‹ L'évangile de notre-Seigneur Jésus-ChristChapitre 225 sur 340 · PARABOLE DES MINES · texte numérisé non relu

PARABOLE DES MINES

des talents et de celle des mines sont assez différents pour que nous puissions conclure à la dualité. Celle-ci, propre à saint Luc, semble avoir été prononcée dans la maison de Zachéc. Jésus profite de l'attention de tous, haec illis audientibus, pour ajouter une parabole à l'enseignement qui a précédé. Saint Luc en souligne l'opportunité : on était proche de Jérusalem, et beaucoup se disaient que l'heure était venue où le Royaume de Dieu allait apparaître ; l'attitude résolue du Seigneur, comparée à la retraite volontaire et au parti pris de silence et d'humilité où il s'était longtemps retranché, leur faisait dire : c'est maintenant.

Un homme noble, dit Jésus, s'en alla dans un pays lointain pour se faire investir de la royauté, et revenir ensuite. Il y a peutêtre dans ce vassal de haut rang qui s'cq va chercher l'investiture auprès de son suzerain une allusion à des faits contemporains. Hérode le Grand, après avoir été créé procurateur de Galilée par Jules César, puis tétrarquc par Antoine, s'était rendu à Rome pour obtenir le titre de roi. Archélaûs, son fils, avait entrepris le même voyage pour déposséder son frère Hérode Antipas. Enfin Antipas lui-même était allé à Rome, mais les Juifs avaient, de leur côté, envoyé une ambassade pour combattre les prétentions d'Archélaiis. Tous ces faits étaient connus des auditeurs ; et le début de la parabole nous y fait naturellement songer. Avant de partir, le prince réunit dix de ses serviteurs et à chacun il confie une mine. (Dans le système attique, la mine, unité de compte, comme le talent, valait cent drachmes, soit environ cent francs.) « Faites-les valoir, dit le prince, en attendant que je revienne. »

Mais ses concitoyens le haïssaient ; et derrière lui, après lui, partit une ambassade, chargée de dire au suzerain : « Nous ne voulons pas que cet homme règne sur nous » (cf. Jo., i, 11 ; xix, 15-21 ; Mt., XXIII, 37). Il revint pourtant, sa royauté obtenue (Ps. II et cix), et manda près de lui les ser^•iteurs auxquels il avait distribué les mines, afin de savoir comment chacun les avait fait valoir jjar son travail. Le jDremier qui se présenta dit : « Seigneur, votre mine en a rapporté dix. — C'est bien, bon serviteur, dit le roi ; c'était peu de chose ce que je vous avais donné, mais puisque vous avez été fidèle, vous serez, dans mon royaume, le gouverneur de dix villes. » Un second vint et dit : « Votre mine, Seigneur, en a produit cinq. » A celui-là encore le roi dit : « Vous aussi, vous serez récompensé : prenez le gouvernement de cinq

villes. » La récomiDense est donc toujours proportionnée au labeur fourni. L'intérêt du récit s'interdit de faire comparaître successivement les dix serviteurs : on en vient aussitôt à celui dont la conduite, jDar contraste, doit fournir à la parabole son enseignement décisif. La justification du paresseux est misérable, comme sa personne. On lui avait dit : Negotiamini ; on avait ajouté : Dum venio. Ecoutons son plaidoyer : Seigneur, voici votre mine, que j'ai conservée avec soin, dans un mouchoir. Car j'ai redouté de vous déplaire en m'en servant : c'eût été m'exposer à la perdre. Et je sais que vous êtes un homme sévère, exigeant ce que vous n'avez pas confié en déjjôt, moissonnant là où vous n'avez pas semé. A plus forte raison l'eussiez- vous fait, là où vous avez donné réellement...

Le roi n'avait besoia que des excuses de son serviteur pour le confondre : Vous sa%'iez, dit-il, mauvais serviteur, que je suis un homme sévère, exigeant ce que je n'ai pas confié, moissonnant là où je n'ai pas semé? Alors, pourquoi n"avez-vous pas porté mon argent sur la table des banquiers? A mon retour, j'aurais pu le retirer avec Un intérêt. — Et il dit aux assistants : « Reprenez-lui la mine, et donnez-la à celui qui en a dix. » Surpris de cette disposition vraiment extraordinaire, ils font observer : « Mais, Seigneur, il en a dix déjà ! » Et le roi, ou plutôt Jésus lui-même, déclare que les choses doivent pourtant se passer ainsi : « On donnera encore à celui qui possède, mais à celui qui n'a rien, on enlèvera même le peu dont il n'a su que faire : c'est un axiome courant, une des lois fondamentales du Royaume (Mb., xin, 12 ; Le, VIII, 18). Quant à mes ennemis, conclut le roi, quant à ces gens qui n'ont pas voulu de ma royauté, amenez-les ici, et mettezles à mort en ma présence. » Il est facile de reconnaître dans cette allégorie historique le devoir de ceux qui veulent être des serviteurs fidèles, l'annonce prophétique de la déchéance de la Synagogue, le châtiment dernier des âmes incroyantes, le règne qui n'aura pas de fin. — A la tête des siens, le Seigneur s'éloigne de Jéricho, et marche vers Jérusalem.

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