‹ L'évangile de notre-Seigneur Jésus-ChristChapitre 241 sur 340 · SE GARDER DIMITER LES SCRIBES · texte numérisé non relu

SE GARDER DIMITER LES SCRIBES

vance pharisaïque n'a rien qui soit salutaire et spirituel (Rom., II, 17-24).

Toutes les bonnes œuvres de ces docteurs infidèles sont inspirées par le désir de paraître, de provoquer les applaudissements ; par le souci misérable de l'effet produit sur autrui, comme s'ils étaient des acteurs et que la vie fût une scène de théâtre. C'est l'odieuse contrefaçon de la présence de Dieu : l'asservissement perjîétuel de la vie à un regard humain. Cette ostentation se traduit dans leurs aimiônes et leurs prières, comme il a été marqué au chapitre vi de saint Matthieu ; elle se reflète dans toute leur allure. Ils élargissent leurs phylactères et agrandissent les franges de leurs manteaux. Au chapitre vi du Deutéronome (4-9), là même où nous avons lu le précepte d'aimer Dieu de tout notre cœur, le Seigneur avait dit : « Les commandements que je te donne aujourd'hui demeureront dans ton cœur... Tu les attacheras sur ta main pour qu'ils te servent de signe, et ils seront comme un frontal devant tes yeux. » Cela signifiait que la croyance à l'unité de Dieu et l'amour de ce Dieu unique devaient informer toute la vie du Juif : mais, là encore, le ritualisme matériel s'était donné carrière. Après la captivité, ceux qui faisaient profession de piété enfermaient dans des sachets ou des cassettes de petites feuilles de parchemin où étaient reproduits certains textes de l'Écriture; et, à l'aide de courroies, ils les fixaient sur leur front et sur leur main. C'étaient les phylactères. Les pharisiens en élargissaient les dimensions, afin que leur zèle fût plus visible. Quant aux franges, aux houppes blanches qui ornaient les quatre ceins du vêtement de dessus et devaient être attachées à ce manteau par des cordons de couleur hyacinthe, elles avaient été prescrites par les Nombres (xv, 38-40) et le Deutéronome (xxii, 12), afin de défendre ceux qui les porteraient contre l'oubli de Dieu et l'infidélité. Un pharisien dévot se reconnaissait à l'enseigne des longues franges. — Ils aiment, poursuit le Seigneur, à se promener en robes longues. A eux les premières places dans les festins (Le., xiv, 7 sq.), les sièges d'honneur dans les synagogues ; ils recueillent avec complaisance, sur la place publique, les salutations et inclinations profondes, et se font appeler rabbi !

Rien de pareil ne doit exister parmi les disciples du Seigneur. Pour vous, leur dit- il, ne revendiquez pas ce titre de rabbi : car vous êtes tous à l'école d'un maître, d'un maître unique, et vous

êtes tous frères. N'apjjclcz personne ici-bas votre père : car vous avez tous un seul et même Père, celui qui est aux cieux. Ne vous faites pas appeler seigneurs : car vous n'avez qu'un seul seigneur, le Christ. — La recommandation de Jésus a jwur dessein de proscrire toute recherche de vanité, toute rivalité de préséance. Ce serait revenir au pharisaïsme que de réclamer les témoignages de respect comme un honneur personnel ; mais ce serait une autre forme de pharisaïsme que de refuser certaines api^ellations dont la plus ancienne tradition chrétienne, interj^rétant la lettre de l'évangile, a justifié l'usage. S'en défendre révélerait simplement qu'on ne comprend pas à qui elles s'adressent réellement. Nous n'avons d'autre Père que Dieu, d'autre docteur et d'autre maître que le Christ ; et lorsque les envoj^és de Dieu lui servent auprès de nous d'intermédiaires, il les autorise par une mission et une investiture régulières. Ces lieutenants de Dieu ne nous parlent et ne nous guident qu'en son nom; ils n'ont pas de doctrine personnelle : ils seraient bientôt désertés par les fidèles s'ils enseignaient autre chose que la pensée de Dieu. C'est donc encore rendre hommage à Dieu et au Christ qu'honorer du titre de père, de seigneur ou de maître les ministres et prélats de l'Église du Christ. Même, et c'est en cela encore qu'ils représentent le Seigneur, leur autorité n'est toujours que servitude ; ils n'existent que pour le bien de tous, ils sont eux-mêmes le bien de chacun. « Le plus grand parmi vous, dit Jésus, sera votre serviteur » (Mt., XX, 25-28 ; Le, XXii, 25-27 ; Xiv, 11 ; xviii, 14).

Le Seigneur flétrit ensuite la rapacité des scribes. Ils étaient regardés comme des hommes de prière et on les supposait en grande faveur auprès de Dieu. Les femmes se laissaient facilement impressionner par des formes extérieures; et les veuves surtout, privées de l'intelligence et de l'appui de leurs maris, devenaient la proie facile de cette gent avide. Les longues oraisons provoquaient les somptueux honoraires ; ils extorquaient ainsi de gros présents et dévoraient tout l'avoir des veuves. Ces faux docteurs s'enrichissent, durant leur vie, par des procédés qui ont quelque chose de sacrilège : c'est une grande richesse de châtiment qu'ils s'acquièrent ainsi. Les représailles de Dieu en seront plus sévères, parce qu'il devra venger sur d'indignes pasteurs son peuple appauvri par eux.

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