‹ L'évangile de notre-Seigneur Jésus-ChristChapitre 269 sur 340 · LE TRAITRE JUDAS EST DEHASQUE · texte numérisé non relu

LE TRAITRE JUDAS EST DEHASQUE

ejtts in sinu Jesu, quem diligebat Jésus. ^^ Innuit ergo huic Simon Peints, et dixit ei : Quis est de quo dicit? ^^ Itaque cum recubuisset ille supra pecius Jesu, dicit ei : Domine, quis est? ^^ Respondit Jésus : Ille est cui ego intinctum paTiem porrexero. Et cum intinxisset panem, dédit Judae Simonis Iscariotae. ^' Et post buccellam, intraivit in eum Satanas. Et dixit ei Jésus : Quod facis, feu; citius. ** Hoc autem nemo scivit discumbentium ad quid dixerit ei. ^^ Quidam enim putabant, quia loculos habebat Judas, quod dixisset ei Jésus : Eme ea quae opus sunt nobis ad diem festum ; aut egenis ut aliquid daret. ^° Cu7n ergo accepisset ille buccellam, exivit continuo, Erat autem nox.

Maintes fois déjà, le Seigneur s'est efforcé de ramener le traître ; mais obstinément l'âme de Judas se fixe dans le mal. Il n'y a plus rien à tenter. Et devant ce désastre où s'abîmait l'âme d'un apôtre, le Seigneur se troubla intérieurement, l'émotion le saisit, et ouvertement cette fois, à haute voix, il livra tout entier le lourd secret qui pesait sur son cœur : « En vérité, en vérité, je vous le dis, — vous ne le j^ourriez croire, si je ne l'affirmais avec netteté, — l'un de vous, quelqu'un qui mange avec moi me trahira ! » A cette révélation effrayante, les disciples se regardèrent, consternés, ne sachant de qui parlait le Seigneur. La douleur et l'anxiété étaient extrêmes ; chacun descendait dans sa conscience. Ils s'interrogeaient entre eux, dit saint Luc, pour savoir celui qui était visé; et, l'un après l'autre, lui demandaient : « Seigneur, est-ce moi? » Mais Jésus ne donnait nulle indication précise ; il répétait, comme un gémissement : « Un des Douze, un de ceux qui se servent à la même coupe que moi... » Il y avait sur la table pascale une grande coupe, remplie d'une sauce épaisse, d'une sorte de compote épicée, le Charoseth, où chacun trempait son pain azyme ou les feuilles de laitue. Et le Seigneur disait encore : « Le Fils de l'homme s'en va, il marche vers la mort, selon ce qui a été écrit de lui ; mais malheur à celui par qui le Fils de l'homme est trahi ! Mieux vaudrait pour lui qu'il ne fût pas né, cet homme-là. »

Judas était un dissimulé ; et le Seigneur, depuis jîlus d'un an, dans sa patience divine, n'avait rien modifié à son attitude envers lui. Voici comment s'acheva la désignation du traître. Les Juifs de l'époque mangeaient non pas assis, comme nous, mais à demi étendus, le buste relevé sur des coussins ; ils étaient

appuyés sur le bras gauche, le bras droit demeurant libre. Supposons une petite table, au centre, avec treize couchettes tout autour. Le Seigneur occupe la place d'honneur, et Pierre est près de lui, mais le Seigneur lui tourne le dos. Saint Jean se trouve de l'autre côté de Jésus, presque en face de lui ; et pour lui parler, il n'a qu'à se retourner légèrement : c'est là ce que signifie l'évangile, lorsqu'il dit que le disciple bien-aimé reposait sur la poitrine du Seigneur. Sans prononcer un mot, saint Pierre fait signe à saint Jean de demander au Seigneur de qui il est question. Pierre n'ignore pas la confiance témoignée habituellement à Jean : peut-être le Seigneur lui aura-t-il révélé qui est le traître ; et la situation qu'il occupe à table lui pei'met plus facilement d'interroger le Seigneur en aparté. Le disciple qui rcjîosait sur la poitrine de Jésus demanda donc : « Seigneur, qui est-ce? — Celui, répond Jésus, à qui je vais donner le pain trempé. » Le bref dialogue se perdait dans la rumeur confuse du repas, et la désignation ne fut que pour le seul saint Jean.

Lorsque le maître de la maison avait chez lui un hôte qu'il voulait honorer, il trempait lui-même un morceau de pain dans le Charoseth et le lui offrait. Silencieusement, le Seigneur présenta l'eulogie à Judas, fils de Simon Iscariote. Judas prit le pain, le mangea ; et, avec la bouchée, c'est Satan qui jDrit déiinitivement possession de lui. Les bienfaits de Dieu exaspèrent cette âme haineuse : sa passion s'accroît de tout ce qui est tenté contre elle. Peut-être faut -il placer à ce moment l'impudente question de Judas rapportée par saint Matthieu : « N'est-ce pas moi, Rabbi? » Ceci dut être prononcé à voix basse, de même que la réponse : « Vous Tavcz dit. » Le traître se voyait découvert, se pressentait dénoncé à Jean, et même à Pierre : désormais, il n'y avait plus de place ni de sécurité pour lui dans la société des apôtres. De plus, le Seigneur avait à révéler des mystères dont la sublimité excluait Judas ; les récits de saint Matthieu et de saint ^larc j^ermettent de supposer qu'il partit avant l'institution de l'Eucharistie et du sacerdoce.

Le Seigneur prit l'initiative, pour dénouer une situation trop tendue. « Ce que vous faites, faites-le vite, » dit il à Judas à voix haute. Ce n'était ni un ordre, ni une permission, mais une sorte de laisser-aller douloureux, un congé de tristesse et de fatigue. Pourtant, le Seigneur ménageait, jusqu'à l'heure dernière, la possibilité du repentir. Nul des convives ne comprit le sens terrible

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