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CHAPITRE I

l'entrée triomphale a JÉRUSALEM

Mt., XXVI. — ® Cum aiitem Jésus esset in Bethanîa, in domo Simonis leprosi, ' accessit ad eum mulier h.ahens alabastrum uri' guenti pretiosi, et effudit super caput ipsiiis recumhentis . ^ Videntes autem discipuli, indignati sunt, dicentes : Ut quid perditio haec? ^ Potnit enim istud venundari miilto, et dari pauperibus. ^° Sciens autem Jésus, ait illis : Quid niolesti estis huic mulieri? Opus enim bonum operata est in 7ne ; ^^ nam semper pauperes habetis vabiscum^ me autem non semper habetis. ^^ Mittens enim haec ungu£ntum hoc in corpus meum, ad sepeliendum me fecit. ^^ Amen dico vobis, ubicumque praedicatum fu£rit hoc evangelium in toto mundo, dicetur et quod haec fecit in memoriam ejus.

Me, XIV. — ^ Et cum esset Bethaniae in domo Simonis leprosi, et recumberet, venit mulier habens alabastrum unguenti nardi spicati pretiosi, et fracto alabastro, effudit super caput ejus. * Erant autem quidam indigne ferentes intra semetipsos, et dicentes : Ut quid perditio ista unguenti facta est? ^ Poterat enim unguentum istud venundari plus quam trecentis denariis, et dari pauperibus. Et fremebant in eam. ^ Jésus autem dixit : Sinite eam ; quid illi molesti estis? Bonum opus operata est in me. "^ Semper enim pauperes habetis vobiscum, et cum, volueritis potestis illis benefacere ; me autem non semper habetis. ^ Quod habuit haec, fecit ; praevenii

ungere corpus meum in sepulturani. ^ Amen dico vobis, uhicumque praedicatum fuerit evangelium istud in universo mundo, et quod fecit haec narrahitur in memoriam ejus.

Jo., XII. — 1 Jésus ergo, ante sex dies Paschae, venit Bethaniam, uhi Lazarus fuerat mortuus, queni suscitavit Jésus. ^ Fecerunt autem ei coenam ibi ; et Martha ministrahat, Lazarus vero unus erat ex discumhentihus cum eo. ^ 31 aria ergo accepit librani unguenti nardi pistici, pretiosi, et unxit pedes Jesu, et extersit pedes ejus capillis suis; et domus impleta est ex odore ungueyiti. ^ Dixit ergo unus ex discipulis ejus, Judas Iscariotes, qui erat eum traditurus : ^ Quare hoc unguentum non veniit trecentis denariis, et datum est egenis? ^ Dixit autem hoc, non quia de egenis pertinehat ad eu7n, sed quia fur erat, et loculos habens, ea quae mittebantur portabat. "^ Dixit ergo Jésus : Sinite illam, ut in diem sepulturae meae servet illud. ^ Pauperes enim semper habetis v obis cum ; me autem non semper habetis.

Le Seigneur arrive àBéthanic six jours avant la Pâque ; admettons six jours pleins, Jésus ayant pu entrer dans la bourgade le vendredi matin. Le soir, c'est le sabbat qui commence. Le Seigneur se reposera vingt -quatre heures à Eéthanie, oh. demeurait Lazare, celui qui était passé par la mort et que Jésus avait ressuscité. Il est permis de supposer qu"il descendit chez Lazare, encore que le repas du lendemain ait eu lieu, selon les synoptiques, chez Simon, dit le Lépreux, sans doute un parent ou un ami du ressuscité. Les deux sœurs sont présentes. Lazare, dit saint Jean, est aussi parmi les convives : il eût été superflu de le noter si le repas avait été donné chez lui ; cette réflexion de saint Jean s'explique, rapprochée de la précision de saint Matthieu et de saint Marc : in domo Simonis leprosi. A ne lire que le récit des deux synoptiques, on serait tenté de croire que, dans leur l^enséc, le repas chez Simon eut lieu le mercredi saint, au soir, deux jours avant la Pâque {post biduum Pascha fiet: Mt., xxvi, 2 ; Me, XIV, 1) ; mais l'indication de saint Jean est voulue et formelle. Il faut donc admettre, avec saint Augustin {De consensu Evangelist., 1. II, c. lxxviii), que les synoptiques, à cet endroit de leur histoire, rapportent un fait antérieur de quelques jours, mais qui pour eUx se noue à la trahison de Judas et appartient déjà réellement aux mystères de la Passion et de la sépulture du

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Seigneur. Saint Luc, lui, n'a parlé ni de ce repas ni de l'onction qui eut licU alors : peut-être parce que, dans son chapitre vu (36-50), il a décrit déjà un repas, chez Simon le Pharisien, où se fit une onction, différente de celle-ci, mais présentant néanmoins avec elle des analogies.

Chez Simon le Lépreux, Marthe est à son office actif et s'empresse autour des convives. Marie est là, elle aussi, attentive, aimante, silencieuse, et active à sa manière. Même sans pénétrer tout le mystère de l'avenir, elle se prêta à la motion intérieure de Dieu pour le prophétiser. Elle prit, dans un vase d'albâtre, une livre d'un parfum de nard très pur, de grand prix ; et, brisant le col du vase au-dessUs du Seigneur couché à table, elle répandit sur sa tête le parfum liquide. Puis, s'agenouillant, cette fois encore, aux pieds du Sauveur, elle versa sur eUx ce qui restait dans le vase brisé, et, de ses cheveux dénoués, les essuya. Ainsi, toute la personne de Jésus était enveloppée comme d'un voile ou d'un linceul de parfum ; et l'odeur exquise se répandit dans la maison entière. Mais cette prodigalité magnifique déplut à Judas Iseariote, le traître, qui savait, lui, le prix des choses. Il dit tout haut son indignation, que partagèrent, semble-t-il, d'autres diseijDles : « A quoi bon, grondait Judas, un tel gaspillage? On aurait pu vendre ce j^arfum, en retirer au moins trois cents deniers (dix fois plus que ne sera estimé le Seigneur), et les donner aux pauvres. » Ce n'est pas, remarque saint Jean, qu'il eût réellement souci des pauvres ; mais comme il était chargé de la bourse commune, et voleur, il détournait les fonds qu'on y versait.

Cet état de l'âme de Judas vaut la peine qu'on s'y arrête un instant. L'homme de Carioth était Juif : isrobablement le seul Juif parmi les apôtres ; les autres étaient Galiléens, comme le Seigneur. Néanmoins, le Seigneur l'avait choisi ; et, avec la grâce de l'apostolat, la plus haute après la Maternité divine, il lui avait accordé les lumières, les énergies, toutes les ressources surnaturelles requises pour porter dignement sa glorieuse distinction. Il avait été bon, tout d'abord. Il avait sans doute fait des miracles et chassé des démons. Le Seigneur lui avait témoigné de la confiance : comme il était homme de savoir-faire, et qu'un Juif était plus apte qu'un Galiléen à se mettre en rapport avec tous, l'office de trésorier du collège apostolique lui avait été confié. Il s'y était dévoué. Mais il avait fini par regarder à son office, non

au Seigneur. Sa naissance et sa fonction relevaient au-dessUs de ses frères : cependant saint Pierre demeurait le premier, et saint Jean était plus aimé... Et dès que le Seigneur se réduisit au rôle d'un Messie humble, sans gloire nationale et sans conquête, peutêtre ce Juif en souffrit-il plus qUe les autres.

Depuis plus d'un an (Jo., vi, 71-72), la pensée de Judas et son cœur s'étaient détournés de Jésus. Il ne demeurait plus parmi les apôtres qu'à raison de son culte pour l'argent. Il avait eu le sort effrayant de tous ceUx qui se divisent : un travail perfide et secret avait lentement détaché sa vie du Seigneur et l'avait livrée, toute, à sa passion : l'avidité. En vue de quoi? On ne sait pas. Peut-être en vue du royaume dont il eût été le grand financier. C'est Judas qui avait le soin des pauvres et faisait les aumônes au nom du Seigneur. Et par un phénomène de transposition mentale qui se rencontre parfois, lui qui soulageait les pauvres au nom du Seigneur se laisse entraîner maintenant à décrier le Seigneur au nom des pauvres. Car, on ne saurait s'y méiDrendrc : le réquisitoire du disciple financier était dirigé contre son Maître. N'était-ce pas, en effet, à cause de Jésus, pour lui complaire, avec une sorte de connivence et de complicité de sa part que venait de s'accomplir, et pour la seconde fois, cette folle prodigalité ? D'ailleurs, comme nous le révèle saint Jean, cette prétendue sollicitude envers les pauvres n'était qu'un prétexte, couvrant mal la cupidité déjà invétérée de Judas. — Ut quid perditio haec ! Combien de fois, au cours des siècles, retentira cette exclamation contre d'autres prodigalités! A quoi bon le luxe de la maison de Dieu? à quoi bon tant de prières? demandent les hommes utilitaires et pratiques ; à quoi servent les contemplatifs, moines et moniales? ce sont des vies perdues !

Sainte Marie-Madeleine avait une réponse, semble-t-il, tout indiquée : C'est mon bien ; j'ai le droit d'en user, même d'en abuser. Est-ce vraiment en abuser que de le rendre au Seigneur ? Je me suis bien donnée, moi : pourquoi ne pourrais-je donner mon bien? C'eût été décisif : le silence de Madeleine le fut davantage. Même, entendit-elle les murmures qui s'élevaient contre elle : et fremebant in eam? Est-ce que son âme n'était pas ravie ailleurs? Mihi autem, disait l'Apôtre (I Cor., iv, 3), iiro minimo est ut a vobis judicer aut ah humano die. Sainte Madeleine n'est justiciable, elle aussi, que de son Seigneur ; nulle fierté, mais la seule confiance. Et comme autrefois, le Seigneur lui-même se

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constitue son avocat : « Pourquoi, dit-il, faites-vous de la peine à cette femme? Laissez-la. C'est une bonne œuvre qu'elle accomplit à mon égard. Les pauvres ne vous manquent jamais ; et quand vous le voulez, vous pouvez toujours leur faire du bien ; mais moi, vous ne m'avez pas toujours. Elle a fait ce qu'elle pouvait faire : elle a acquis et gardé ce jjarfum pour le jour de ma sépulture, d'avance elle a embaumé mon corps. » Son acte est emblématique. A mots couverts, et que le traître était, mieux que personne, à même de comprendre, Jésus annonçait sa mort prochaine. Les deux synoptiques ont ajouté une j^rophétie du Seigneur : « Je vous le dis, en ^'érité, partout où sera prêché cet év^angile, c'est-à-dire dans le monde entier, on racontera aussi le geste de cette femme, pour exalter et perpétuer sa mémoire. »

Jo., XII. — ^ Cognovit ergo turba multa ex Judaeis quia illic est; et venerunt, non propter Jesum iantum, secl ut Lazarum vidèrent, quem suscUavit a mortuis. ^° Cogiiaverunt autem principes sacerdoium ut et Lazarum inierficerejit, ^^quia multi pr opter illum abibant ex Judaeis, et credebant in Jesum.

De Jérusalem et des en^■irons, on ne tarda guère à savoir que Jésus était à Béthanie. Vn grand concours de peuple s'y porta, le soir du sabbat, pour le Seigneur sans doute, mais pour Lazare aussi. Le spectacle d"un ressuscité est j)eu banal ! Beaucoup ne l'avaient pas contemi^lé encore, ou bien désiraient le revoir. On tient à s'assurer que c'est bien lui ; on se dit qu'il serait intéressant de l'interroger sur bien des choses. En dehors même de cet attrait de curiosité, Lazare était devenu Un motif vivant de crédibilité. 11 demeurait un témoignage irrécusable de la puissance du Seigneur. Des miracles tels que la guérison de l'aveuglené et la résurrection de Lazare faisaient réfléchir les âmes de bonne foi : elles s'éloignaient, nombreuses, du parti hostile au Seigneur, elles croyaient à la divinité de sa mission. On devine à quel point ces défections irritaient la jalousie des iDrinces des prêtres. Il fallait que leur exaspération fût à son comble, pour qu'elle leur inspirât l'étonnante résolution de se défaire non pas seulement de Jésus, mais encore de Lazare. La pensée homicide est insatiable. On ne serait tranquille qu'après avoir fait disparaître le miracle tout entier, et dans la personne de son sujet, et

dans celle de son auteur. Mais les pharisiens, nous allons le voir, semblent jouer de malheur.

Mt., XXI. — ^ Et cum appropi7iquassent Jerosolymis, et venisseni Bethphage ad montem Oliveti, tune Jésus misit duos discipulos, 2 dicens eis : Ite m castellum quod contra vos est, et statim invenietis asinam alligatam, et pullu7n cum ea : solvite, et adducite mihi ; ^ et si quis vobis aliquid dixerit, dicite quia Dominus his opus habet, et confestini dimittet eos. ^ Hoc autem totum factum est ut adimpleretur quod dictum est per prophetam dicentem : ^ Dicite filiae Sion : Ecce Rex tuus venit tibi mansuetus, sedens super asinam et pullum filium subjugalis. ^ Emîtes autem discipuli, fecerunt sicut praecepit mis Jésus. ' Et adduxerunt asinam et pullum, et imposuerunt super eos vestimenta sua, et eum desuper sedere fecerunt. ^ Plurima autem turba straverunt vestimenta sua in via; alii autem caedebant ramas de arboribus, et sternebant in via. ^ Turbae autem quae praecedebant et quae sequebantur clamabant, dicentes : Hosanna filio David! benedictus qui venit in nomine Domini ; hosanna in altissimis !

Me., XI. — ^ Et cum appropinquarent Jerosolymae et Bethaniae ad montem Olivarum, mittit duos ex discipulis suis, ^ et ait illis : Ite in castellum quod contra vos est, et statim introeuntes illuc, invenietis pullum ligatum, super quem nemo adhuc hominum sedit ; solvite illum et adducite. ^ Et si quis vobis dixerit: Quid facitis? dicite : Quia Domino necessarius est; et continuo illuni dimittet hue. ^ Et abeuntes, invenerunt pullum ligatum ante januam foris in bivio ; et solvunt eum. ^ Et quidam de illic stantibus dicebant mis : Quid facitis solventes pullum ? ^ Qui dixerunt eis sicut praeceperat illis Jésus, et dimiserunt eis. ' Et duxerunt pullum ad Jeswn, et imponunt illi vestimenta sua, et sedit super eum. ^ Multi autem vestimenta sua straverunt in via ; alii autem frondes caedebant de arboribus et sternebant in via. ^ Et qui praeibant et qui sequebantur clamabant, dicentes : Hosanna! ^° Benedictus qui venit in nomine Domini ; benedictum quod venit regnum patris nostri David. Hosanna in excelsis.

Le., XIX. — 29 Et factum est, cum appropinquasset ad Bethphage et Bethaniam, ad montem qui vocatur Oliveti, misit duos discipulos

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suos, ^^ dicens : Ite in castellum quod contra est; in quod introeuntes, invenietis pulînm asinae alUgatum, cui nemo unquam hominum sedit ; sohite illum, et adducite. ^^ Et si quis vos interrogaverit : Quare solviiis? sic dicetis ei : Quia Dominus operam ejus desiderat. ^^ Abierunt autem qui missi erant, et invenerunt, sicut dixii mis, stantem pulhim. ^^ Solventihus autem illis pullum, dixerunt domini ejus ad illos : Quid solvitis pullum P ^* At illi dixerunt: Quia Dominus eum necessarium habet.^^ Et duxerunt illum ad Jesum . Et jactantes vestimenta sua supra pullum, imposuerunt Jesum. ^^ Eunte autem illo, suhsternebant vestimenta sua in via. ^' Et cum appropinquaret jam ad descensum montis Oliveti, coeperunt omnes turbae discipulorum gaudentes laudare Deum voce magna, super omnibus quas viderant virtutibus, ^^ dicentes : Benedictus qui venit rex in nomine Domini ! pax in caelo, et gloria in excelsis! 3® Et quidam pharisaeorum de turbis dixerunt ad illum : Magister, increpa discipulos iuos. ^^ Quibus ipse ait : Dico vobis, quia si hi tacuerint, lapides clamabunt.

Jo., XII. — ^2 /,! craMinum, autem, turba multa, quae venerat ad diem jestum, cum audissent quia venit Jésus Jerosolymam, ^^ acceperunt ramos palmarum, et processeruyit obviam ei, et clamabant : Hosanna ! Benedictus qui venit in îiomine Domini, rex Israël! ^* Et invenit Jésus asellum, et sedit super eum, sicut scriptum est : ^^ Xoli timere, fîlia Sion ; ecce rex tuus venit sedens super pullum asinae. ^® Haec non cognoveruni discipuli ejus primum ; sed quando glorificatus est Jésus, tune recordati sunt quia haec erant scripta de eo, et haec fecerunt ei. ^' Testimonium ergo perhibebat turba,. quae erat cum eo quando Lazarum vocavit de monumento, et su^citavit eum a mortuis. ^^ Propterea et obviam venit ei turba, quia audierunt eum fecisse hoc signum. ^® Pharisaei ergo dixerunt ad semetipsos : Videtis quia nihil proficimus ? ecce mundus totus post eum abiit.

A mesure que nous avançons vers la Passion, le récit des évangé listes, habituellement sommaire, de^^ent tellement abondant que l'on peut suivre le Seigneur pas à pas. II jjassa probablement à Béthanie la nuit du samedi au dimanche. Le lendemain, peutêtre dans l'après-midi, il reprit sa marche vers Jérusalem, distante de trois kilomètres environ. Avec ses disciples, c'est déjà tout un cortège de pèlerins et de Juifs qui l'accompagnent. Bien-

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