MALÉDICTIONS CONTRE SCRIBES BT PHARISIENS
d'un travail sourd et perfide, où les conditions du tempérament ont beaucoup plus de part que l'intelligence. Combien l'âme humaine a besoin de la grâce de DieU et d'une absolue droiture !
Alors même qu'ils plaignent les victimes et leur élèvent de splendides mausolées, les Juifs sont donc, de cœur, avec les bourreaux. Leur hNiJOcrisie sera bientôt manifeste : ils vont combler la mesure des crimes d'Israël. Serjjents, race de vipères ! leur dit le Seigneur, après saint Jean-Baptiste (Mt., m, 7), comment échapperiez- vous au jugement, au châtiment de la géhenne? Toutes les avances de Dieu seront repoussées demain, comme elles l'ont été hier. Voici que Dieu, que le Fils de Dieu, envoie vers Jérusalem des prophètes, des sages et des scribes, les apôtres, Etienne et les diacres : ils ne seront pas mieux traités que les messagers d'autrefois. Vous les mettrez à mort : c'est avec les lettres de la Synagogue qu'on verra Saul se rendre à Damas (Act., IX, 1-2). Vous les crucifierez, comme le sera Siméon, sous le règne de Trajan. Vous les flagellerez dans vos synagogues, comme il arrivera aux apôtres (Act., v, 40). Vous les poursuivrez de cité en cité, comme durant la persécution qui suivra la mort d'Etienne (Act., VIII, 1). Et ainsi, par cette rigoureuse loi de solidarité qui vous associe à une même œuvre de malfaisance diabolique (cf. Apoc, XVIII, 24), vous prendrez à votre compte tout le long homicide de quarante ou cinquante siècles, qui va depuis Abel, le juste, jusqu'à Zacharie, fils de Barachic, immolé entre le temple et l'autel, dans la cour des prêtres, là où était l'autel des holocaustes. En résumé. Dieu ne cessera point de vous adresser ses envoyés pour vous inviter à l'œuvre qu'il veut accomplir ; et vous ne cesserez pas, vous, de vous détourner de lui pour faire cause commune avec ceux qui travaillent contre Dieu.
Nous pensons qu'on peut encore s'en tenir au commentaire que saint Jérôme a donné de ce passage. Il ne s'agit ni de Zacharie, père de saint Jean-Baptiste, ni de Zacharie le prophète, ni de Zacharie, fils de Baruch, qui sera massacré dans le temple, jjeu de jours avant sa destruction par les Romains ; mais bien de Zacharie, fils de Joïada, dont la mort est racontée au second livre des Paralii^omènes (xxiv, 17-22). Quant à la substitution du nom de Barachias à celui de Joïada, elle peut être le fait d'un copiste ; et saint Jérôme nous déclare avoir lu dans l'évangile dit « des Hébreux» : «Zacharie, fils de Joïada». — Mais puisque le Seigneur veut grouper ensemble tous les meurtres dont les Juifs se font
responsables, pourquoi s'cst-il arrêté à celui de Zaeharie, alors qu'ils devaient en commettre tant d'autres? Le meurtre de Zaeharie a été associé à celui d'Abel à raison peut-être d'une circonstance commune qui montre la vengeance de Dieu armée contre le crime des impies : Vox sanguinis fratris lui clamât ad me de terra, dit le Seigneur à' Cain (Gen., iv, 10) 4 et Zaeharie mourant s'écrie de même : Videat Dominus, et requirat !
« Tout le sang des justes répandu sur la terre retombera sur vous », vient de prononcer le Seigneur (35); et il msiste : « En vérité, je vous le dis, toutes ces choses retomberont sur la génération présente » (36) ; haec omnia : c'est-à-dire le crime et les représailles divines. A ce moment, la vision prophétique du châtiment qui attend sa patrie et la ville sainte arrache au Seigneur une nouvelle plainte, un adieu d'une douleur infinie (Cf. Le., XIX, 41-44). Nous avons rencontré chez saint Luc (xiii, 34-35) un texte tout semblable. « Jérusalem, Jérusalem ! qui mets à mort les prophètes et lapides ceux qui te sont envoyés, combien de fois j'ai voulu rassembler tes enfants, comme une poule rassemble ses petits sous ses ailes : et tu n'as pas voulu ! » Nul peuple n'avait été aimé et traité comme celui-là ; nul autre ne s'est montré plus endurci et plus rebelle à toutes les miséricordes du Seigneur. Séparée de Dieu, il était fatal que Jérusalem se divisât contre elle-même et formât en son sein des groupes ennemis, l'anarchie intérieure venant se surajouter à toutes les menaces du dehors.
Les Juifs n'ont pas voulu entendre les appels réitérés du Dieu Sauveur. Alors il se retire de Jérusalem. « Voici, dit Jésus, que votre maison vous demeurera, déserte ( Jer., xii, 7 ; xxii, 5 ; III Reg., IX, 7-8). Vous ne me verrez plus désormais, jusqu'à ce que vous disiez : Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur » (Ps. cxvii, 26). C'est probablement une allusion prophétique à l'heure dernière où le peuple juif se tournera vers le Seigneur et sera recueilli par lui. — Et saint Matthieu, immédiatement après avoir cité ces paroles, nous dit que Jésus sortit du temple et quitta la ville. Si l'on suivait à la lettre le premier évangile, ij semblerait que le Seigneur ne rentra à Jérusalem que pour y souffrir. Mais on peut supposer une fois de plus que saint Matthieu a été phis soucieux de grouper les enseignements du Maître que de retracer rigoureusement la suite chronologique des faits.