‹ L'évangile de notre-Seigneur Jésus-ChristChapitre 25 sur 340 · JESUS AU MILIEU DES DOCTEURS · texte numérisé non relu

JESUS AU MILIEU DES DOCTEURS

réponses. Cependant Joseph et Marie étaient tout entiers à leur souffrance. A la vue de l'apparente insouciance de l'Enfant, qui semblait avoir tout oublié, ils s'étonnèrent ; et, lorsque l'opportunité se présenta, c'est-à-dire lorsque la conférence eut pris fin et qu'on se retrouva dans l'intimité, la Sainte Vierge demanda à son Fils : « Mon enfant, pourquoi avez-vous agi de la sorte avec nous? » Ce n'était ni un reproche, ni une réprimande, mais seulement l'expression d'une inquiétude, comme si Notre-Dame eût demandé maternellement : « Est-ce que quelque chose en nous vous aurait déplu? Voici que votre père et moi, pleins d'une grande douleur, nous vous chercliions. »

La réponse de l'Enfant est assurée, simple et affectueuse. « Pourquoi me cherchiez-vous ? Ne saviez-vous pas qu'il faut que je m'occupe des choses de mon Père? » Nesciebatis? Le Seigneur s'étonne doucement qu'ils l'aient cherché, surtout avec cette anxiété, alors que ce qu'ils savaient de lui aurait dû les rassurer. Le Messie ne peut pas être perdu ; il ne peut qu'être occupé aux intérêts de son Père. « Je ne me suis tenu loin de vous pour aucun motif pénible, et qui légitime votre inquiétude. Il y avait de la vérité à faire pénétrer, par des réponses et des questions habiles, dans l'âme de certains docteurs juifs : c'étaient là les intérêts de mon Père céleste. Je devais m'affirmer à cette première heure où, devenant fils de la Loi, je prends extérieurement sur moi la responsabihté de mes actes. » — Certains commentateurs ont traduit autrement : « Pourquoi me chercher çà et là, alors qu'il n'y a qu'un seul lieu où il fallait venir tout droit : le temple, la demeure de mon Père? » Mais qui nous assure que Notre-Dame n'a point cherché au temple tout aussitôt? De plus, avec cette interprétation, le Seigneur ne répond nullement à la vraie question de sa Mère : « Pourquoi nous avoir laissé chercher avec tristesse? » demande la Sainte Vierge. « Voilà où vous deviez me chercher, » répondrait le Seigneur. Ce serait jouer aux propos discordants. — Remarquons enfin avec soin qu'à l'âge de douze ans, à l'âge où le jeune Israélite commence à %dvre pour son compte et à prendre possession de soi, Jésus sait qu'il est le Fils de Dieu ; il le déclare spontanément, et le fait comprendre par tout cet épisode. Nous ne voyons nulle trace, dans l'évangile, au sujet de sa Filiation divine ou de son rôle messianique, d'une conscience graduelle, progressive, retardée jusqu'au baptême ou plus tard encore. Cette

conscience s'affirme, chez le Christ Enfant, dès la toute première heure.

« Pour eux, ils ne comprirent point ce quïl venait de leur dire. » Cependant, la Sainte Vierge et saint Joseph connaissaient le secret de la Filiation di\'ine ; la réponse du Seigneur nous paraît fort claire ; et l'on se demande sur quoi peut porter leur ignorance, quel est le point précis qu'ils n'ont j^as compris. Ceci ne peut s'entendre que d'une pleine connaissance de toutes les exigences qu'entraînait joour le Fils de Dieu sa mission de Messie et son appartenance au Père. En entrant dans le monde, il avait pris sur soi le trésor de souffrances qui était le lot prédestiné, l'apanage du Christ. Cette destinée, l'acte de la circoncision l'avait inaugurée pour l'enfance ; l'acte des douze ans l'inaugura pour l'adolescence : il impliquait déjà un absolu dévouement à toute volonté du Père céleste. Saint Josejoh ne devait connaître de ce mystère terrible que ce qu'en disaient les proj^héties, toujours voilées avant l'événement, sauf intervention d'une lumière spéciale accordée par Dieu : or, saint Joseph, ne devant pas voir le Calvaire, n'avait point à être averti clairement d'un drame dont il ne serait pas témoin. La Sainte Vierge était beaucoup mieux renseignée. Il semble, pourtant, qu'elle ne connaissait i^as tout ce que serait la réalité future, ni jusqu'où iraient les volontés de Dieu. IMieux vaut pour elle ignorer encore. Qu'elle jouisse en paix de son Enfant retrouvé. Dans vingt ans, sa pensée aura changé : elle portera elle-même à entrer dans sa mission celui que sa tendresse maternelle semble maintenant retenir ; elle demandera son premier miracle et l'inauguration de son office de Rédempteur à celui qui s'attardera alors auprès d'elle. Puis, les trois jours d'abandon dont elle se plaint aujourd'hui se convertirent en trois autres jours d'une solitude nouvelle ; et le Vendredi saint, au soir, la Sainte Vierge n'ignorera plus rien des exigences effrayantes auxquelles se peut porter la justice de l'Éternel.

Et après cet enseignement si grave et cette lumière jetée sur sa condition et sur sa vie, l'Enfant Jésus sortit de Jérusalem, il descendit avec ses parents et vint à Nazareth. Sa dignité, dont il avait pleine conscience, qu'il avait si nettement proclamée, ne l'empêcha point de vivre soumis à l'un et à l'autre : Et erat subditus illis. « Et sa Mère, répète l'évangéliste, gardait avec soin tous ces souvenirs dans son cœur. »

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