‹ L'évangile de notre-Seigneur Jésus-ChristChapitre 271 sur 340 · JESUS PKBDIT LES RENIEMENTS DE PIERRE · texte numérisé non relu

JESUS PKBDIT LES RENIEMENTS DE PIERRE

Mais Jésus, qui comprit aussitôt la pensée secrète, ajourna la réalisation de ce désir : « Là où je vais, vous ne pouvez pas me suivre maintenant, mais vous me sui^•^ez plus tard. » Et Pierre de répondre, avide comme le sont les enfants : « Pourquoi ne puis-je pas vous suivre dès maintenant? Je donnerais ma vie pour vous ! »

Mt., XXVI. — 3^ Tune dicit illis Jésus : Omnes vos scandalum patiemini in me in ista nocte. Scriptum est enim : Percutiam pastorem, et dispei-gentur oves gregis. ^- Posiquam autem resiirrexero, praecedam vos in Galilaeam. ^^ Respondens autem Petrus, ait illi : Et si omnes scandalizati fuerint in te, ego numquam scandalizabor. ^* Ait illi Jésus : Amen dico tibi quia in hac nocte, antequam gallus cantet, ter me negabis. ^^ Ait illi Petrus : Etiam si oportuerit me mari tecum, non te negabo. Similiter et omnes discipuli dixerunt.

Me., XIV. — '"'Et ait eis Jésus : Omnes scandalizabimini in me in nocte ista, quia scriptum est : Percutiam pastorem, et dispergentur oves. ^^ Sed postquam resiirrexero, praecedam vos in Galilaeam. -' Petrus autem ait illi : Et si omnes scandalizati juerint in te, sed non ego. ^^ Et ait illi Jésus : Ainen dico tibi quia tu hodie, in nocte hac, priusquam gallus vocem bis dederit, ter me es negaturus. ^^ At ille amplius loquebatur : Et si oportuerit me simul commori tibi, non te negabo. Similiter autem et omnes dicebaM.

Le, XXII. — 2^ Ait autem Dominus : Simon, Simon, ecce Saianas expetvvit vos ut cribraret sicut triticum ; ^^ ego àiitem rogavi pro te, ut non deficiat fides tua ; et tu aliquando conversus confirma fratres suos. ^^ Qui dixit ei : Domine, tecum paratus stim et in carcerem et in mortem ire. ^* At ille dixit : Dico tibi, Petre, non cantabit hodie gallus, donec ter abneges nosse me. Et dixit eis : ^^ Quando misi vos sine sacculo, et pera, et calceamentis, numquid aliquid defuit vohis? ^^ At illi dixerunt : Xihil. Dixit ergo eis : Sed nunc, qui habet sacculum, tollat, similiter et peram; et qui non habet, vendat tunicam suam, et emat gladium. *' Dico enim vobis, quO' ■ niam adhuc hoc quod scriptum est, oportet impleri in me : Et cum iniquis deputatus est. Etenim ea quae saut de me pnem habeni. '* At illi dixerunt : Domine, ecce duo gladii hic. At ille dixit eis ; Satis est.

Jo., XIII. — ^' ...Aniniam meam pro te ponam. ^^ Respondit ei Jésus : Aniviam tuani pro me pones? Amen, amen dico tibi, non cantabit galhis, donec ter me neges.

Ici encore est nécessaire im travail de marqueterie textuelle, pour unir ensemble les différents récits évangéliques. Supposons qu'après la question de saint Pierre : « Pourquoi ne pourrais-je vous suivre maintenant? » le Seigneur, afin d'expliquer sa solitude au cours de la Passion, annonce la disposition providentielle qui va permettre un assaut violent du diable contre les apôtres. Le même pouvoir sataniqUe qui avait jadis sollicité et obtenu de Dieu la licence d'éprouver Job dans son corjDS et dans ses biens, a sollicité et obtenu encore d'atteindre non seulement le Seigneur, mais de semer l'effroi chez les disciples. « Simon, Simon... » Parce que Pierre est le chef, c'est lui qui fournit au Seigneur la matière de cet enseignement. La répétition de son nom a un caractère pathétique. « Il ne s'agit pour aucun de vous de me suivre maintenant là où je vais, au martyre, à la croix. Mais Satan a obtenu licence de vous cribler, de vous secouer comme le froment qu'on épure. Tous, vous serez scandalisés cette nuit à mon sujet. Car il est écrit : Je frapperai le pasteUr, et les brebis seront dispersées » (Zach., xiii, 7).

Toutefois le Seigneur ne veut qu'avertir, dissiper la présomption, et nullement décourager ; aussi ajoute-t-il aussitôt des paroles d'espérance : ni le pasteur ne sera frappé sans remède, ni les brebis ne seront dispersées à jamais : « Lorsque je serai ressuscité, je vous précéderai en Galilée. » Et il dit à Pierre : « Satan a demandé pour vous l'épreuve, mais moi, j'ai prié pour vous, afin que votre foi ne défaille pas. » Si l'énergie a fait défaut à Pierre, pour la confession extérieure de sa foi, sa foi intérieure n'a point failli ; il n'a rien retiré de la confession solennelle formulée jadis près de Césarée de Philippe. Ce qui le prouve bien, c'est qu'il suffira d'un regard de celui qae Pierre affirmait ne pas connaître, pour faire jaillir ses larmes et le convertir. Et tu aliquando conversus confirma jratres tuos. Peutêtre pourrait-on considérer conversus comme un hébraïsme et lui donner le même sens que dans le psaume Lxxxiv : Deus, tu conversus vivificabis nos : « A votre tour, soutenez vos frères. » Mais on peut garder l'interprétation commune : « Après un instant d'erreur, et revenu d'une faiblesse momentanée, doimez de la

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force à vos frères. » C'est, ù la dernière heure, et avant la prédiction de la chute de saint Pierre, la confirmation de sa prérogative personnelle. A tous, le Seigneur avait prédit l'épreuve et le scandale ; au seul Pierre, il promet Une assistance extraordinaire, en harmonie avec sa mission.

Il y avait, tout à la fois, dans les paroles du Seigneur, et un témoignage de confiance, et l'allusion à Une défaillance prévue ; saint Pierre entrei^rit aussitôt de justifier l'un et d'écarter l'autre. Il était si sûr de sa tendresse ! « Quand bien même tous les autres, dit-il, seraient scandalisés à votre sujet, moi, je ne le serai pas ! » Chez saint Marc, qui nous a conservé l'évangile de Pierre, la réponse du Seigneur est d'une précision extrême : « En vérité, je vous le dis, vous, aujourd'hui, cette nuit même, avant que le coq ait chanté deux fois, trois fois vous m'aurez renié. » Mais l'assertion est intolérable à l'Apôtre ; il conteste fortement : « Dusse- je mourir avec vous, non, je ne vous renierai pas! Seigneur, avec vous je suis prêt à aller et en prison et à la mort ! » Et tous les disciples s'associaient aux paroles de Pierre. Sans relever avec amertume ce qu'il y avait d'attristant dans une protestation qui devait être si tôt démentie, le Seigneur passe à un autre sujet.

Il est difficile, soit de marquer exactement la relation de ce court passage j^roiDre à saint Luc avec ce qui précède (xxii, 35-38), soit de déterminer sa j^ortée précise. Le Seigneur avertit les apôtres, semble-t-il, que les conditions paisibles dans lesquelles ils ont jusqu'ici vécu en sa compagnie vont être bientôt modifiées de fond en comble. Aussi longtemps, dit-il, que j'ai été avec vous, n'ai-je pas veillé avec soin sur votre vie? Lorsque je vous ai envoyés en mission, vous n'aviez ni bourse, ni besace, ni souliers de rechange : rien pourtant ne vous a manqué, n'est-il pas vrai? — Ils répondirent : Rien. — Mais à l'heure présente, chacun est invité à se pourvoir : « Que celui qui possède une bourse la prenne, que celui qui possède une besace la jirenne aussi ; et celui qui n'a pas de glaive, qu'il vende sa tunique i^our en acheter un. » Ne croyons pas que le Seigneur veuille corriger ou rapporter les conseils pacifiques adressés autrefois aux ouvriers évangéliques ; il formule une simple recommandation de prudence. La situation des apôtres parmi les Juifs va devenir précaire et sans nulle sécurité, à cause du Seigneur ; et le Seigneur lui-même sera traité comme un scélérat. « Car, je vous le dis, poursuit-il, il faut qu'elle

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s'accomplisse cette parole qui a été prononcée à mon sujet : Il a été mis au rang des malfaiteurs (Is., Liir, 12). Tout ce qui me concerne, en effet, touche à sa fin. »

Les disciples répondent aussitôt : « Seigneur, voici deux glaives ! » La présence de ces glaives dans le Cénacle n'a rien d'anormal : les Juifs s'en munissaient volontiers ; on en avait besoin au cours d'un voyage pour se défendre contre les voleurs. « Cela suffit, » reprit simplement le Seigneur. Non point, comme on l'a dit, avec cette signification que deux glaives suffisent, mais plutôt qu'il ne veut pas insister sur ce sujet. Sa pensée n'avait pas été comprise ; jamais il n'avait songé à provoquer ni une rixe, ni une agression, ni même une défensive violente, lui qui invitera bientôt saint Pierre à remettre son glaive au fourreau, et lui dira : Onvnes qui accepeiint gladium, gladio peribunt. Là où le Seigneur s'était exprimé sous une forme imagée, les ajDÔtres avaient pris ses paroles matériellement, comme dans l'épisode du levain des pharisiens (Mt., xvi, 6 sq.).

Jo., XIV. — 1 Non turbetur cor vestnim. Creditis in Deum, et in me crédite. - In domo Patris met mansiones ynuHae sunt. Si qu43 minus dixissem vobis : Quia vado pmare vobis locum. ^ Et si obier 0, et praepcBravero vobis locum, iteruvi venio, et accipiam vos ad meipsum, ut ubi sum ego, et vos sitis. ^ Et quo ego vado, sciiis, et viam scitis. ^ Dicit ei Thomas : Domine, nescimus quo vadis ; et qucmodo possumus viam scire? ^ Dicit ei Jesu^ : Ego sum via, et Veritas, et vita. Xemo venit ad Patrem, nisi per me. ' Si cognovissetis me, et Patrem meiim utique cognovissetis ; et amodo cognoscetis eum, et vidistis eum. ^ Dicit ei Philippiis : Domine, ostende nobis Patrem, et suffîcit nobis. ^ Dicit ei Jésus : Tanto iempore vobiscuvi SU771, et non cognovistis me? Philippe, qui videt me, videt et Patrem. Quomodo tu dicis : Ostende nobis Patrem? ^° Non creditis quia ego in Pâtre, et Pater in me est? Verba quae ego loquor vobis, a meipso non loquor. Pater autem in me maneyis, ipse facit opéra. ^^ Non creditis quia ego in Pâtre, et Patei- in me est? ^^ Alioquin propter opéra ipsa crédite. Amen, amen dico vobis, qui crédit in me, opéra quae ego facio et ipse faciet, et majora horum faciet, quia ego ad Patrem vado. ^^ Et quodcumque petieritis Patrem in nomine meo, hoc faciam, ut glorifîcetur Pater in Filio. ^* Si quid petieritis me in nomine tneo, hoc faciam.

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