‹ L'évangile de notre-Seigneur Jésus-ChristChapitre 257 sur 340 · PARABOLES DES SERVITEURS T · texte numérisé non relu

PARABOLES DES SERVITEURS T

Avant de nous décrire le dernier épisode de l'histoire du monde et le jugement final, saint Matthieu a groupé plusieurs paraboles dont l'intention est commune. Elles ont été rattachées par saint Luc (xii, 39-46) à une autre circonstance historique. Nul ne sait le moment où se présentera le Seigneur, mais à défaut de TheUre, sachons du moins ceci : c'est que le grand jour arrivera comme un voleur (I Thcss., v, 2 ; II Petr., m, 10; Apoc., m, 3; xvi, 15). Un voleur n'avertit pas de sa visite nocturne : il escompte même la surprise. Ah ! si le maître de la maison savait à quelle veille se présentera le voleur, comme il ferait bonne garde pour se défendre contre l'effraction ! Les murailles n'étaient pas toujours très solides ni assises sur de profondes fondations ; et le procédé ordinaire consistait à percer la paroi en terre durcie, ou même à creuser une galerie qui donnât accès à l'intérieur. C'est pourquoi, soyez prêts, vous aussi; car, à l'heure où vous n'y penserez pas, surviendra le Fils de l'homme.

Quel est, selon vous, le serviteur prudent et fidèle que son maître a établi sur sa maison, afin de dispenser à la famille entière, en temps opportun, la nourriture due à chacun? Sous cette formule interrogative, prélude habituel de la parabole juive, le Seigneur fournit déjà la réponse et décrit la conduite du bon économe. Heureux, ajoute-t-il, ce serviteur, que le maître, à son retour, trouvera appliqué aux œuvres d'un bon intendant. En vérité, je vous le dis, il l'établira sur tous ses biens : non plus comme intendant, mais comme copossesseur avec son maître. Ce qui serait peu vraisemblable dans les usages d'ici-bas devient une réalité dans l'économie du Royaume des cieUx (Luc, xii, 37; Mt., XXV, 21-23). — Supposons maintenant le cas d'un serviteur infidèle, qui s'est dit en lui-même : « Mon maître tarde à venir ; peut-être même ne reviendra-t-il jamais... » Et, rassuré par cette sotte réflexion, se persuadant qu'il peut désormais agir à son gré et sans crainte de représailles, voici qu'au lieU de donner la nourriture à ses coserviteurs, il les charge de coups ; voici qu'il dissipe les biens de son maître et fait bonne chère avec d'autres libertins. Soudain, au jour inattendu, à l'heure insoupçonnée, le maître paraîtra. Il le dépouillera de son office, l'enverra à la prison, où sont détenus et tourmentés les esclaves, où sont relégués les hypocrites ; c'est là qu'il y aura des pleurs et des grincements de dents. Pour saint Matthieu, les hypocrites, ce sont les pharisiens ; l'éternel supplice des

« ténèbres extérieures » est réservé aux Juifs qui trahissent la confiance de Dieu (Mt., viii, 12). Mais, par extension, les h3^ocrites sont tous les serviteurs déloyaux et infidèles : Partent ejus cum infidelibtis ponet, écrit saint Luc.

Mt., XXV. — 1 Tune simile erit regnum eaelorum deeem virginihus, quae accipientes lampades suas, exierunt obviam sponso et sponsae. ^ Quinque autem ex eis erant fatu^e, et quinque prudentes, ^ Sed quinque fatuae, acceptis lampadibus, non sumpserunt oleum secuni ; ^ prudentes vero acceperunt oleum in vasis suis cum lampadibus. ^ Moram autem faciente sponso, dormitaverunt omnes et dormierunt. ^ Media autem nocte cl-amor factus est : Ecce sponsus venit, exite obviam ei. ' Tune surrexerunt omties virgines illae, et ornaverunt lampades suas. ^ Fatuae autem sapieniibus dixerunt : Date nabis de oleo vestro, quia lampades nostrae extinguuntur. ^ Responderunt prudentes, dicentes : Ne forte non sufficiat nobis et vobis, ite potius ad vendentes et emite vobis. ^^ Dum autem irent emere, venit sponsus ; et quue paratae erant intraverunt cum eo ad nuptias, et dansa est janua. ^^ Novissime vero veniunt et reliquae virgines, dicentes : Domine, Domine, aperi nobis. ^^ At ille respondens ait : Amen dico vobis, nescio vos. ^^ Vigilate itaque, quia nescitis diem neque horam.

A l'heure dont il est question, à la fin des temps, à la veille du jugement de Dieu, les choses se passeront et l'on sera accueilli au Royaume céleste comme dans la parabole qui va suivre : Tune simile erit regnum eaelorum deeem virginibus. La parabole est empruntée aux coutumes juives. C'était le rôle des amies de la fiancée de la conduire, en la nuit des noces, jusqu'à la demeure de l'époux. Celui-ci sortait à sa rencontre, accompagné, lui aussi, de son cortège. Peut-être est-il tel détail du cérémonial ordinaire que le Seigneur a modifié à dessein, afin d'adapter la parabole à la leçon sur laquelle il veut attirer notre attention. Rappelons une dernière fois qu'il ne faut demander à ces formes d'enseignement parabolique que leur intention d'ensemble : leur charme même se trouve dans une transposition incomplète et voilée ; exiger un décalque de la réalité absolument symétrique serait puéril.

Comme dans la parabole des noces et du festin nuptial (xxii),

PARABOLE DES DIX .VIERGES Hl

la fiancée ne paraît pas : sans doute parce que, dans la réalité spirituelle, les jeunes filles elles-mêmes sont la fiancée. Elles sont dix, un nombre parfait et complet ; elles sont vierges et pures ; elles sont toutes sorties de leur maison, et ont dit adieu à toutes choses ; elles sont toutes arrivées de bonne heure auprès de répouse future, afin de ne pas manquer la rencontre de l'époux, exierunt ohviam sporiso {et sponsae n'appartient pas au texte original). Elles portent toutes leurs lampes, en prévision de la nuit et de l'attente, et ces lampes sont allumées : elles ont la foi. Il semble qu'elles appartiennent toutes au Royaume de Dieu, et que rien ne leur manque pour entrer de plein droit au festin nuptial. Jusqu'ici tout leur est comnmn. Mais voici la différence : cinq d'entre elles étaient folles, et cinq prudentes, — prudentes comme le serviteur dont le Seigneur parlait naguère : fidelis serons et prudeiis. Toujours la loi de la fidélité et de la vigilance. On ne saurait apporter trop de soin et de persévérance à s'assurer le bien éternel, le bien infini. Les vierges folles et étourdies n'avaient point fait provision d'huile ; elles n'avaient que cette foi superficielle et débile qui n'est pas à l'épreuve de grandes difficultés ou d'une longue attente. Quant aux cinq prudentes, elles avaient emporté avec elles une réserve : lorsque sera épuisée Thuile de la lampe, la réserve suffira jusqu'à ce que le jour paraisse ; les lampes alors seront inutiles : Et lucerna ejus est Agnus (Apoc., xxi, 23).

L'époux vient à son heure : à la première veille, à la seconde, à la troisième, à la dernière veille de la nuit. Cette fois, il se fait attendre. Et comme on ignore l'heure de sa venue, les lampes demeurent allumées : sinon l'époux négligerait la maison où il n'est pas attendu et passerait outre. Heure par heure, l'huile s'épuise, la fatigue s'empare de toutes ces vierges qui ont travaillé et marché durant la journée ; c'est la sonmolence d'abord, jmis bientôt le sommeil profond. Dormez, rej)Osez-vous ! vos lampes veillent et votre foi est vive : tout est sauf. — Il n'est aucunement nécessaire de voir dans ce sommeil l'image de la mort, ni par conséquent dans le réveil, l'image de la résurrection : mieux vaut y trouver simplement un élément de couleur locale qui prépare le dénouement.

Au milieu de la nuit, un cri retentit : c Voici l'époux ! allez au-devant de lui !» Il y a donc des amis qui nous avertissent et nous invitent... A ce cri, toutes les vierges se lèvent et se hâtent

de préparer leurs lampes. Peut-être la mèehe a-t-elle eharbonné, peut-être la lumière est-elle languissante, j^arce que l'huile a baissé ; or il convient que les lampes soient brillantes, et que le regard de l'époux se repose sur tous ces visages éclairés de la foi, resjDlendissant de sa lumière. Ah ! s'il suffisait d'une vigilance de la dernière heure, les dix vierges seraient irréprochables : voyez comme toutes s'empressent ! Mais les vierges folles n'ont pas de quoi alimenter leurs lampes qui meurent : « Donnez-nous de votre huile ! » demandent-elles aux sages. La réponse de celles-ci n'est inspirée ni par l'égoïsme ni par la cruauté : elle ne fait que traduire en langage humain cette loi divine qui veut que les mérites soient personnels. Non sans doute que nous soj'ons dans la vie étrangers les uns aux autres et sans relations de charité avec le prochain ; non que nous ne bénéficiions réellement des âmes qui sont à côté de nous ; l'intercession, les satisfactions peuvent servir à autrui : encore faut-il qUe nous fassions nôtre et que nous fixions en nous, par une acceptation qui nous le rende personnel, le bien surnaturel dont l'exemple nous est fourni. Ni la vertu des autres, ni notre règle, ni notre profession même ne nous sauveront sans notre travail.

« De crainte qu'il ne se trouve pas, dans notre réserve, disent les vierges prudentes, assez d'huile pour vous et pour nous... » Ce qui signifie : nous ne sommes pas assurées de nous, comment songer à autrui? Il reste une ressource : aller à la hâte acheter ce qui vous manque. Il ne faut voir, dans ce conseil, qu'un détail naturel et vraisemblable de la parabole, l'indication affectueuse d'un procédé normal pour se procurer l'huile désirée. Aussi bien, ce que le Seigneur veut ici mettre en évidence, c'est à la fois l'anxiété des vierges folles et l'impossibilité d'y apporter remède : leurs sages compagnes n'y peuvent rien. De plus, pour la réalité de l'affabulation, il faut que la séparation des sages et des folles soit accomplie, et accomplie par le fait de ces dernières.

C'est durant leur absence que l'époux arrive. Les cinq vierges dont la lampe est prête entrent avec lui dans la salle des noces, et la porte se ferme. Cependant, les cinq imprévoyantes reviennent, leur emplette achevée, vers la maison de l'épouse, — devenue désormais celle de l'époux. Le festin nuptial est commencé. Elles frappent, et supplient : « Seigneur, Seigneur, ouvi'cz-nous ! » Mais il est trop tard. De l'intérieur, de la région de la lumière et de la joie, l'époux leur dit : « En vérité, je vous le déclare, je ne vous

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