‹ L'évangile de notre-Seigneur Jésus-ChristChapitre 243 sur 340 · MALÉDICTIONS CONTRL: SCRIBES ET PHARISIENS · texte numérisé non relu

MALÉDICTIONS CONTRL: SCRIBES ET PHARISIENS

s'étendre, la Synagogue demeurait fidèle à sa concentration jalouse ; il n'y avait pas chez elle de véritable force d'expansion ; au lieu de s'étendre, elle ramenait tout à elle. De son côté, le prosélyte n'ayant revêtu que la livrée extérieure du judaïsme, imitait chez ses maîtres ce qu'il y avait de plus facile à copier : l'orgueil, l'hyi^ocrisie, le mépris d'autrui, le fanatisme. Il devenait pire que les pharisiens eux-mêmes : decipit exerwplar vitiis imitabile.

Les sept versets suivants contiennent, à propos des formules ,du serment, une malédiction contre ces tristes casuistes, guides aveugles d'un peuple aveuglé (Mt., xv, 14). Déjà, le Discours sur la montagne (Mt., v, 34-37) avait proscrit l'abus du serment comme provenant du mal et du mensonge. De plus les rabbins distinguaient entre les diverses formules de serment : il était convenu que certaines obligeaient vraiment et d'autres peu ou point. « Jurer par le temple, par exemple, ce n'est rien ; mais jurer par l'or du temple, c'est s'engager réellement. » Pourquoi cette différence? Parce que, selon la casuistique pharisienne, l'or du temple, c'est-à-dire les ustensiles et ornements d'or qui appartenaient au Saint des Saints, touchaient DieU de plus près. « Insensés et aveugles ! dit le Seigneur. Lequel est le plus grand : l'or, ou le temple qui sanctifie l'or? » Évidemment le temple : pourquoi donc un serment prononcé au nom du temple serait-il de moindre valeur?

Quelle que soit, d'ailleurs, la formule du serment, ce n'est jamais une créature matérielle, ni même intelligente, que l'on appelle en témoignage d'une assertion ou d'une promesse : le témoin suprême est toujours Dieu, le même Dieu qui habite le temple et qui sanctifie l'or employé dans le temple. « Et vous dites encore : Jurer par l'autel, ce n'est rien ; mais jurer par l'offrande placée sur l'autel, cela oblige. Aveugles ! Lequel vaut mieux, l'offrande ou l'autel qui sanctifie l'offrande? Celui-là donc qui jure par l'autel jure non seulement par l'autel, mais en même temps par tout ce qui est dessus. » Il est déraisonnable de distinguer entre l'autel et les offrandes de l'autel, pour déprécier le serment fait au nom de l'autel. « Celui qui jure par le temple jure non seulement par celui-ci, mais encore par le Dieu qui l'habite. De même, celui qui jure par le ciel jure non seulement par ce trône de Dieu, mais encore jîar Celui qui l'occupe. »

Une loi du Lévitique avait prononcé que l'on devait à DieU la dîme de tous les biens de la terre (xxvii, 30). Est-ce que les

menues herbes du jardin : la menthe, Fanis, le cumin, tombaient sous cette obligation? La chose était pour le moins douteuse, et l'usage commun permettait de s'abstenir. Mais dans leur respect rigoureux pour la lettre de l'Écriture, les pharisiens avaient décidé que la dîme de toute plante utile serait due ; et gravement, scrupuleusement, ils apportaient à Dieu et à ses ministres le tribu chétif de tout ce que produisait leur jardin ! Prélever la dîme de ces infiniment petits n'était pas, en soi, chose blâmable ; mais encore, puisqu'on prétendait le faire par respect pour la Loi, il eût été logique d'observer les prescriptions considérables de cette même Loi : la justice, la miséricorde, la fidélité- envers Dieu et envers le prochain (Cf. Mich., vi, 8). Les scribes et les pharisiens hypocrites sont maudits de nouveau pour avoir négligé les préceptes les plus graves : c'était ceux-là surtout qu'il fallait accomplir, sans omettre d'ailleurs les menues dîmes, si la dévotion portait à les acquitter.

« Scribes aveugles, ajoute le Seigneur, qui filtrez le moucheron et avalez le chameau ! » Peut-être y a-t-il dans cette remarque l'application d'un proverbe familier ; mais sûrement le Seigneur vise une pratique pharisienne. Parmi les animaux impurs dont le xi^ chapitre du Lévitique interdisait de se nourrir, les pharisiens avaient cru reconnaître le moucheron ; et afin d'éviter toute chance d'impureté légale et de malédiction, ils avaient pris l'habitude de filtrer leur vin. La même précaution superstitieuse se retrouve ailleurs, dans l'Lide, par exemple; Grecs et Romains filtraient aussi leur boisson, mais pour des motifs d'hygiène. Nos pharisiens arrêtaient donc au passage la petite mouche impure ; mais, en négligeant l'essentiel de la Loi, ils avalaient le chameau, beaucoup plus gros, et impur lui aussi... C'est une illusion fréquente chez les âmes peu délicates. AulieU de prendre la loi de Dieu dans son intégrité, on y pratique des sélections : on se détermine Une observance particulière, qui laisse mtact l'égoïsmc profond, et où l'on apporte une sévérité obstinée et jalouse ; moyennant quoi, on se persuade être quitte envers Dieu; même on apprécie la vertu des autres selon leur fidélité à observer le détail où l'on a soi-même condensé toute la perfection.

Dans la malédiction suivante, le Seigneur a en vue, non plus seulement un élément spécial de l'observance pharisienne, mais la racine odieuse d'où procède toute leur conduite. Ce sont des hypocrites. «Vous nettoyez l'extérieur de la coupe et du plat;

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