‹ L'évangile de notre-Seigneur Jésus-ChristChapitre 24 sur 340 · LA VISITE DES MAGES · texte numérisé non relu

LA VISITE DES MAGES

d'établir la question de fait. Il réunit les Mages en secret et s'enquiert avec soin de la date où l'astre du Messie est apparu, par conséquent de la durée de leur voyage. Il était naturel de penser que l'étoile s'était montrée dès la naissance de l'enfant ; et Hérode peut calculer ainsi l'âge de son rival. On de^^ne qu'il porte déjà dans l'esprit un dessein criminel. Notons qu'il évite de mettre la Synagogue en rajjport direct avec les Mages. C'est lui-même qui transmet à ceux-ci, avec l'assurance de son intérêt pour eux et pour l'enfant, le nom de la localité juive où ils trouveront le petit roi : « Allez donc à Bethléem, informezvous exactement au sujet de l'enfant ; et quand vous l'aurez trouvé, faites-le-moi savoir, afin que moi aussi j'aille l'adorer. » L'hypocrite prétexte sans doute, pour ne pas accompagner les Mages, une affaire pressante, une indisposition. Et puis, il eût été peu séant pour la dignité royale de se mettre ainsi, tout aussitôt, à la remorque des seigneurs orientaux ; peut-être d'ailleurs n'était-ce qu'une fausse alerte... En témoignant aux Mages de la bienveillance, Hérode s'assurait en échange les renseignements désirés. Jusqu'au retour des pèlerins, il ne déciderait rien et éviterait de se compromettre. L'évangile ne dit pas que les Mages promirent, mais seulement qu'ils entendirent les recommandations d'Hérode.

« Et voici que l'astre qu'ils avaient vu en Orient allait devant eux, jusqu'à ce qUe, parvenu au lieU où était le petit Enfant, il s'arrêta. » Il ne semble pas que les Mages aient remarqué l'étoile, depuis leur départ d'Orient jusqu'à Jérusalem ; peut-être, pendant cette partie du voyage, le phénomène sidéral avait-il coïncidé avec le jour, où les observations ne sont plus possibles ; Dieu voulut que l'astre réapparût, dans la direction de Bethléem, au coucher du soleil. L'expression antecedebat eos pourrait faire allusion simplement à sa direction nouvelle ; le langage de l'Écriture laisse entrevoir, cependant, que le météore décrit un mouvement et aboutit à un point précis. Jusqu'à Jérusalem, les Mages n'avaient pas besoin d'être guidés : il était assez naturel, nous l'avons dit, qu'ils vinssent chercher le roi des Juifs dans sa capitale, bien connue. Mais, depuis Jérusalem, l'assistance extérieure et intérieure de Dieu leur devenait indispensable pour reconnaître à coup sûr, et sans qu'il fût besoin d'investigations nouvelles, l'humble demeure où reposait le Messie. Aussi leur joie fut-elle extrême lorsqu'ils revirent son étoile ; et l'évangile multiplie

les termes qui traduisent cette allégresse ; gavisi sunt gaudio magno valde.

Ils entrent dans la maison. Ils trouvent le petit Enfant, avec Marie sa Mère. Cette fois, on ne nous dit rien de leur bonheur : c'est à nous d'y songer. Ils se prosternent devant le Seigneur, et ils l'adorent. Peut-être leur foi était-elle jusqu'alors assez imparfaite : maintenant, les ombres s'évanouissent, et leur hommage est une adoration au sens strict. Ils ouvrent les cassettes où sont leurs trésors, et, selon l'usage oriental, ils offrent des présents, des présents qu'une disposition providentielle leur fait choisir symboliques : l'or, ali roi, — l'encens, à Dieu, — la myrrhe, au Sauveur, à l'homme qui doit mourir et être enseveli : avant même Madeleine, ils ont préj^aré la sépulture du Sauveur. Et Notre-Dame accueillait dans ses mains les cadeaux des Mages. Quelles grâces ne reçurent-ils pas, à leur tour ! Ils furent faits croyants et, d'après une tradition, devinrent prédicateurs tt martyrs. Un songe divin les avertit de ne point revenir auprès d'Hérode et de ne point retourner par Jérusalem. Combien de temps demeurèrent-ils à Bethléem? Quels étaient leurs entretiens avec la Sainte Famille? L'Écriture laisse tout cela dans le mystère et se borne à constater qu'ils furent dociles à Dieu jusqu'au bout : a Ils re\inrent, dit-elle, dans leur pays, j^ar un autre chemin. »

Mt., II. — 13 Qiii cum recessissent, ecce angélus Domini apparuit in somnis Joseph, dicens : Surge, et accipe puerum et matreni ejus, et juge in Mgypium ; et esto ihi usque dum dicam iibi. Futuritm est enim ut Herodes quaerat puerum ad perdendum eum. ^^ Qui consurgens, accepit puerum et matrem ejus nocte, et secessit in jEgypium. ^^ Et erat ihi usque ad obitum Herodis ; ut adimpleretur quod dictum est a Domino per proplietam dicentem : Ex JEgypto vocavi fiîium meum. ^^ l'une Herodes, videns quoniam illusus esset a Magis, iratus est valde. Et mittens occidit omnes pueros qui eraiit in Bethlehem, et in omnibus finibus ejus, a himatu et injra, secundum tempus quod exquisierat a Magis. i' Tune adimpletum est quod dictum est per Jeremiam prophetam dicentem : ^^ Vox in Rama audiia est, ploratus et ululatus multus : Rachel plorans ■filios suos, et noluit consolari, quia non sunt. ^^ Dejuncto autem Herode^ ecce angélus Domini apparuit in soinnis Joseph in /Egypto,

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20 dicens : Surge, et accipe puerum et matrem ejus, et vade in terram Israël ; defiincti sunt enim qui quaerehant animam pueri. ^^ Qui consurgens accepit puerum et matrem ejus, et venit in terram Israël. 22 Audiens autem quod Archelaus regnaret in Judaea pro Uerode pâtre suo, timuit illo ire ; et admonitus in somnis, secessit in partes Galilaeae. 23 Et veniens habitavit in civitate quae vocatur Nazareth ; ut adimpleretur quod dictum est per prophetas : Quoniam Nazaraeus vocahitur.

Les Mages partis, voici qu'un ange du Seigneur apparaît en songe à Joseph. « Levez-vous, dit-il, prenez le petit Enfant et sa Mère, fuyez en Égj^ïte ; et demcurez-y jusqu'à ce que je vous avertisse : car Hérode se dispose à rechercher l'Enfant, pour le faire mourir. » Saint Joseph obéit sur l'heure, et sans réclamer un supplément d'informations. On savait qu'Hérode était un homme de sang. Peut-être même les Mages avaient-ils j^arlé de leur entretien avec lui et du souci qu'il avait pris du nouveau-né : cela avait suffi pour préparer saint Joseph à l'ordre qui lui est donné. Il se lève donc, et, sans avertir personne, sans prononcer un seul mot qui puisse fournir un indice à Hérode, il part, la nuit, emmenant le Seigneur et sa Mère. Tous les lieux du monde lui étaient indifférents : il portait sa patrie et tout son trésor avec lui. On lui avait dit : Allez en Egypte. C'était le pays le plus proche ; quelques journées suffisaient pour arriver à la rivière de Rhinocolura, qui fait frontière entre l'Egypte et la Judée. Les fils d'Israël avaient souvent cherché là un refuge, et beaucoup y émigraient encore ; des colonies juives florissantes s'étaient fondées à Alexandrie et dans les principales villes du Delta. La Sainte Famille s'adjoignit sans doute à quelqu'une des caravanes qui passaient continuellement sur ces routes. Aucune tradition sûre ne nous apprend le lieu où elle s'installa, peut-être non loin de la frontière. Elle y vécut heureuse, mais dans la pau\Teté, et le métier de Joseph fournit le pain à tous trois.

Le séjour en Egypte se prolongea jusqu'à la mort d"Hérode, qui eut lieu aux environs de la Pâque de 750 : il dura donc tout au plus deux ou trois ans. La fuite en Egypte et le retour réahsèrent, note l'évangéliste, la parole prophétique : « J'ai rappelé mon fils d'Egypte. » Elle est d'Osée (xi, 1) et lue selon l'hébreu; les Septante ont traduit : « J'ai rappelé mes fils. » Il s'agit en effet,

pour le prophète, de tout le peuple de Dieu, captif en Egypte et miraculeusement déli^^ré. Mais, se demandera-t-on, la préoccupation, chez saint Matthieu, de découvrir partout des points de suture entre l'Ancien et le Nouveau Testament ne l'a-t-clle point entraîné à des rapprochements forcés ? Pour le bien comprendre nous devons nous mettre en sa place et entendre la prophétie comme il l'a entendue. Car il existe une grande variété et toute une gamme de nuances dans le caractère et dans l'accomplissement des prophéties de l'Ancien Testament. Certaines réalisent pleinement la définition d'une prophétie proprement dite, par exemple : « Voici que la Vierge concevra. » D'autres ont une valeur typique : « Vous ne briserez aucun de ses os » ; cela a été dit premièrement de l'agneau pascal, et saint Jean (xix, 36) l'appHque avec raison à Notre-Seigneur, l'antitype, la réalité. Quelques-unes ont une valeur symbolique, allégorique, par exemple l'histoire des deux fils d'Abraham, dont l'un, né de la servante, signifie le peuple juif, et l'autre, né de la femme libre, signifie le peuple cln-étien : quae sunt per allegoriam dicta, dit l'Apôtre (Gai., iv, 24). Beaucoup enfin n'ont qu'une valeur de similitude, et comme approchée ; c'est le cas, semble-t-il, de la prophétie d'Osée et de celle que nous rencontrerons bientôt : « Une voix s'est fait entendre à Rama... » Il ne faut demander à ces citations que le degré d'exactitude que l'évangéliste a voulu leur donner. Il lui suffit qu'une parole qui s'est accomphe vraiment en une heure de l'histoire se réalise une fois de plus, d'une manière supérieure et surabondante, dans des circonstances nouvelles, analogues aux premières sur certains points. Le Fils de Dieu se réfugia en Egypte, de même que le peuple de Dieu, dans son enfance, y a trouvé un asile ; et il n'en sortit, comme le peuple juif, que sur l'ordre et avec la protection de Dieu. Il existe comme une symétrie divine entre les faits de l'Ancien Testament et ceux du Nouveau : le rappeler aux Juifs convertis était, nous l'avons dit, un procédé à la fois ingénieux et exact.

Tune Herodes... Ce mot « alors » se rapporte au temps où les Mages regagnaient leur pays par un autre chemin que celui de Jérusalem. Hérode, après avoir attendu quelques jours, quelques semaines peut-être, comprit qu'il avait été joué par les Mages. Ceux-ci étaient désormais hors d'atteinte ; les enfants de Bethléem lui servirent d'otages ; et, dans sa colère extrême, il fit égorger le groupe entier oià devait se rencontrer son mystérieux

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rival. Car il a eu soin de s'informer auprès des Mages de la date où l'étoile leur est ajîparue ; dautre part, il sait que le roi des Juifs est né à Bethléem ; pour plus de sûreté, il étend ces deux coordonnées : le massacre enveloppe tous les enfants de deux ans et au-dessous, dans toute la région de Betliléem. C'est alors que s'accomplit la parole du prophète Jérémie : « Une voix a été entendue à Rama : des pleurs et de longues lamentations ; Rachel pleurait ses enfants, sans vouloir être consolée, parce qu'ils ne sont plus. » Le chapitre xxxi de Jérémie, auquel sont empruntées ces paroles, a pour dessein de consoler Jérusalem de la captivité de Babylone, en lui promettant que le Seigneur ramènera mi jour les prisonniers dans leur patrie. Et pour donner une assurance plus forte, pour se ménager un prétexte de répéter sa promesse, le prophète, dans une sorte de prosopopée, représente Rachel gémissant sur le sort de ses fils emmenés captifs à Babylone. Rachel est la mère de Benjamin et de Joseph, l'aïeule dEphraim et de Manassé, — les tribus qu'a en vue spécialement Jérémie. La grande plainte retentit sur les hauteurs qui dominent le pays d'Ephraim à Rama, lieu de rassemblement des exilés (Jer., XL, 1). Nous savons d'autre part par la Genèse (xxxv, 19-20 ; xlviii, 7) que Rachel avait son tombeau près de Bethléem. Aussi l'évangéliste, ^'oulant décrire la désolation des femmes de Bethléem, songe-t-il aussitôt au texte si expressif de Jérémie. Il y a analogie entre les deux situations. Pour la seconde fois, Rachel, l'ensevelie de Betliléem, pleure désespérément sur une souffrance capable d'attendrir les morts eux-mêmes.

Hérode termina sa vie à Jéricho, dans d'horribles douleurs et au milieu de préparatifs de cruauté posthume qui furent heureusement déjoués. Alors, de nouveau, l'ange- du Seigneur apparut en songe à Joseph, en Egypte, et lui dit : « Levez-vous, prenez le p^tit Enfant et sa Mère, et allez dans la terre d'Israël; car ils sont morts, cevix qui en voulaient à la vie de l'Enfant. » Joseph se leva, prit l'Enfant et sa Mère, et partit pour la terre d'Israël. — Mais les indications di^^nes ne dispensent pas de la prudence humaine. Après la mort d'Hérode le Grand, son royaume fut partagé. Archélaûs, par la grâce de Rome, hérita de ridumée, de la Judée, de la Samarie, avec le titre, non de roi, mais d'ethnarque ; il hérita même de la férocité de son père ; et, la neu\'lème année de son règne, il s'était rendu telle-

ment odieux aux Juifs et aux Samaritains qu'ils envoyèrent une ambassade à Rome. Détrôné, il se retira à Vienne, dans la Gaule. Saint Jcscj^h n'ignorait pas les dispositions d'Arehélaûs ; et, au lieu de reprendre le séjour commencé à Bethléem après la naissance du Seigneur, il craignit de se replacer sous de telles menaces. Pour la quatrième fois, un songe l'avertit de ce qu'il devait faire : remonter vers la région de la Galilée. Joseph, avec sa docilité coutumière, vint donc habiter dans la ville appelée Nazareth ; saint Matthieu en joarle ici pour la première fois.

Ainsi s'accomplissait la parole des prophètes : « Il sera appelé Nazaréen. » C'est le nom qui sera inscrit sur la croix ; on dira : les Nazaréens, pour désigner ses disciples (Act., xxiv, 5). Mais dans quelles prophéties se lisent ces paroles? On a jd rétendu qu'il s'agissait de projjhéties jDcrdues ; mais c'est là une pure défaite. On a dit que le chapitre s'achevait sur un jeu de mots, le Seigneur étant annoncé comme le saint et le consacré à Dieu par excellence, un nazir ; mais nous devons écarter cette supposition, parce que le mot nazir et la racine du mot Nazareth sont différents, et aussi parce que le Seigneur n'a jamais eU la réjDutation d'un nazir (Mt., xi, 19). D'autres établissent un rapprochement entre Nazaréen et neizer, qui signifie rejeton, rameau ; nous aurions ici une allusion à Isaïe : Egredietur virga (netzer) de radice Jesse (xi, 1), et à d'autres passages prophétiques (Jer., XXIII, 5 ; XXXIII, 15) ; saint Matthieu se serait servi à dessein du terme général : les prophètes. D'autres commentateurs signalent le mot nazor, qui signifie opprimé. Peut-être faut-il voir simplement dans l'apjDellation de Nazaréen l'accomiDlissement des prophéties qui avaient annoncé les souffrances, l'humiliation et le rejet violent du Christ par sa nation même. Venir habiter à Nazareth, c'était pour le Seigneur se ménager le méi:)ris dans lequel la Judée tenait alors les Galiléens : « Est-ce que le Christ doit venir de Galilée? » objecteront un jour les pharisiens. « Est-ce que l'Écriture n'a j^as dit que c'est de la race de David, et de la ville de Bethléem, d'où était David, que doit venir le Christ? » Et ils demanderont à Nicodèmc : « Seriez-vous Galiléen, vous aussi? Scrutez les Écritures, et vous verrez que de Galilée il ne sort point de prophète » (Jo,, vu). « Peut-il venir quelque chose de bon de Nazareth? » interrogera ironiquement Nathanaël (Je, I, 46). A l'heure où écrivait l'évangéliste, le préjugé demeurait tenace ; c'est pourquoi il note qu'en venant se fixer à Nazareth,

JESUS AL' MILIF.U DES DOCTEURS T.'î

de préférence à Bethléem, le Seigneur obéissait à une disposition providentielle, à un parti i:)ris d'humilité.

Le, II. — *° Puer auiem crescehat, et conjoriahaiur, plenus sapîentia ; et gratia Dei erai in illo. ^^ Et ibant 'parentes ejus per omnes annos in Jérusalem, in die solemni Paschae. ^^ Et ciim factus esset annorum duodecim, ascendentihus illis Jerosolymani secundum consuetudinem diei festi,^^ consummatisque diehus, cum redirent, remansit puer Jésus in Jérusalem, et non cognoverunt parentes ejus. *^ Existimantes auiem illum esse in comitatu, venerunt iter diei, et requirebant eum inter cognatos et notos. '*^ Et non invenientes, regressi sunt in Jérusalem, requirentes eum. '*® Et facium est, post triduum invenerunt illum in templo, sedentern in medio doctorum, audientem illos et interro gantem eos. *' Stupebant auiem omnes qui eum audiebant super prudentia et responsis ejus. ^8 Et videntes admirati sunt. Et dixit mater ejus ad illum : Fili, qtiid fecisti nobis sic? ecce pater tuus et ego dolentes quaerebamus te. ^® Et ait ad illos : Qiiid est quod me quaerebatis? nesciebatis quia in his quae Patris mei sunt, oportet me esse? ^^ Et ipsi non intellexerunt verbum quod locutus est ad eos. ^^ Et descendit cum eis, et venit Nazareth ; et erat subditus illis. Et mater ejus conservabat omnia verba liaec in corde suo. ^^ Et Jésus proficiebat sapientia, et aetate, et gratia apud Deum et homines.

A Nazareth, l'Enfant grandit et se fortifia. Il était rempli de sagesse, et sur lui rejoosait la grâee, la bienveillante tendresse de Dieu. L'épisode qui suit en témoignera. Nous n'avons, dans les évangiles canoniques, d'autre fait concernant l'enfance et l'adolescence du Sauveur que celui du pèlerinage à Jérusalem. On remarquera, ici encore, la fidélité parfaite avec laquelle la Sainte Famille obéit à toutes les prescriptions de la Loi. Il y avait obligation pour tout Juif palestinien de se rendre à Jérusalem aux fêtes de Pâques, de la Pentecôte et des Tabernacles. Il est probable qu'au temps de Notre-Seigneur le seul pèlerinage pascal était de précepte. Les femmes elles-mêmes l'accomplissaient souvent, par dévotion ; selon l'enseignement d'Hillel elles y étaient tenues. Quant aux enfants, ils n'étaient obligés d'accompagner leurs parents qu'à partir de l'adolescence. Les parents de Jésus « montaient » chaque année à Jérusalem pour la solen-

li PREMIERE PARTIE. — CHAPITRE IV

nité pascale. Peut-être l'Enfant les accompagnait-il depuis quelque temps déjà ; mais saint Luc n'a retenu que ce qui a trait au premier pèlerinage obligatoire du Seigneur, celui qu'il accomplit à sa douzième année, à l'âge où le Juif devenait « fils de la Loi «. Secundum consuetudinem diei festi, « selon la coutume de cette fête » : peut-être cette formule, surtout si nous la rapprochons de celle qui suit : consummatisque diehus, fait -elle allusion à l'usage de célébrer la fête de Pâques par les sept jours des azymes. Quelques pèlerins cependant ne demeuraient que deux jours et repartaient aussitôt après la manducation de l'agneau.

La fête terminée, tandis que Josejoh et Marie reprenaient le chemin de Nazareth, l'Enfant Jésus demeura à Jérusalem ; et ses parents ne s'en aperçurent pas tout d'abord. Le Seigneur était de si bon naturel qu'on avait accoutumé de lui laisser pleine liberté. De plus, douze ans, en Judée, cela peut correspondre à dix-sept ou dix-huit ans dans nos j^ays. L'Enfant n'était pas avec ses parents ; mais nulle inquiétude n'effleura leur âme ; il se trouvait, pensaient -ils, dans un autre groupe de la caravane, avec les jeimes Nazaréens de son âge, chantant les « cantiques des degi'és », les psaumes gracieux du pèlerinage. Toute la journée se passa ainsi. Mais le soir, Joseph et Marie, ne le voyant pas revenir à eux, le cherchèrent parmi leurs proches et connaissances, partout où il y avait chance de le rencontrer. Il ne se trouvait nulle part. Leur inquiétude allait croissant : était-il vraisemblable qu'il se fût dérobé de lui-même à la société de ses parents? L'évangile n'a rien voulu dire de leur douleur : je crois que nous devons l'imiter et ne pas toucher à ce silence.

Un jour avait été perdu depuis Jérusalem jusqu'à la halte ; le lendemain fut employé à rebrousser cheiTiin ; et c'est le troisième jour seulement qu'on retrouva l'Enfant au temple. Il se tenait, non pas dans le sanctuaire, mais sur une terrasse ou sous quelqu'un des portiques qui entouraient le temple, là où les rabbins donnaient leur enseignement à tout venant. Il était assis par terre, auprès d'eux, comme saint Paul aux pieds de GamaUel, dans l'attitude d'un disciple, les sièges étant réservés aux docteurs. Jésus écoutait et interrogeait les maîtres : car l'enseignement juif se faisait par demandes et réponses. Un cercle de graves personnages s'était formé autour de l'Enfant. Et ceux qui l'entendaient étaient frappés d'étonnement et comme hors d'eux-mêmes devant son intelligence et la profondeur de ses

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