LE LAVEMENT DES PIEDS
vice les uns aux autres. — Tout le christianisme est là, et jamais on ne nous a donné une leçon plus solennelle. L'Église et Tordre monastique ont conservé le rite du lavement des pieds ; mais chacun voit qu'il ne s'agit pas simplement de la reproduction matérielle d'un geste du Seigneur, mais de tout un esprit de condescendance et de dévouement, qui inspirera notre vie.
N'écoutez pas les protestations de l'orgUcil secret. Ce n'est pas lui qu'il faut croire, c'est moi, moi qui vous aime et ne trompe pas. Passez outre à toutes ses objections. L'orgueil vous dira que vous vous diminuez : n'en croyez rien. En vérité, en vérité, le serviteur n'est pas au-dessus du maître, ni l'apôtre supérieur à celui qui l'envoie. Mon exemple suffit à persuader ceux qui m'aiment. Bienheureux êtes-vous si vous comprenez ces choses, et si, les ayant comprises, vous les accomplissez. Est-ce que le bonheur de chacun, le bonheur de celui qui accorde le bienfait, le bonheur de celui qui recueille le bienfait, le bonheur individuel et la paix sociale ne seraient pas assurés par l'effusion de cet esprit de charité? Le Seigneur songe toujours à son Église et à l'humanité nouvelle qu'il veut grouper en lui, dans Une large et universelle fraternité.
Malgré l'obstination qu'il aperçoit dans le cœur du traître, le Seigneur ne se décourage pas ; il frappe encore à la porte de l'âme sombre et tourmentée, qui s'excommunie elle-même de la pureté, de la fraternité et du bonheur. Lorsque je parle de bonheur, dit-il, ce n'est pas de vous tous que je parle... « Je sais ceux que j'ai choisis.» Peut-être la pensée du Seigneur se reportet-elle avec tristesse vers les premières dispositions de tous les apôtres : Je sais quels ils étaient, et quels je les ai choisis. Tous étaient droits, lors de cette élection première. Mais enfin, ajoutct-il avec douleur, la parole de l'Écriture devra s'accomplir : « Celui qui mangeait mon pain a levé son talon contre moi » (Ps. XL, 10). C'est l'acte odieux de celui qui, voyant son ennemi par terre, le piétine, le foule aux pieds et l'achève.
Pourtant le Seigneur avait tant ménagé le traître, les aj^ôtre^ étaient si confiants, Judas avait si bien dissimulé sa perfidie que nul ne savait rien de ce qu'il avait ourdi avec les pharisiens. Il fallait s'attendre à un grand scandale et à une secousse d'épouvante à l'heure où éclaterait la trahison. Aussi le Seigneur y prépare-t-il ses disciples : Je vous avertis dès maintenant, afin que, lorsque s'accomplira l'œuvre maudite, votre foi en moi s'affer-
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misse, au lieu cFètre ébraiJée : vous reconnaîtrez que je vous ai dit la vérité. — Après la parenthèse des versets 18 et 19, le Seigneur revient, pour un instant, à l'idée de cette fraternité surnaturelle qiri nous rassemble tous en lui, et, par lui, nous fait appartenir au Père céleste : « En vérité, en vérité, je vous le dis : celui qui reçoit mon envoyé me reçoit, et celui qui me reçoit accueille Celui qui m'a envoyé > C'est le fruit de la charité fraternelle. Peut-être aussi le Seigneur avait-il le dessein d" inspirer au disciple infidèle le regret de cette dignité apostolique qu'il avait reçue, qui l'établissait dans une glorieuse solidarité avec le Fils de Dieu, et par le Fils de Dieu, avec le Père céleste lui-même.
Mt., XXVI. — -^ Et edeniihus illis, dixit : Amen dico lobis quia unus vestrum me traditurus est. ^- Et contristati valde, coeperimi singuîi dicere: Xumquid ego sum. Domine? ^^ Ai ipse respondens, ait : Qui intingit mecum manum in paropside, hic me tradet. ^* Fi- Uus qiiiden} honiinis ladit sicut scriptum est de iUo ; vae autem homini illi per quem Filins hominis tradetur ; bonum erat ei, si natus non fuisset homo ilîe. ^^ Respondens autem Judas qui tru' didit eum, dixit : Xumquid ego sum, Rabbi? Ait illi : Tu dixisti.
Me, XIV. — ^^ Et discumbentibus eis et mandu^antibu^, ait Jésus : Amen dico vobis quia unus ex vobis tradet me, qui inanducai mecum. ^^ At illi coeperunt contristari, et dicere ei singulatim : Nuniquid ego? ^^ Qui ait illis : Unu^ ex duodecim, qui intingit mecum manum in catino. ^^ Et Filius quidem hominis vadit sicut scriptum est de eo ; vae autem homini illi per quem Filius hominis tradetur ! Bonum erat ei si non esset natus homo ille.
Le, XXII. — 2^ J^erumtamen ecce manus tradentis me m£cu/m est in mensa. ^^ Ei quidem Filius hominis, secundum quod definitum est, vadit ; verumtamen vae homini illi per quem tradetur. -^ Et ips^i coeperunt quaerere inter se, quis esset ex eis qui hoc facturus esset.
Jo., XIII. — -^ Cum haec dixisset Jcsns, turbatus est spiritu, et protestatus est, ei dixit : Amen, amen dico vobis, quia unus ex vobis iradei me. -- Aspiciebant ergo ad invicem discipuU, haesitantes de quo diceret. -^ Erat ergo recumbens unus ex discipulis