‹ L'évangile de notre-Seigneur Jésus-ChristChapitre 259 sur 340 · LE JUGEMENT DERNIER · texte numérisé non relu

LE JUGEMENT DERNIER

autour de lui, car clic forme son cortège habituel, et elle est trop intéressée à ce qui se passe (Zach., xiv, 5 ; Mt,, xvi, 27). Il s'assiéra sur le trône de sa gloire. Toutes les nations, et pas simplement le peuple juif, seront assemblées et comiDaraîtront devant lui. Il mettra à part, dans cette multitude, comme le pasteur dans le troui)cau qui lui appartient (Ez., xxxiv, 17), les brebis d'un côté, les boucs de l'autre; celles-là à droite, ceUx-ei à gauche.

Alors le roi dira à ceux qui sont à sa droite : Venez, approchez, les bénis de mon Père... C'est du Père que vient l'élection, et la prédestmation, et la justification, et la gloire. Le temps est fini : c'est rheure du salaire. Entrez en possession, à titre d'héritiers et de fils, du Royaume qui vous a été préj^aré dès l'origine du monde. — Un royaume. Seigneur ! Quelle disproportion entre le travail et le salaire ! Nous ne saurons d'ailleurs qu'en ce jour-là en quoi consiste ce Royaume. On s'est servi seulement des termes les plus glorieux de la langue humaine, afin de nous laisser pressentir ce que nous prépare le cœur de Dieu. Et le Seigneur juge bon de motiver sa sentence : « Car j'ai eu faim, et vous m'avez donné à manger ; j'ai eu soif, et vous m'avez donné à boire ; j'étais sans abri, et vous m'avez recueilli; sans vêtement, et vous avez couvert ma nudité ; malade, et voUs m'avez visité ; prisonnier, et vous êtes venu vers moi. » — Mais les justes, surpris, se demanderont s'il n'y a pas erreur : « Quand est-ce donc que l'occasion nous fut offerte ainsi de mettre à votre service. Seigneur, notre temjis, nos biens, notre personne? «

Et le roi leur répondra : « En vérité, je vous le dis, toutes les fois que vous a^'ez fait du bien à l'un de ces hommes qui sont mes frères, fût-il le plus i^etit, le plus humble, c'est à moi-même que vous l'avez fait. » Le Seigneur rappelle Une doctrine déjà connue (Mt., X, 40-42 ; Me, ix, 36, 41). On peut s'étonner que la matière du jugement soit aussi limitée : pourquoi n'avoir rien dit des autres devoirs, indisi^ensables pourtant, eux aussi? Pourquoi, notamment, n'avoir pas parlé de celui d'aimer Dieu? C'est que la charité fraternelle résume tout ; c'est qu'elle est la marque spéciale do notre vie surnaturelle. Laissé à lui-même, l'homme est égoïste : seules la grâce de Dieu et l'union avec lui parviennent à ruiner en nous l'égoïsme foncier de la nature. Et en se substituant lui-même au plus jDetit d'entre nous, le Seigneur nous rappelle l'unité où sont établies, en lui, toutes les âmes régénérées. Toutes sont à lui, toutes vivent de sa vie : nous ne sommes plus

en relation qu'avec le Seigneur ; dans la personne de nos frères, de ses frères, c'est lui toujours que nous touchons. Nul ne saurait être exclu de notre charité surnaturelle, puisque Jésus est le Sauveur de tous et que l'humanité entière est appelée à son mystère d'unité. On comprend que le jugement suprême ne veuille retenir que ces conditions essentielles du christianisme, et que le sort éternel de chacun soit subordonné à sa collaboration personnelle au programme unique de Dieu.

Le Seigneur s'adresse ensuite au groupe de gauche. La formule est calquée sur celle que nous venons de lire, mais inverse et terrible. « Éloignez-vous de moi, maudits... /> : les bénis sont « les bénis de mon Père », mais les maudits sont simplement des maudits; ils ont auïié la malédiction, comme dit le Psalmiste (cviii, 18), et repoussé la bénédiction qui s'offrait. Au lieu du Royaume, le feu éternel, — qui n'est pas dit « préparé dès l'origine du monde », parce qu'il n'était pas créé pour la race humaine, mais pour le diable et ses anges. Et, détail remarquable, en assignant le motif du châtiment, le Seigneur ne reproche pas ici aux réprouvés d'avoir fait le mal; il les blâme de n'avoir pas fait le bien, le bien éminent de la charité fraternelle, celui qui implique et résume tous les préceptes : « Car j'ai eu faim, et vous ne m'avez pas donné à manger, etc.. » Les réprouvés s'étonnent, à leur tour : 0 Seigneur, quand est-ce que nous avons omis de vous rendre ces devoirs de miséricorde? » Ici encore, le dialogue n'a qu'un dessein : rendre plus dramatique et plus pressante la leçon donnée. « Je vous le dis en vérité, répond le Seigneur, chaque fois que vous avez omis d'être charitable envers l'un de ces petits, c'est moi-même que vous avez déçu et trompé. »

Alors chacun s'en ira en son lieu : les méchants à un supplice éternel, les justes à mie vie éternelle. (Cf. Dan., xii, 2.) Qu'est-il besoin d'ajouter à ces simples paroles de lévangile? Aussi vrai que Dieu est Dieu, nous nous trouverons un jour en face du FUs de l'homme ; nous entendrons tomber de ses lèv'res notre sentence; avec lui, à jamais, ceux-là seuls demeureront qui auront attendu, dans la fidélité, son avènement ; ceux qui l'auront cherché, servi, aimé dans la personne de ses membres.

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