‹ L'évangile de notre-Seigneur Jésus-ChristChapitre 270 sur 340 · LE COMMANDEMENT NOUVEAU · texte numérisé non relu

LE COMMANDEMENT NOUVEAU

et la portée des paroles qui venaient d'être prononcées ; Judas n'était pas ouvertement désigné comme apostat. Parce qu'il était le trérsoricr du collège apostolique, quelques-uns pensèrent qu'on l'envoyait acheter ce qui était iiécessaire pour la solennité du lendemain, ou bien distribuer une aumône aux pauvres, afin que les malheureux pussent avoir leur fête, eux aussi. Le traître, dit saint Jean, ai)rès avoir reçu le gâteau trempé et l'avoir mangé, sortit aussitôt. Depuis que l'on s'était mis à table, une heure environ avait pu s'écouler, la nuit était venue : In qua nocie tradehatur... (I Cor., xi, 23).

J(.., XIII. — ^^ Cum ergo exisset, dixit Jésus : Nunc clarificatus est Films hominis, et Deus clarificatus est in eo. ^^ Si Deus clarificatus est in eo, et Deus clarificabit eiim in semetipso ; et continua clarifîcabit eum. ^^ Filioli, adhuc modicum vobiscum sum. Quaeretis me; et sicut dixi Judaeis : Quo ego vado, vos non potestis venire, et vohis dico modo. ^* Mandatum novum do vobis, ut diligatis invicem; sicut dilexi vos, ut et vos diligatis invicem. '^ In hoc cognoscent omnes quia discipuli mei estis, si dilectionem habueritis ad invicem. ^^ Dicit et Simon Petrus : Domine, quo vadis? Respondit Jésus: Quo ego vado, non potes me modo sequi; sequeris autem postea. ^' Dicit ei Petrus : Quare non possuni te sequi modo?

Après que le traître a disparu, le Seigneur semble recouvrer toute la liberté, jusqu'alors contenue, de sa parole. Un tressaillement de joie remplit son âme à la pensée que son heure est venue. La Passion qui commence et par la trahison de Judas, et par le sacrifice que le Seigneur instituera dans un instant, la Passion ne lui apporte, au regard humain, que douleur et humiliation; il est vrai : mais Jésus ne voit dans le mystère de sa souffrance que la rançon divine qui assure la gloire du Fils de l'homme et la gloire de son Père. « Maintenant, dit-il avec l'accent du triomphe, le Fils de l'homme est glorifié, et Dieu glorifié en lui. Car Dieu glorifié en lui le glorifiera à son tour en lui-même, et sans tarder. » La science du Seigneur devance les événements; elle en escompte le terme dès cette première heure. Ajournons jusqu'au chapitre xvii l'explication de ce en quoi consiste la gloire du Père et du Fils.

Mais l'œuvre qui s'accomplit maintenant entraîne la séparation

du Seigneur d'avec les siens. « Mes petits enfants, je ne suis plus avec vous que pour un peu de temps. Vous me chercherez ensuite, et comme je le disais aux Juifs (viii, 21), — mais avee un sens différent, — là où je vais, vous ne pouvez pas venir ; à vous aussi J€ le dis aujourd'hui. » Ni le terme, — le Père, ni la voie, — le martyre, ne sont actuellement pour aous. La première parole du Seigneur a été une parole inusitée de tendresse : Filioli, mais si justifiée par les conditions de l'heure présente. Avant de les quitter, il leur montre qu'il les aune et leur laisse comme recommandation suprême le précepte de la charité : « Je vous domie un commandement nouveau, c'est de vous aimer les uns les autres, de vous aimer comme je vous ai aimés. »

Sans doute, le précepte avait été formulé dans l'Ancienne Loi ; il est nouveau pourtant parce qu'il est le caractère propre de la dispensation nouvelle ; parce que c'est en elle qu'il s'accomplit fidèlement ; parce qu'il nous est donné maintenant comme le précepte unique, comme le précepte facile et simple, comme le précepte enveloppant et plénier qui résume, à lui seul, toute la Loi, et élimine les multiples exigences d'autrefois. Et puisque le précepte de la charité doit être, dorénavant, accompli comme le Seigneur l'a pratiqué lui-même, avec le même objet, la même étendue, la même intention, la même patience, la même durée ; puisque le motif de notre charité est que le Seigneur nous a aimés tous et nous a montré ainsi qui nous devons aimer ; cela étant, le précepte est vraiment nouveau : il date en réalité de Notre-Seigneur Jésus-Christ. « L'indice auquel tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples, c'est l'amour que vous aurez les uns pour les autres. » Il n'est que le Seigneur, en effet, qui puisse ruiner en nous le princijje de l'égoïsme, nous montrer Dieu dans le procham et unir dans une sainte fraternité tous les hommes baptisés. Ainsi, la charité chrétienne deviendra bientôt un motif de crédibilité, elle sera la plus éloquente des prédications.

II n'est aucunement douteux que saint Pierre se soit montré attentif à cette intimation du précepte de la charité, mais comme auparavant Jésus avait parlé de séparation, de l'impossibilité pour les disciples de le suivre là où il devait aller, il lui sembla pénible, dans l'empressement et l'ardeur de sa foi, de devoir renoncer à la société du Seigneur. Il se demanda s'il ne pourrait pas solliciter une exception. « Où allez-vous. Seigneur? » dit-il. Il y avait, dans sa demande, plus de désir que de curiosité.

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