‹ L'évangile de notre-Seigneur Jésus-ChristChapitre 252 sur 340 · SUR LA VIGILANCE DES CHRÉTIENS AU COURS DES SIÈCLES · texte numérisé non relu

SUR LA VIGILANCE DES CHRÉTIENS AU COURS DES SIÈCLES

Car l'époque sera fertile en faiix Christs et en faux prophètes (cf. Josèphc, BeU. Jud., II, xin, 4-6); ils donneront des signes éclatants et feront de grands prodiges, au point de séduire, s'il était possible, les éllis eux-mêmes. » Mais les élus sont défendus par Dieu ; dès lors, ils n'ont rien à craindre.

Telle est la première acception de la particule de temps «alors». Nous croyons qu'il en est une meilleure. Tune pourrait signifier « à partir de là, désormais «, et s'appliquer à l'époque chrétienne. La diirée entière de l'Eglise militante serait ainsi rapidement dessillée. Puisque l'histoire n'est depuis le Seigneur, et ne sera jusqu'à la fin, qu'un effort constant de l'hérésie pour altérer la doctrine du Christ et se substituer à elle, celui qui nous a mis en garde contre les pseudo-Christs et les pscudo-proj^hètes nous a dit tout l'essentiel de notre attitude. Nous sommes avertis solennellement ; dès lors, tout peut venir : les prestiges des faux sages et des thaumaturges du diable, les engouements de la passion et de l'oiîinion, l'apostasie des peuples. Pour le fidèle, tout est ramassé dans l'unique conseil de demeurer inviolablement attaché à la doctrine du Seigneur, « jusqu'à ce qu'il vienne ». Garder l'intégrité, la virginité de la foi, ce sera la recommandation fréquente de l'Apôtre. Et le Seigneur lui-même ne se préoccupe, semble-t-il, que de trouver intacte cette foi au dernier jour : Filius hominis veniens, piitas, inveniet fidem in terra ? (Le, xvni, 8. ) On peut s'étonner que, de cette longue durée de siècles qui compose « les jours du Messie », ou, selon saint Luc (24), « les temps des nations », le Seigneur ait dit si peu de chose ; mais il suffit de répondre que son dessein n'était aucunement de faire un cours d'histoire prophétique et qu'il n'y était point invité par la question des apôtres ; on l'avait interrogé sur son avènement, il ne parle que de son avènement et de l'attitude des âmes qui l'attendent.

Mais si les faux messies réussissent à faire des miracles, demandera-t-on avec inquiétude, comment l'apologétique peut -elle alléguer le miracle en faveur de la doctrine? Quelle sécurité ar/ons-nous si le miracle est un signe ambigu et s'il peut être parfois usurj^é par l'erreur? On répond que la puissance divine ne se prête jamais à l'accomplissement de signes qui auraient pour résultat d'accréditer le mensonge ; que ces prétendus miracles ne sont que des prestiges et des « prodiges menteurs » (II Thess., II, 9). Mieux vaut encore distinguer trois étapes ou

fonctions du miracle. Il est une heure première où le miracle, en déchirant la trame régulière des choses, éveille et rend attentif. Il en est une autre où le miracle est appelé à garantir, de la signature même de Dieu, une doctrine qui se présente en son nom; à accréditer comme ambassadeurs de Dieu ceux qui apportent cette doctrine : et alors, le miracle démontre vraiment la doctrine. Mais enfin une heure vient où la doctrine est pleinement démontrée divine et par les miracles, et par ses propres effets, et par sa durée, et par une auréole de merveilles qui n'appartiennent qu'à elle ; et dès lors, toute prédication, d'où qu'elle émane, et quels que soient les prestiges sur lesquels elle s'appuie, toute prédication contraire à cette doctrine, est simplement irrecevable. Vous venez tro23 tard, disait saint Hilaire, en des termes que l'on nous saura gré de rappeler ici : Tarde mihi hos impiissimos doctores... aetas hujus nunc saeculi protulit ; sero hos habuit fides mea, quant tu erudisti, viagistros... Ah lus ego quae teneo edoctus sum, his immedicahiliter imbutus sum. Et ignosce, omnipotens Deus, quia in his nec emendari possum, et commori possum {De Trinitate, 1. VI, 21). Alors même, écrivait de son côté l'Apôtre, qu'un ange viendrait du ciel voUs apporter un autre évangile que celui que nous avons annoncé, qu'il soit anathème (Gai., I, 8). Et c'est ainsi, selon la différence des temps, que le miracle prouve la doctrine, et que la doctrine permet d'apprécier le miracle. — Soyez donc sur vos gardes, conclut le Seigneur : je vous ai tout annoncé d'avance.

Et désormais, dans le texte évangélique, il ne sera plus question que des derniers temps du monde. Si le Seigneur greffe, sans transition, sur l'annonce de la destruction de Jérusalem, qui est son premier avènement comme justicier, la prédiction de son second avènement comme juge Universel, ce n'est pas simplement à raison de l'intérêt infini qUe présente pour le Seigneur et pour nous, cette Parousie dernière ; ni seulement à raison du devoir rigoureux de la vigilance que le Seigneur ne cessera dorénavant de nous rappeler : c'est surtout à raison de la symétrie historique des deux avènements. Dieu n'a qu'un plan unique et une même pensée qui se poursuit. Seulement, dans le développement de ce plan providentiel, il y a des moments historiques divers, offrant entre eux des symétries singulières, comme pour nous avertir que le cours des choses ne va pas au hasard.

Page 1