QUI VOIT JÉSUS VOIT LE PÈRE
dans râmc des apôtres la parole du Christ, et aussi ce qui leur manquait. Ce que Jésus avait dit de sa relation avec le Père leur avait fait deviner la bonté du Père ; mais ils n'avaient pas encore reconnu le mystère de Tunité du Père avec le Fils. La demande de saint Philii)pe naît sur ses lèvres et de sa foi et de Tinij^erfection de sa foi. Il se persuade sans doute que le Seigneur leur ménage une révélation du Père analogue à celle obtenue jadis par Moïse, par Isaïe, par Ezéchiel. Son âme est toute prête : Oui, Seigneur, montrez-nous le Père, et, dès lors, cela nous suffit, nous ne demanderons rien de plus.
La requête est aimable, et elle est naïve. Quelle manifestation souhaitait Philippe? fne apparition matérielle? Mais le Père ne s'est pas incarné. Une apparition imaginative? Mais elle n'est qu'un pâle et lointain symbole de la réalité. Alors, une manifestation intellectuelle? Mais quelle manifestation intellectuelle, d'ordre psychologique, serait capable de nous montrer le Père? Dieu seul, uni à notre âme, peut induire notre âme à connaître Dieu. Et puis, les diverses manifestations intellectuelles, outre qu'elles demeurent toujours, à l'infini, en deçà de ce qu'elles voudraient nous dire, ne durent qu'un instant ; il faut consoler l'âme de leur disj^arition ; nous ne sommes d'ailleurs fixés que par une action continue; sans elle, quelques jours après avoir adoré le Dieu du Sinaï, on peut être tenté de s'agenouiller devant le veau d'or. L'âme sent bien qu'il lui faut autre chose. Mais cette autre chose qui est la manifestation absolue, éternelle et toujours présente du Père, qui est sa beauté et sa gloire, il y avait une naïveté inconsciente à la réclamer comme non fournie encore, à la solliciter de celui qui est, substantiellement, cette manifestation même : Xovissiine îocutus est nohis in Filio... Pour ceux qui le comprennent, la xie est simple, et dès maintenant ils n'ont plus rien à désirer. A notre intelligence surnaturelle, c'est Dieu le Père qui se montre en son Fils.
Le Seigneur, en effet, répond à PhUij^iJe : DejDuis si longtemps que je suis avec vous, vous ne me connaissez pas encore, Philippe ! Celui qui m'a vu a vu le Père. Comment j^ouvez-voUs dire : Montrez-nous le Père? — Je suis son Fils. Celui qui est fils en vertu d'une relation accidentelle et « isrédicamentale », uni à son père non par son être, mais simplement par l'origine de son être : celui-là n'est jias que fils, car il possède sa nature à lui. Mais celui qai est tout Fils ne possède qUe la nature de
son Père ; il est un avec celui dont il n'est, ad intra comme ad extra, que la manifestation et la sj^lendeur. Dès lors, la question de Philippe perd sa raison d'être. Qui connaît Jésus, connaît le Père ; qui possède Jésus, possède le Père. Ne croyez-vous pas, Philippe, n"êtes-voUs pas averti par votre foi que je suis dans le Père et qtie le Père est en moi? que je suis dans le Père comme un avec lui, que le Père est en moi comme un avec sa manifestation substantielle?
Cette unité du Père et du Fils implique l'unité de Tintelligence et l'unité de l'action. En Jésus, on connaît le Père, on entend le Père, ses œuvres sont les œuvres du Père. L'unité de nature et la condition de principe en la première Personne font refluer jusqu'à Elle les œuvres et les paroles du Fils. Les paroles que je vous adresse, ce n'est pas de moi-même que je les dis ; le Père, qui demeure en moi, accomplit en moi ses œu^Tes. Croyezmoi, lorsque j 'affirme que je suis dans le Père et que le Père est en moi. Que si mes paroles ne vous suffisent pas, croyez, du moins, à cause des œuvres elles-mêmes. Elles soi^ divines, et mon Père ne saurait appuyer l'erreur.
Il faut donc croire. Ce n'est pas le voisinage matériel avec le Seigneur qui sanctifie : les Juifs en sont la preuve. Il faut s'appuyer sur Jésus-Christ, comme Jésus-Christ s'appuie sur Dieu. C'est notre foi qui nous fait entrer en lui et nous fait devenir, par lui et avec lui, enfants de Dieu. Alors, notre condition en face de Dieu participera à la condition du Seigneur lui-même ; elle aura les mêmes titres et les mêmes droits. Alors aussi, les œu^Tes dont le Seigneur vient d'invoquer pour lui le témoignage ne lui seront pas si exclusivement propres que le disciple n'en possède aussi le privilège. « En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui croit en moi accomplira, lui aussi, les œuvres que je fais, et il en fera de plus grandes. » Les disciples feront-Us mieux que de ressusciter les morts? Non sans doute ; toutefois, que le Fils de Dieu réalise des œuvres merveilleuses, cela est normal et ne surprend pas ; mais que tous ceux qui appartiennent au Fils de Dieu partagent son privilège, que l'infirmité de leur nature ne leur mterdise pas d'accomplir des prodiges, c'est chose plus considérable, à cause du nombre des privilégiés, à cause de la disproportion qui existe entre leur condition créée et leurs œuvres. Pourtant il y a plus : mes disciples réussiront dans une œuvre que je n'ai pas \oulu persoimellement aborder. Ils converti-