LES APOTRES CONTESTENT SOR LA PRESEANCE
Zébédée, sollicitant les deux premières places, après le Seigneur, au festin du Royaume des cieux. La circonstance d'un repas, ou, mieux encore, l'allusion précédente au banquet et au vin de la PâqUc défniitive, in regno Dei, aurait sollicite saint Luc à rapporter ici un épisode qui se termine par la formule : ut edatis et bibatis super mensam meam in regno meo. Mais nous pouvons admettre qu'une nouvelle discussion de rivalité s'est produite au cours même de la Cène ; la cérémonie du lavement des pieds et le commentaire qu'en donnera le Seigneur nous montreront qu'il restait au cœur des apôtres certaines fibres d'amourpropre qu'il voulait détruire.
Une contestation s'éleva : Qui est le plus grand parmi nous? se demandaient-ils. Est-ce Pierre? est-ce Jean, placé tout près, super pectus Domini? La réponse du Seigneur est celle que nous connaissons déjà. Il ne nie pas l'existence d'une autorité spirituelle ; il ne suppose pas non plus que l'investiture vienne comme récompense de l'humilité ; mais il affirme que l'autorité spirituelle, à la différence de l'autorité civile et jîolitique, est un engagement à la modestie et une servitude pour le bien des âmes. Les rois d'ici-bas, dit-il, traitent les nations en maîtres souverains, et ceux qui domment sur elles avec empire sont appelés, par flatterie, bienfaiteurs, sauveurs (sôeoysTai : c'était le titre donné à Auguste par les Juifs reconnaissants). Il n'en sera pas de même iDarmi vous : celui qui est le plus grand se considérera comme le plus petit, et celui qui gouverne et préside, comme étant au service de tous. La vraie noblesse, parmi vous, ne consistera point à rechercher des honneurs ni à exiger des services. Chez les hommes, qui est considéré comme le jdIus grand? celui qui est à table, ou celui qui sert? n'est-ce pas celui qui est à table ? Dans mon Royaume, les rôles sont interv^ertis. Voyez : moi que vous reconnaissez pour votre Maître, je suis au milieu de vous comme le serviteur.
La grandeur que rêvent les aj^ôtrcs leur viendra un jour, mais non en ce monde, ni soUs la forme désirée. Vous, poursuit le Seigneur, vous êtes ceux qui, fidèlement, êtes demeurés avec moi au milieu de mes tribulations. Et moi, en retour, je dispose du Royaume en votre faveur, comme mon Père en a disposé pour moi : vous mangerez et boirez à ma table, dans mon Royaume ; et vous serez assis sUr des trônes, jugeant les douze tribus d'Israël (Mt., XIX, 28).
734 SIXIÈME PARTIE. — CHAPITRE lY
Jo., xiiii — ^ Ante diem jestum Paschae, sciens Jésus quia venit hora ejus ut transeai ex hoc mundo ad Patrem, cum dilexisset suos, qui erant in mundo, in fineni dilexit eos. ^ Et coena faeta, cum diabolus jam misisset in cor ut traderet eum Judas Simonis Iscariotae, * sciens quia omnia dédit ei Pater in manus, et quia a Deo exivit, et ad Deum vadit, * surgit a coena, et ponit vestimenta sua, et cum accepisset linteum, praecinxit se. ^ Deinde mittit aquum in pelvim, et coepit lavare pedes discipulorum, et extergere linteo quo erat praecinctus. ^ Venit ergo ad Simonem Petrum. Et dicit ei Petrus : Domine, tu mihi lavas pedes? ' Bespondit Jésus, et dixit ei : Quod ego facio, tu nescis modo, scies autem postea. ^ Dicit ei Petrus : Non lavabis mihi pedes in aeternum . Respondit ei Jésus : Si non lavera te, no7i hahehis partem mecum. ^ Dicit ei Simon Petrus : Domine, non tanium pedes meos, sed et manus, et caput. ^^ Dicit ei Jésus : Qui lotus est, non indiget nisi ut pedes lavet, sed est mundus totus. Et vos mundi estis, sed non omnes. ^^ Sciebat enim quisnam esset qui traderet eum ; propterea dixit : Non estis mundi omnes. ^^ Postquam ergo lavit pedes eorum, et accepit vestimenta sua, cum recubuisset iterum, dixit eis : Scitis quid fecerim vohis? ^^ Vos vocatis me : Magister, et Domine; et bene dicitis, sum etenim. ^* Si ergo ego îavi pedes vestros, Dominus et Magister, et vos debetis aller alterius lavare pedes. ^^ Exemplum enim dedi vobis, ut quemadmodum ego feci vobis, lia et vos faciatis. ^^ Amen, amen dico vobis, non est servus major domino suo ; neque apostolus major est eo qui misit illum. ^' Si haec scitis, beati eritis si feceritis ea. ^^ Non de omnibus vobis dico ; ego scio quos elegerim ; sed ut adimpleatur Scriptura : Qui manducat mecum panem, levabit contra me calcartieum suimi. ^^ Amodo dico vobis, priusquam fiât, ut cum factum fuerit, credatis quia ego sum. -^ Amen, amen dico vobis, qui accipit si quem misero, me accipit : qui autem me accipit, accipit eum qui me misit.
Nous avons énuméré plus haut les opinions diverses touchant la chronologie de la Passion, Dans la pensée de saint Jean, ante diem jestum Paschae peut signifier : avant le second jour, particulièrement solennel, des fêtes pascales, c'est-à-dire le soir du 14 Nisan. Le Seigneur sait que son heure est venue, l'heure où il doit monter de ce monde à son Père. Il semble qu'il n'y ait qu'une heure pour lui, que toute sa vie y est ordonnée, qu'il est essentiellement victime, premièrement Rédempteur. L'heure décisive