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L'AVÈNEMENT SUPRÊME DU SEIGNEUR

Puis, au regard de Dieu et de ses prophètes, cette marge du temps où se développe le dessein iDrovidentiel, si longue qu'elle nous paraisse, n'est en réalité que fort peu de chose : le loisir nécessaire pour la sanctification des élus. Tout l'Ancien Testament est en raccourci dans la préparation du Sauveur, qui est venu « en la plénitude des temps ». Tout le Nouveau se résume dans le mystère du Christ et son développement régulier. Le temps ne dure que pour cela. Cela seul a pour nous de l'intérêt. Les événements et la durée des siècles où ils se déroulent n'ont de valeur réelle qu'en relation avec le mystère du Christ.

Mt., XXIV. — 2' Sicut enim fulgur exit ah oriente et paret usque in occidentem, ita erit et adventus Filii hominis. ^^ Ubicumque fuerit corpus, illic congre gabuntur et aquilae. ^^ Statim auiem post tribulationem dierum illorum, sol obscurabitur, et luna non dabit lumen suum, et stellae cadent de caelo, et virtutes caelorum commovebuntur ; ^° et tune parebit signum Filii hominis in caelo; et tune plangent omnes tribus terrae, et videbunt Filium hominis venientem in nubibus caeli cum virtute multa et majestate. ^^ Et mittet angelos suos cum tuba et voce magna; et congregabunt electos ejus a quatuor ventis, a summis caelorum usque ad terminos eorum.

Me., XIII. — 2* Sed in illis diebus, post tribulationem illam, sol contenebrabitur, et luna non dabit splendorem suum, ^^ et stellae caeli erunt decidenies, et virtutes quae in caelis sunt movebuntur. 2^ Et tune videbunt Filium hominis venientem in nubibus cum virtute multa et gloria. ^' Et tune mittet angelos suos, et congregabit electos suos a quatuor ventis, a summo terrae usque ad summum caeli.

Le, XXI. — 2^ Et erunt signa in sole, et luna, et stellis, et in terris pressura gentium prae confusione sonitus maris et fluctuum, ^^ arescentibus hominibus prae timoré et expectatione, quae superrenient universo orbi ; nam virtutes caelorum movebuntur ; ^' et tune videbunt Filium hominis venientem in nube cum potestate magna et majestate. ^^ His autem fieri incîpientibus, respicite, et levate capita vestra, quoniam appropinquat redemptio vestra.

L'avènement suprême du Seigneur se distinguera de l'avènement de justice en Jérusalem par son caractère soudain, inat-

tendu, universel. Les faux prophètes vous diront, à certains moments de l'histoire: « Le Clirist est ici, le Christ est là... », ne les écoutez pas ; mais lorsque le Christ se présentera à cette dernière heure du temjDS, il n'y aura nulle place à l'hésitation. Comme la lueur de l'éclair, jaillie de l'orient, brille jusqu'à l'autre extrémité du ciel, ainsi aura lieu l'apparition du Fils de l'homme. Et nul n'aura besoin d'invitation pour se grouper autour de lui : tous accourront, comme les aigles à leur proie, d'un vol rapide. — Nous avons rencontré déjà les comparaisons des versets 27 et 28 de saint Matthieu au chapitre xvii de saint Luc, où elles font partie d'un discours du Seigneur relatif surtout, semble-t-il, à la fin des temps.

« Aussitôt après la tribulation de ces jours », écrit saint Matthieu (29); « en ces jours-là, après cette tribulation... », écrit saint Marc (24). Il s'agit, non des jours de Jérusalem, mais des derniers jours du monde. Chacun des deux avènements de justice doit avoir sa préparation douloureuse. Comme la période mosaïque s'achèvera dans la tribulation, avant que ne brillent de tout leur éclat les jours du Messie ; ainsi les temps messianiques eux-mêmes s'achèveront dans une tribulation plus large et plus Universelle ; féconde, elle aussi, puisqu'elle donnera naissance au « siècle futur », au « monde à venir », comme disaient les Juifs. Quand les éj^reuves suprêmes auront préparé les âmes, alors aura lieu le passage du temps à l'éternité. Il est décrit en style biblique.

Le soleil s'obscurcira, la lune refusera sa lumière, les étoiles tomberont du ciel, les vertus ou puissances des cicUx (les astres) seront ébranlées. Ces images, empruntées aux prophètes, nous font songer à Une théophanie, ou manifestation grandiose de la puissance divine, avec les phénomènes précurseurs d'un grand désastre (Is., xiii, 10 ; Ez., xxxii, 7-8 ; Am., viii, 9-10 ; etc.). La description peut avoir un sens symbolique. Il peut se faire aussi que, dans la réalité, des désordres physiques accompagnent et intensifient les détresses des derniers temps : le monde matériel et le monde moral sont parfois conjugués. Ce qui sera sans doute plus terrible que les cataclysmes matériels ce sera l'obscurcissement de la lumière surnaturelle et de la raison elle-même ; ce sera la méconnaissance de l'autorité de l'Église ; la chute des étoiles, c'est-à-dire la défection de ceux qui étaient la lumière des pénibles et leur distribuaient la doctrine et l'enseignement.

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L'ordre physique est maintenu par les puissances célestes, qui font la régularité des saisons et encadrent les vies humaines dans un système assuré et stable : l'ébranlement des vertus des cieux est le symbole de l'ordre social déconcerté, le jjrélude de cette période où les éléments, jusqu'alors groupés harmonieusement, entrent en guerre les uns avec les autres et s 'entredétruisent. Sur la terre, ajoute saint Luc, l'angoisse étreindra les peuples, au bruit de la mer et des flots soulevés ; les hommes sécheront d'effroi, dans l'appréhension de ce que va devenir l'univers.

Alors paraîtra dans le ciel le signe du Fils de l'homme, et alors aussi « toutes les tribus de la terre » (tous les impies) se lamenteront et se fraj^peront la poitrine (Zach., xii, 10-14; Apec, I, 7). Quel est ce signe, dont parle le seul saint Matthieu; La croix resplendissante du Seigneur, dit-on assez généralement et la Liturgie nous fait chanter: Hoc signum crucis erit in caelo quum Doviimis ad judicandutn venerit. Et tous verront le Fils de l'homme venant sur les nuées du ciel, en grande puissance et majesté (Dan., vii, 13-14). Il est le roi des anges comme des hommes : il enverra donc ses anges, ses messagers ; et au son de la grande trompette dont parlait Isaïe (xxvii, 13 ; cf. I Cor., xv, 52 ; I Thess., iv, 15-16), ils lui réuniront ses élus des quatre points cardinaux, a quatuor ventis, d'un bout du ciel à l'autre bout (Deut., xxx, 4 ; Zach., ii, 6), « de l'extrémité de la terre à l'extrémité du ciel », selon le texte de saint Marc. A cette heure suprême, ses élus lui viennent, non pas seulement de la Palestine et de la Diaspora, mais du monde entier.

Lorsque ces choses conmaenceront à se réaliser, dit le Seigneur en saint Luc, prenez courage et levez la tête, car votre déli- \Tanee approche ; l'heure de la jDleine rédem^^tion est venue. (Cf Rom., vni, 18-25.) Le contraste est absolu entre l'épouvante des méchants et l'attitude des fidèles, de tous ceux qui jusqu'alors « cachés en Dieu avec le Christ, vont apparaître avec lui en gloire » (Col., m, 3-4); de tous ceux qui, après tant d'épreuves et une si longue attente, saluent enfin le lever « du Jour » : Exspeclantes heatam syem et adventum gloriae magni Dei et Salvatoris nosiri Je su Christi (Tit., ii, 13).

TOi SIXIÈME l'ARTIE. — CHAPITRE III

Mt., XXIV. — 32 j[jj arbore autem fici discite parabolam : cum jam ramus ejus tener fuerit et folia nata, scitis quia prope est aestas ; 33 ita et vos, cum videritis haec omnia, scitote quia prope est in januis. 3* Amen dico vobis, quia non praeteribit generatio haec, donec omnia haec fiant. ^^ Caeluni et terra transibunt, verba autem mea non praeteribunt. 36 De die autem illa et hora nemo scit, neque angeli caelorum, nisi solus Pater.

Me, XIII. — 28 ^ ^^^ autem discite parabolam : cum jam ramus ejus tener fuerit et nata fuerint folia, cognoscitis quia in proximo sit aestas ; ^^ sic et vos cum videritis haec fieri, scitote quod in proximo sit in ostiis. 3o Amen dico vobis quoniam non transibit generatio haec, donec omnia ista fiant. 3i Caelum et terra transibunt, verba autem mea non transibunt. ^^ De die autem illo vel hora nemo scit, neque angeli in caelo, neque Filius, nisi Pater.

Le, XXI, — 29 ]^f dixit illis similitudinem : Videte ficulneam et omnes arbores : 3o cum produ^unt jam ex se fructum, scitis quoniam prope est aestas. 3i Ha et vos cum videritis haec fieri, scitote quoniam prope est regnum Dei. ^^ Amen dico vobis, quia non praeteribit generatio haec, donec omnia fiant. 33 Caelum et terra transibunt ; verba autem mea non transibunt.

Instruisez-vous, dit le Seigneur, par la comparaison tirée du figuier, recueillez la leçon cachée qu'il vous donne. Lorsque vous voyez le figuier, et, du reste, tous les arbres, ajoute saint Luc, se couvrir de branches tendres et flexibles et pousser des feuilles, vous savez, à n'en pas douter, que la saison chaude est voisine. De même, lorsque vous verrez tous ces événements précurseurs s'accomplir, sachez que le Fils de l'homme est proche, qu'il se tient à la porte, prêt à consommer le mystère du Royaume de Dieu. Il y a liaison naturelle et nécessaire entre ces phénomènes et la venue du Christ. « En vérité, je vous le dis : cette génération ne passera pas que toutes ces choses n'arrivent. » Le souci de la continuité nous oblige à penser que le Seigneur parle ici des derniers événements du monde. Mais il nous reste à expliquer comment cette génération ne passera pas avant d'avoir constaté l'accomplissement de toutes ces choses.

Les contemporains du Seigneur, generatio haec, n'auront pas tous disparu avant la ruine de Jérusalem, dont on n'était séparé

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