‹ L'évangile de notre-Seigneur Jésus-ChristChapitre 242 sur 340 · MALÉDICTIONS CONTRE SCRIBES ET TIIARISIENS · texte numérisé non relu

MALÉDICTIONS CONTRE SCRIBES ET TIIARISIENS

Mt., XXIII. — ^^ Vae autem vobis, scribae et pharisaei hypocritae; quia clauditis regnum caelorum ante homines : vos enim non intratis, nec iniroeuntes sinitis intrare. ^* Vae vobis, scribae et pharisaei hypocritae ; quia comeditis domos viduarum, orationes longas orantes : propter hoc amplius accipietis judicium. ^^ Vae vobis, scribae et pharisaei hypocritae ; quia circuitis mare et aridam ut faciatis ununi proselytum, et cum juerit jactus, jacitis eum filiian geJiennae duplo qmbm vos. ^^ Vae vobis, duces caeci, qui dicitis : Quicumque juraverit per templum, nihil est ; qui autem juraverit in auro templi, débet. ^^ SiuUi et caeci! Quid enim majus est? aurwm, an tenvphmi quod satictifieat aurum? ^^ Et quicumque juraverit in aîtari, nihil est ; quicumque autem juraverit in dono quod est super illud, débet. ^^ Caeci ! Quid enim majus est ? donum, an altare quod sanciificat donum? ^° Qui ergo jurât in altari, jurai in eo et in omnibus quae super illud sunt. ^^ Et quicumque juraverit in templo, jurât in illo et in eo qui habitat in ipso. ^^ Et qui jurât in caelo, jurai in throno Dei et in eo qui sedet super eum. ^^ Vae vobis, scribae et pharisaei hypocritae, qui decimatis mentham, et anethum, et cyminum, et reliquistis quae graviora sunt' le gis, judicium, et misericordiam, et fidem. Ilaec opoHuit facere, et illa non omittere. 2* Duces caeci, excolantes culicem, camelum autem gluiienies. 2^ Vae vobis, scribae et pharisaei hypociitae ; quia mundatis quod deforis est calicis et paropsidis, intus autem pleni estis rapina et immunditia. ^^ Pharisaee caece, niunda prias quod intus est calicis et paropsidis, ut fiât id quod deforis est mundum. ^"^ Vae vobis, scribae et pharisaei hypocritae ; quia similes estis sepulcris dealbatis, quae a foris parent hominibus speciosa, intus vero plena sunt ossibus mortuorum et omni spurcitia. ^^ Sic et vos a foris quidem paretis hominibus justi, intus autem pleni estis hypocrisi, et iniquitate.

La série de ces malédictions est particulière à saint Matthieu. Elle lui fournira une transition toute naturelle aux derniers enseignements du Sauveur sur la réprobation de Jérusalem. Peutêtre aussi révangéliste a-t-il voulu, en achevant le récit d'un ministère qui a été contredit partout, offrir le contraste de ces Béatitudes par lesquelles il a été inauguré. Aux huit Béatitudes, chez saint Matthieu, s'opposent donc les huit anathèmes prononcés contre les pharisiens et les scribes hypocrites : à la condition, toutefois, d'y donner place au verset 14, que beau-

coup de critiques estiment interpolé et emprunté aux textes de saint Marc et de saint Luc.

La première apostrophe s'adresse surtout aux légistes du temps, aux scribes (Le, xi, 52). Ils avaient en main l'Écriture, la clef de la connaissance surnaturelle, la vérité qui donne accès au Royaume des cieux. Par leurs gloses inexactes, ces mauvais pasteurs ont trompé Israël sur le caractère du Royaume messianique et de la justice qui permet d'y entrer ; maintenant encore, en dépit de la prédication du Seigneur, ils s'excluent euxmêmes et s'efforcent de fermer la porte aux âmes mieux disposées. Car il existe une certaine manière d'étudier la sainte Écriture qui la laisse inintelligible, sans fruit ni pour soi, ni pour autrui. C'est la manière des hérétiques de tous les siècles ; science sacrilège, comme le serait la science du chimiste qui prétendrait analyser l'Eucharistie. Combien d'âmes auraient voulu communier à la pensée de Dieu, et à qui l'on n'a montré dans la Bible que des fables, des contradictions, des pensées et des événements purement humains ! L'Église seule a compétence pour expliquer à ses enfants l'Écriture Sainte, la lettre du Dieu tout-puissant à sa créature, selon le mot de saint Chrysostome et de saint Augustin. Rappelons-nous la fierté des premiers âges, en cette matière, et la ferme récusation que Tertlillien opposait aux hérétiques de son temps {De praescriptio?2e haereticorum, xxxvii).

Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites ! car vous courez la terre et la mer pour conquérir un prosélyte, et quand vous l'avez obtenu, vous en faites un fils de la géhenne, deux fois pire que vous. Il y avait deux catégories de prosélytes : les prosélytes de la porte, et ceUx de la justice. Les premiers ne recevaient qu'un commencement d'adoption et n'étaient astreints qu'à ce que l'on appelait les préccj^tes de Noé (fuite de T idolâtrie, abstention des viandes étouffées et du sang). Le prosélyte de la justice, bien qu'étranger à la lignée d'Abraham, se soumettait à la circoncision et à la loi mosaïque, et était dès lors réellement agrégé au peuple de Dieu (Judith, vi, 18). Son accession constituait un triomphe pour la Synagogue, surtout, comme nous l'apprend Josèphc, lorsque le prosélyte apjjartcnait à la haute société, ou même à une famille princière. Mais, trop souvent, la Synagogue ne pouvait lui procurer une véritable éducation religieuse et se glorifiait seulement de sa conquête : ut in carne vestra glorientur, dira l'Apôtre aux Galates (vi, 13). Même alors qu'elle semblait

Page 1