‹ L'évangile de notre-Seigneur Jésus-ChristChapitre 258 sur 340 · PARABOLE DES TALENTS T · texte numérisé non relu

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connais pas. » (Mt., vu, 23; Le, xiii, 25-27.) Réponse effrayante, si nous songeons à la dignité de ces vierges, aux privilèges de leur vocation, à l'éternité de l'exclusion. — Le sens exact, la clef de la parabole se trouve dans la remarque finale du Seigneur : « Veillez donc, puisque vous ne savez ni le jour, ni l'heure. » Veillez au commencement de la vie, à sa maturité, à son déclin : non seulement parce que le Seigneur peut se présenter à toute heure, parce que chaque période de notre vie a son œuvre spéciale à accomplir, mais aussi parce que c'est le travail de la vie entière qui amasse toute l'huile nécessaire, qui entretient chez nous la foi efficace, alerte, ardente, sans laquelle il est impossible de plaire à Dieu. Il y aurait une imprudence infinie à escompter, pour notre salut, les œuvres et les élans de la dernière heure : le drame de la mort ne s'improvise pas.

Mt., XXV. — ^* Sicut enim homo peregre 'proficiscens vocavit ' servos suos, et tradidit illis bona sua. ^^ Et uni dédit quinque talenta, alii autem duo, alii vero unum, unicuique secundum propriam viriutem, et profectus est statim. ^^ Abiit auteyn qui quinque talenta acceperat, et operatus est in eis, et lucratus est alia quinque. ^' Similiter et qui duo acceperat, lucratus est alia duo. ^® Qui autem unum acceperat, abiens fodit in terrain, et abscondit pecuniam domini sui. ^^ Post niultum vero temporis, venif dominus servorum illorum, et posuit rationem cuni eis. ^^ Et accedens qui quinque talenta acceperat, obtulit alia quinque talenta, dicens : Domine, quinque talenta tradidisti mihi, ecce alia quinque superlucratus sum. -^ Ait illi dominus ejus : Euge, serve bone et fidelis, quia super pauca fuisti fîdelis, super niulta te constituani ; intra in gaudimn domini tut. -2 Accessit autem et qui duo talenta acceperat, et ait : Domine, duo talenta tradidisti mihi, ecce alia duo lux^ratus sum. ^^ Ait illi dominus ejus : Euge, serve bone et fidelis, quia super pauca fuisti fidelis, super multa te constituani ; intra in gaudium domini tui. ^* Accedens autem et qui unum talentum acceperat, ait : Domine, scio quia homo durus es ; métis ubi non seminasti, et congregas ubi non sparsisti ; ^^ et timens abii, et abscondi talentum tuuni in terra ; ecce habes quod tuum est. ^® Respondens autem dominus ejus, dixit ei : Serve maie et piger, sciebas quia meto ubi non semino, et congrego ubi non sparsi ; -' oportuit ergo te committere pecuniam meam numulariis, et veniens ego recepissem utique quod meum est cum

usura. ^^ Tollite itaque ah eo talentum, et date ei qui liahet decem talenta : ^^ onvni enim habenti dabitur, et abundahit; ei autem qui non habet, et quod videtur habere auferetur ah eo. ^^ Et inutilem sewum ejicite in tembras exteriores ; illic erit fletus et stridor dentium.

Nous avons cru devoir distinguer cette parabole d'une autre rapportée par saint Luc au chapitre xix (11-27) : malgré la ressemblance de dessin, les différences sont assez notables. Ici, la pensée du Seigneur est de donner à tous, et en ^Ue du jugement, une leçon nouvelle de vigilance active et empressée. A quoi comparer encore le Royaume des cieux? A un homme qui, partant en voyage, appelle ses serviteurs et leur distribue ses biens, — non pour qu'ils les détiennent comme leUr propriété, mais, nous le verrons, pour qu'ils les fassent fructifier. A l'un il donna cinq talents, deUx à un autre, un seul au troisième : à chacun selon son aptitude et sa valeur personnelle ; — encore un trait auquel nous ferons bien de ne pas chercher un correspondant rigoureux dans la réalité surnaturelle, h'unicîdque secundiim propriam virtutem est pleinement justifié, dans l'ordre humaiii, par la simple prudence : Un commanditaire suppute les aptitudes de celui à qui il confie son bien. Mais Dieu ne suppose rien d'antérieur à son action ; les biens surnaturels demeurent toujours au delà des mérites, des efforts et des exigences de toute nature créée ou créable. La répartition de sa fortune sagement accomplie, le maître s'éloigne. Sans j^erdre un instant, le serviteur qui avait reçu cinq talents s'en alla les faire valoir; et il en gagna cinq autres. De même, celui qui en avait reçu deux doubla la mise de son maître. Quant au troisième, il se borna à creuser un trou dans la terre et à y enfouir son unique talent.

Longtemps après, le maître revient exiger des comptes. Chacun comparaît devant lui. Le premier s'avance et dit : « Seigneur, vous m'aviez donné cinq talents; voici, j'en ai gagné cinq autres. — C'est bien, bon et fidèle serviteur, répond le maître ; vous avez été fidèle en de petites choses, je vous établirai sur de plus grandes : entrez dans la joie de votre seigneur. » Ici, la parabole est transparente. Ce n'est plus un maître ordinaire qui parle : intra in gaudium domini tui. Il n'y a pas de joie pour ce serviteur en dehors de celle de son maître ; que ferions-nous d'un bonheur personnel? Ce qui nous fera heureux, c'est la béatitude même de

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notre Dieu. Et pour cmq talents ! Combien de fois ne donnerionsnous pas notre vie pour entendre un jour ces paroles -là, des lèvres de notre Dieu !

L'homme aux deux talents s'approeha lui aussi et dit : « Seigneur, vous m'aviez donné deux talents : j'en ai gagné deux autres. » Mêmes félicitations du maître, même invitation, même récompense : « Entrez dans la joie de votre seigneur. » Mais bientôt la scène change. Voici venir celui à qui l'on a remis un talent. Il a le verbe impertinent des mauvais serviteurs : il plaide ce qu'il estime son droit. On lui a confié un talent, il rend intact le talent confié : qui pourra se plaindre? Il n'a pas volé son maître. 11 ne l'a certainement pas aimé non plus. Écoutons le motif qui l'a déterminé à ne rien faire : « Seigneur, je me suis souvenu que vous êtes exigeant, de nature austère, prétendant moissonner là où vous n'avez pas semé, recueillir là où vous n'avez pas donné. Alors, j'ai redouté de perdre votre talent dans des transactions maladroites ; je suis allé le cacher dans le sol. Le voici. Reprenez ce qui est à vous. »

Écoutons le jugement. Simplement parce que la vie du serviteur paresseux a été stérile, il est condamné. Je vous prends au mot, lui dit son maître. Vous saviez, dites-vous, que je moissonne là où je n'ai pas semé et que je recueille là où je n'ai rien donné? Ce devait être pour vous un motif de travailler avec plus de courage. N'étiez-vous pas provoqué au travail et par le bienfait premier et par la crainte de mes exigences? Vous auriez porté mon argent aux banquiers, il eût fructifié. A mon retour, je l'aurais retrouvé, en effet, mais grossi d'un intérêt. Car le maître revendique ses droits sur le capital comme sur le revenu. Enlevez-lui donc le talent, est-il dit aux serviteurs présents, et donnez-le à celui qui en a déjà dix. Car à quiconque possède, on donnera encore, jusqu'à surabondance ; mais à celui qui n'a pas on enlèvera même ce qu'il a, ce qu'il a possédé inutilement. — On peut donc posséder les biens de Dieu et les laisser sans fruit. Dès lors, il ne sert de rien de les avoir détenus : on n'y gagne qu'un surcroît de responsabilité devant DieU. Mieux vaudrait n'avoir rien reçu ! Le serviteur inutile est traité comme un homme infidèle : après la dégradation et le dépouillement, il est expulsé et livré à la justice. Il n'a plus de titre à demeurer dans la maison, à faire partie de la famille. « Jetez-le, dit le maître, dans les ténèbres du dehors, là où il y aura des pleurs et des

grincements de dents ! » Ici encore le voile de la parabole s'efface devant la grande réalité du jugement divm.

M t., XXV. — 31 Cum autem venerit Films hominis in majestate sua, et omnes angeli cum eo, tune sedehit super sedem majestatis suae. ^2 Et congre gahuntur ante eum omnes génies, et separabit eos ah invicem, sicut pastor segregat oves ah luiedis ; ^^ et statuet oves quidem a dextris suis, haedos autem a sinistris. ^^Tunc dicet rex his gui a dextris ejus erunt : Venite, henedicti Patris mei, possidete paratum vohis regnum a constitutione mundi. ^s Esurivi enim, et dedistis mihi manducare ; sitivi, et dedistis mihi hihere ; hospes eram, et collegistis me ; ^e nudus, et cooperuistis me ; infirmus, et visitastis me ; in carcere eram, et venistis ad me. 3' Tune respondehunt ei justi, dicentes : Domine, quando te vidimus esurientem, et pavimus te ; sitientem, et dedimus tihi potum ? ^s Quando autem te vidimus hospitem, et colle gimus te; aut nudum, et cooperuimus te? 39 Aut quando te vidimus infirmimt, aut in carcere, et venimus ad te? ^° Et respondens rex, dicet illis : Amen dico vohis, quamdiu fecistis uni ex his fratrihus meis minimis, mihi fecistis. ^^ Tune dicet et his qui a sinistris eruht : Discedite a me, maledicti, in ignem aeternum, qui paratus est diaholo et angelis ejus. ^^ Esurivi enim, et non dedistis mihi manducare ; sitivi, et non dedistis mihi potum ; *3 hospes eram, et non collegistis me ; nudus, et non cooperuistis me ; infirmus, et in carcere, et non visitastis me.^^ Tune respondehunt ei et ipsi, dicentes : Domine, quando te vidimus esurientem, aut sitientem, aut hospitem, aut nudum, aut infîrmum, aut in carcere, et non ministravimus tihi? *^ Tune respondehit illis, dicens : Amen dico vohis, quamdiu non fecistis uni de minorihus his, nec mihi fecistis. *® Et ihunt hi in suppliciimi aeternum, justi autem in vitam aeternam.

Il a été parlé, dans les pages qui précèdent, de l'avènement futur, de l'arrivée du maître, de la venue de l'époux ; l'évangile nous dit maintenant ce qui suivra cette apparition du Seigneur. Désormais, ce n'est plus le procédé de la parabole, mais, en clair, toute la scène du dernier jugement. Le Fils de l'homme viendra : c'est à lui que « le Père a remis le soin de juger ». Son premier avènement a eu lieu dans l'humilité ; le second se fera dans l'autorité et la majesté souveraines. Toute la cour angéliquc sera

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