‹ L'évangile de notre-Seigneur Jésus-ChristChapitre 267 sur 340 · LE LAVEMENT M.9 PIEDS · texte numérisé non relu

LE LAVEMENT M.9 PIEDS

étant donc venue, lui qui avait aimé les siens qu'il laissait dans le monde, il les aima jusqu'à la fin. Les apôtres étaient à lui ; avec une sollicitude infinie, il les avait initiés et préi^arés à leur œuvre ; mais sa tendresse sembla s'accroître encore à la dernière heure et se manifester davantage. Il n'est rien en effet de plus affectueux que l'entretien de ces monients suprêmes. Bénissons l'apôtre bicn-aimé de l'avoir conservé à l'Église. Ces cinq chapitres de saint Jean, xm-xvii, appartiennent encore à la pensée mère de tout l'évangile : la manifestation de Notre-Seigneur Jésus-Christ; mais, cette fois, la manifestation privée et intime qu'il donne de lai-même à ses apôtres.

Les Douze sont réunis, y compris Judas, fils de Simon l'Iscariotc, à qui le diable a suggéré de livrer Jésus. L'agneau pascal consommé, la Cène commune se poursuit ou s'achève. Il est assez naturel de considérer le lavement des pieds, dans la pensée du Seigneur, comme une préparation à l'Eucharistie : nous ne pouvons pourtant échapper à l'idée que l'institution de l'Eucharistie se place entre le chapitre xiv et le chapitre xv. Nous lisons le récit d'un témoin oculaire, attentif aux détails menus et vivants, jaloux de reproduire l'aspect de toute l'auguste cérémonie et de noter chacun des gestes du Seigneur. Le Seigneur agit à bon escient ; il sait, dit saint Jean, que son Père lui a remis en mains toutes choses, qu'il est venu de Dieu, qu'il va vers Dieu. Et voici comment il use de cette connaissance de ce qu'il sait et de ce qu'il est. Il se lève de table, se dépouille de son manteau, se ceint lui-même d'un linge : extérieurement, il prend l'attitude de l'esclave. Puis il verse de l'eau dans un bassin, et se met en devoir de laver les pieds des disciples et de les essuyer avec le linge dont il est ceint. Il leur apprend ainsi que la pureté vulgaire suffisait pour les deux Cènes qui avaient précédé, mais qu'il faut une pureté éminente pour le festin auquel ils sont maintenant conviés.

Et Jésus vint à Simon-Pierre. L'Apôtre fut saisi d'effarement et comme de terreur à la vue du Fils de Dieu vivant, prosterné devant lai. Il se récria : Seigneur, vous me lavez les pieds, vous? Le Seigneur répondit : Ce que je fais, vous ne le comprenez pas maintenant, mais vous le comprendrez dans la suite, — lorsque je vous donnerai l'Eucharistie, lorsque je vous donnerai l'Église et les âmes. Inclinez-vous devant ce que vous ne comprenez pas encore. Le Seigneur avait parlé gravement, mais aussi avec sa

douceur habituelle. Il faisait office de serviteur : songeait-il vraiment à exiger comme un maître? Saint Pierre s'y méprit ; il crut que ce n'était qu'une cérémonie, suggérée au Sauveur par son humilité, mais à laquelle on pouvait se dérober encore ; sa foi et son esprit d'adoration lui firent répondre, pour échapper à l'épreuve : Jamais vous ne me laverez les pieds ! Alors, le Seigneur insiste, tant est grave la leçon qu'il veut donner à ses apôtres, tant est délicate la pureté qu'il attend des siens : Si je ne vous purifie, vous n'aurez pas de part avec moi. — Une fois encore, le caractère de saint Pierre le porte aux extrêmes. Dès qu'il s'agit d'être au Seigneur et avec lui, il prend son parti de tout. Même il dépasse les limites ; son empressement va au delà de ce qui lui est demandé : Non seulement les pieds, Seigneur, mais encore les mains et la tête ! — Cei^endant Jésus ramène son apôtre à la mesure : Celui qui a passé par le bain, dit-il, n'a besoin que de se laver les pieds, puisqu'il est purifié tout entier. Vous aussi, vous êtes purs, mais non pas tous. — Car le Seigneur, remarque l'évangéliste, connaissait celui qui le devait livrer; c'est ce qui lui fit ajouter : Vous n'êtes pas tous purs. Mais Judas ne profita point de cet avertissement discret; son âme demeura haineuse, tandis que, devant lui aussi, s'agenouillait le Seigneur.

Son œuvre terminée, Jésus reprend son manteau et se remet à table au milieu des apôtres. Pais il leur donne toute la moralité surnaturelle de l'acte qu'il vient d'accomplir. Déjà, il l'avait partiellement indiquée à saint Pierre en lui montrant les exigences de la pureté parfaite. Mais cette cérémonie avait un sens beaucoup plus étendu. L'avez-vous compris? demande le Seigneur. Elle renfermait une leçon d'abnégation et d'effacement personnel, une leçon de charité aussi. Et de crainte que l'orgueil de l'homme ne se révoltât, en face de ces humbles et menus services à rendre au prochain, le Seigneur avait pris le procédé le plus efficace pour le réduire. Vous m'appelez, et à bon droit, ditil. Maître et Seigneur, — Maître parce que j'enseigne. Seigneur parce que je gouverne. Dès lors, vous me regarderez comme juge et appréciateur souverain de ce qui constitue la beauté et la dignité morales. Vous placerez ma pensée au-dessus de vos chétives répugnances ; vous ne rougirez pas, ou mieux, vous vous réjouirez de faire ce que j'ai fait, moi, votre Maître et votre Seigneur. Vous agirez comme moi, vous vous rendrez le même ser-

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