyennant une conversion sincère et la foi ; le Royaume des cieux n'est fermé ni aux riches, ni aux publicains, ni aux pécheurs. — Le Seigneur était entré dans Jéricho et traversait la ville. Et voici qu'un homme, nommé Zachéc, cherchait à voir qui était Jésus. C'était mi chef des publicains, de la corporation détestée. Les fonctionnaires qui prélevaient les impôts au nom de Rome étaient considérés comme des pécheurs publics, et leurs exactions achevaient de les rendre impopulaires. Zachée était riche : il reconnaîtra lui-même que sa gestion n'avait pas toujours été sans reproche; mais une curiosité éveillée par la grâce lui faisait désirer de voir le Seigneur. Il n'y parvenait point, car la foule était dense et lui de petite taille. Alors il devança le cortège, courut dans la direction que Jésus devait prendre, monta sur un sycomore, et attendit. Le Seigneur n'ignorait pas le dessein du publicain, puisqu'il l'avait intérieurement inspiré ; et, arrivé sous le sycomore, il leva les yeux et interpella Zachée par son nom : « Zachée, hâtez-vous de descendre, car aujourd'hui c'est dans votre maison que je dois demeurer. » Le Seigneur s'in^^te lui-même, familièrement ; il donne au publicain beaucoup plus que celui-ci n'avait espéré. Et Zachée, en hâte, descendit et le reçut chez lui, tout heureux.
Mais en constatant quel gîte s'était choisi le Seigneur, tous, c'est-à-dire la portion pharisienne de la cité, les nombreux prêtres de Jéricho, tous s'étonnent, murmurent, selon leur habitude, et se disent l'un à l'autre : «Il a pris son logement chez un pécheur! » Cependant la bonté du Seigneur fut justifiée par son fruit même. La conversion de Zachéc, en effet, fut immédiate, et la seule présence de Jésus accomplit en un instant ce que toute la hauteur pharisienne eût été bien incapable d'obtenir. A l'entrée de sa maison, ou un peu plus tard, le chef des publicains, debout, dit au Seigneur sa résolution généreuse et bien arrêtée : « La moitié de mes biens. Seigneur, je la donne aux pauvres ; et si j'ai nui à quelqu'un, je lui restitue le quadruple. » Il parle comme si la chose était déjà faite. Et le Seigneur affirme qu'en cette heure même le salut a été accordé à la maison de Zachée, et qu'il est, lui aussi, un vrai fils d'Abraham. En dépit du mépris qu'affectait la Synagogue jDOUr les collecteurs de l'impôt étranger, la grâce
de Dieu a prévenu ce piiblicain. Car le Fils de l'homme est venu en ce monde à dessein de chercher et de sauver ce qui était perdu (Mt., xv, 24 ; Le, v, 32). En vérité, dira bientôt le Seigneur aux pharisiens, les publicains et les pécheresses vous précéderont dans le Royaume de Dieu (Mt., xxi, 31).
Le, XIX. — 1^ Haec illis audientihus, adjiciens dixit parabolam,
eo quod esset prope Jérusalem, et quia existimarent quod confestim
regnum Dei manifestaretur. '^^ Dixit ergo : Homo quidam nobilis
abiit in regionem longinquam accipere sihi 7-egnum, et reverti.
^^ Vocatis autem decem servis suis, dédit eis decem mnas, et ait ad
illos : Negotiamini dum venio. ^^ Cives autem ejus oderant eum ;
et miserunt legationem post illum, dicentes : Nolumus hune regnare
super nos. ^^ Et factum est ut rediret accepta regno ; et jussit vocari
serves quibus dédit pecuniam, ut sciret quantum quisque negotiatus
esset. ^® Venit autem primus, dicens : Domine, mna tua decem mnas
acquisivit. ^' Et ait illi : Euge, bone serve ; quia in modico juisti
fidelis, eris potestatem habens super decem civitates. ^^ Et alter
venit, dicens : Domine, mna tua fecit quinque mnas. "^^ Et liuic
ait : Et tu esto super quinque civitates. ^^ Et alter venit, dicens :
Domine, ecce mna tua, quam habui repositam in sudario ; ^^ timui
enim te, quia homo austerus es : tollis quod non posuisti, et métis
quod non seminasti. ^^ Dicit ei : De ore tuo te judico, serve nequam.
Sciebas quod ego homo austerus sum, tollens quod non posui, et
metens quod non seminavi ; ^^ et quare non dedisti pecuniam meam
ad niensam, ut ego veniens cum usuris utique exegissem illam?
2* Et astantibus dixit : Auferte ab illo mnam, et date illi qui
decem mnas habet. ^^ Et dixerunt ei : Domine, hahet decem mnas.
^^ Dico autem vobis, quia omni habenti dabitur, et abundabit; ab
eo autem qui non habet, et quod habet auferetur ab eo. ^^ Verum-
tamen inimicos meos illos, qui noluerunt me regnare super se, addu-
cite hue, et interficite ante me. ^^ Et his dictis, praecedebat ascen-
dens Jerosolymam.
Il existe dans le grand discours eschatologique du Seigneur, en saint Matthieu, xxv, 14-30, une parabole de caractère analogue à celle-ci. Plusieurs exégètes catholiques, à la suite de saint Jérôme et de saint Ambroise, identifient les deux récits. Mais " Vintcntion, la structure générale et les incidents de la parabole