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LA PROMESSE DU PARACLBT

rrmt k monde, ils ramèneront à mes pieds ; ils seront les conquérants de ce Royaume universel dont je n'aurai été que le fondateur.

Ils feront ees prodiges, non pas seulement parce que je serai en eux et que leur foi me les unit, mais encore parce que, auprès de mon Père, où je vais, je leur donnerai l'appui de ma prière : Quia ego ad Palrem vado. — Il est essentiel, pour comprendre l'ensemble du chapitre, de se rappeler toujours que le Seigneur console et rassure ses disciples en leur révélant les conditions de la vie surnaturelle, en leur montrant que la séparation actuelle n'est que le procédé et le prélude d'une union plus haute. — Tout ce que vous demanderez à mon Père, en mon nom, unis au Fils, vivant de sa vie, agissant sous son influence, ayant dès lors son titre et son autorité : tout cela, je le ferai. Je suis avec vous. Je ne me démentirai jamais. Ainsi, le Père sera-t-il glorifié dans le Fils. N'est-ce pas la gloire souveraine du Père d'être Père, et que rien de ce qu'on lui demande au nom de son Fils ne puisse être refusé? Et si vous sollicitez de moi quelque bien en mon nom, je vous le donnerai. Ainsi se trouvent dessinées tout à la fois les relations des Personnes divines et nos relations avec chacune d'elles.

Jo., XIV. — ^^ Si diligitis me, mandata mea servate. ^^ Et ego rogaho Patrem, et alium Paraclitum dabit vohis, ut ynaneat vohiscum in aetérnum, ^' Spiritum veritatis, quem mundus non potesi accipere, quia non videt eum, nec scit eum. Vos autem cognoscetis eiwi, quia apud vos manebit, et in vohis erit. ^^ Non relinquam vos orphanos ; veniam ad vos. ^^ Adkuc modicum, et mundus me jam non videt. Vos autem videtis me, quia ego vivo, et vos vivetis. ^o In illo die vos cognoscetis quia ego sum in Pâtre meo, et vos in me, et ego in vohis. -^ Qui habet mandata mea, et servat ea, ille est qui diligit me. Qui autem diligit me, diligetur a Pâtre meo; et ego diligam eum, et manifestabo ei meipsum. ^^ Dicit ei Judas, non ille Iscariotes : Domine, quid factum est, quia manifestattonis es nobis teipsum, et non mundo? ^3 Respondit Jésus, et dixit ei : Si quis diligit me, sermonem meum servabil ; et Pater meus diliget eum, et ad eum veniemus, et mansioneni apud eum faciemus. 2* Qui non diligit me, sermones meos non servat. Et sermonem quem audisiis, non est meus, sed ejus qui misit me, Patris.

Il semble qlie des paroles si douces aient provoqué chez les apôtres une expression de reconnaissancfe et de tendresse. Vous m'ainiez, je le sais, je le vois, continue Jésus : gardez mes commandements. L'union véritable est celle des volontés, indice irrécusable de l'affection. Et, à Thelire venue, afin qu'il soit constant que ce n'est pas de séparation qu'il s'agit entre nous, mais bien plutôt d'union, je demanderai au Père, avec la sainte familiarité et l'autorité propres au Fils, qu'il vous donne, en échange de ma présence visible, un ami autre que moi, un autre Consolateur, qui, lui, demeurera éternellement avec vous. Le Père vous l'enverra et vous le donnera ; et comme je serai avec vous tous les jours jusqu'à là consommation du siècle présent, lui aussi demeurera. Là où est le nœud de la Trinité, là se trouve la Trinité tout entière. C'est l'Esprit qui fait l'union des Personnes, parce qu'il procède d'elles comme le fruit de leur amour; lui qui fait aussi notre union à Xotre-Seigneiir Jésus- Christ, lui qui nous rend intérieurement témoignage que nous sommes enfants de Dieu (Rom., viii, 16) et poursuit en nous la fonction qu'il exerce dans la Trinité. Ainsi, les deux Personnes qui procèdent s'emploient-elles l'une après l'autre, l'une avec l'autre, à l'œuvre du Père se cherchant des fils dans l'humanité: Quoniam autem estis filii, misit Deiis Spiritum Filii sui in corda vestra, clamantem : Ahha, Pater (Gai., iv, 6).

Le Seigneur l'appelle l'Esprit de la vérité : parce qu'il est la vérité même, parce qu'il l'enseigne, parce qu'il suggère et rappelle des vérités insuffisamment comprises, parce qu'il garantit intérieurement la vérité, la fidélité de Dieu, et réalise en nous toutes ses promesses. C'est par là qu'il nous est appui et Consolateur. De lui vient la différence entre les enfants de Dieu, et les enfants du siècle. Le monde, c'est-à-dire l'ensemble de tous ceux qui mettent leur amour et leur fin ici-bas, le monde ne peut le recevoir. Comment recevraient-ils l'Esprit de Dieu"? Il n'a pas de place en eux. Le lieu de la sagesse, en eux, est encombré : les appels de l'Esprit ne sont pas entendus, ses enseignements ne sont pas accueillis ; car il doit exister une proportion entre le moteur et le mobile; une affinité secrète, une droiture première et profonde est requise pour que les manifestations de l'Esprit arrivent jusqu'à l'âme. Le monde échappe donc à l'Esprit de Dieu. Mais, en revanche, celui qui est le Don de DieU et le principe de tous les dons surnaturels sera connu et reçu des fidèles. Il demeurera

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dans la société chrétienne, dont il sera le moteur et le guide ; il demeurera en chacun, pour créer en chacun les dispositions surnaturelles qui plaisent à Dieu. Lorsqu'il viendra, dit le Seigneur, reconnaissez-le, accueillez-le.

Je ne vous parle pas de la présence de l'Esprit de DieU pour retirer la mienne. Moi-même, si je m'éloigne et vous soustrais ma présence visible, ce n"est que momentané. Un peu de temps, et me voici revenu à vous. Vous ne serez pas longtemps orphelins. Je viendrai à la Résurrection, je viendrai à la Pentecôte, je viendrai à la destruction de Jérusalem, je viendrai tous les jours, je viendrai au dernier. Encore un peu de temps, et le monde ne me verra plus. Mais aous, vous me re verrez encore. Nous aurons quarante jours j^our vivre et nous réjouir ensemble. La mort ellemême n'y fera rien; c'est dans l'unité d'une même vie que nous sommes, vous et moi ; et parce qUe je vis, vous vivrez avec moi de la vie éternelle. Un jour viendra, qui ne sera plus le jour de la foi, mais de la vision; vous verrez alors ce que vous croyez maintenant : vous connaîtrez que je suis dans mon Père, que vous êtes en moi, que je suis en vous.

Une condition est requise et suffit : aimer le Seigneur. Tantôt JésUs nous demande d'être en lui par la foi, tantôt d'être en lui par la charité ; mais il est trop facile de concilier ces exigences. C'est par la foi que nous entrons dans la vie du Seigneur ; mais comme la foi n'est pas un élément platonique et que, selon l'Ai^ôtre, elle agit par la charité, c'est par la charité que s'épanouit et se traduit la vie du Seigneur en nous. Et l'uidice de l'union parfaite à Notre-Seigneur JésUs-Christ, la pierre de touche de notre charité, c'est de vouloir et d'accomplir ce que veut le Seigneur : accueillir les commandements par la foi, et les garder par la charité, c'est tout le chrétien. Mais pour conserver ce trésor, il faut le défendre, de même que, pour l'obtenir, il faut le solliciter. Il n'y a pas de différence entre aimer et obéir. « Celui qui garde en son cœur mes commandements et les observe, c'est celui-là qui m'aime ; et celui qui m'aime sera aimé de mon Père ; et moi, je l'aimerai et je me manifesterr.i à lui. » Telle est l'incomparable récompense promise par Dieu à celui qui aime vraiment. Jamais on n'a condensé en moins de paroles tout le mystère de la vie surnaturtlle.

Ce programme enchantait les apôtres, alors même qu'ils en appréciaient imparfaitement l'étendue. Nous connaissons leurs

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préjugés. Le Messie doit faire la conquête du monde et régner partout ; comment se fait-il donc que certaines portions soient exclues, et que Jésus réserve aux seuls disciples son Esprit et sa manifestation? N'y a-t-il pas en ce fait l'abdication d'une partie considérable de sa mission? Telle était l'inquiétude secrète de Judas, non pas l'Iscariote, mais le frère de Jacques, et il s'en ouvre au Seigneur : « Pourquoi donc, Seigneur, vous manifester à nous, et pas au monde? » En répondant à la question de saint Jude, Jésus reprend, et avec plus de force, la doctrine exposée déjà (verset 17). Le Fils de Dieu ne se montre pas au monde parce que le monde n'aime pas Dieu, n'ordonne pas sa vie selon la loi que le Fils de Dieu a ajDportée ici-bas. C'est là ce qui le rend inexcusable, car cette parole que vous entendez et qu'il méprise n'est pas de moi : elle est de celui qui m'a envoyé, le Père. On se détourne donc de Dieu lui-même lorsque, par système, on se détourne de moi ; et on ne se détourne de moi que pour perdre les biens de l'éternité.

Quelle différence avec les enfants de Dieu ! « Si quelqu'un m'aime, il gardera ma parole, et mon Père l'aimera, et nous viendrons à lui, et nous établirons en lui notre demeure. » Grâce à la foi et à son achèvement pratique, la charité, nous serons aimés du Père, au titre de son Fils ; le Père et le Fils viendront en nous : car, lorsque celui qui est Père vient quelque part, il n'y peut venir qu'avec son Fils. Et leur lien, le Saint-Esprit, est toujours présent là où ils sont. Et cet avènement des Personnes divines n'a rien de momentané, d'intermittent, de jjrécaire ; elles viennent pour demeurer et constituer, au cœur même de chacun de nous, un sanctuaire où elles vivent et agissent, où nous vivons et agissons en elles ; il y a analogie avec ce qui se passe dans la Trinité même : inhabitation mutuelle. Dieu en nous, nous en Dieu. On ne saurait rêver union plus réelle et plus étroite, — sauf l'union hypostatique, propre au Seigneur. Les êtres corporels demeurent étrangers et extérieurs les uns aux autres ; l'intimité ne coimnence que dans l'ordre de l'intelligence et de la volonté. Pourtant, l'être spirituel lui-même est encore fermé à autrui. Il n'est qUe DieU qui soit chez moi, et à un titre supérieur à moi-même : il y est cause, je ne suis que l'effet ; et parce que l'effet vient de lui, déjDcnd tout entier de lui, il est plus réellement dans l'effet que l'effet même n'est chez soi. Les relations qui, entre les êtres, croissent en intimité selon la perfection de

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ces êtres, parviennent, dans l'ordre divin, à l'absolue intimité : SolaTrinitas illabitw menti. Présent en nous et intime déjà au titre de son aetion, au titre aussi de la nôtre, qui l'atteint par la connaissance et l'adoration, Dieu l'est davantage selon l'étendue même de ee qu'il opère en nous : dans l'ordre surnaturel, un commerce s'établit avec Dieu qui est donné, qui est substantiellement possédé, qui est aimé et loué dans son temple créé, notre âme.

Jo., XIV. — 25 Haec locutus sum vobis, apud vos manens. ^^ Paraclitus aiUem Spiritus Sanctus, quem mittet Pater in nomine meo, ille vos docehit omnia, et suggeret vobis omnia qiuiecumque dixero vobis. 2' Pacem relinquo vobis, pacem meam do vobis; non quomodo mundus dut, ego do vobis. Non turbetur cor vestrum, neque formldet. 28 Audistis quia ego dixi vobis : Vado, et venio ad vos. Si diligeretis me, gauderetis utique quia vado ad Patrem, quia Pater major me est. ^^ Et nunc dixi vobis priusquam fiât, ut cum facium fuerit, credatis. ^° Jam non multa loquar vobiscum. Venit enim princeps mundi hujus, et in me non habet quidquam; ^^ sed ut cognoscai mundus quia diligo Patrem, et sicut mandatum dédit mihi Paier, sic facio. Surgite, eamu-s hinc.

C'est bien en vain que l'on s'appuierait sur les paroles du Seigneur au verset 26 pour conclure à l'évolution du dogme, telle que certains systèmes modernes l'ont imaginée. Et encore qUe l'Esprit de Dieu ne demeure étranger à aucun des progrès réels de la pensée, de la langue et de la vie chrétiennes, il nous semble pourtant que la fonction ici dévolue à l'Esprit-Saint est fort différente. L'enseignement du Seigneur a duré plus de trois ans. Que de grandes et belles paroles ont été prononcées ! La mémoire des apôtres pouvait faiblir; leur pénétration était sûrement insuffisante pour aller jusqu'au cœur de ces vérités divines; ils pouvaient même redouter à bon droit de n'être que les organes inexacts et oublieux d'mie pensée si haute. Leur Maître y pourvoit, alors que sa mission auprès d'eux touche à sa fin et que va commencer la mission de l'autre Personne. « Je vous ai exposé ces choses, dit-il, tandis que je demeurais avec vous. Le Paraclet, l'Esprit-Saint, que le Père enverra en mon nom, c'est lui qui vous enseignera toutes choses et vous rappellera tout ce

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que je vous ai dit. » Mais que signifie l'expression « en mon nom » ? Cela veut-il dire : en mon lieu et place, avec la même autorité que moi? ou bien : sollicité par ma prière, déterminé par son amour envers moi? Sans écarter de façon absolue aucune de ces acceptions, nous croyons pourtant que le Seigneur songe plutôt à son œuvre personnelle. Le Fils est venu au nom du Père, pour le manifester et travailler à l'œuvre du Père ; et l'Esprit-Saint travaille à son tour pour le Fils de DieU, il s'emploie à achever l'œuvre du Fils. Il est envoyé par le Père au nom et dans l'intérêt du Fils : les deux Personnes divines se sont ainsi comme partagé l'œuvre que le Père a conçue. C'est la présence continue et active de l'Esprit de DieU dans l'Église qui y maintient la vérité et lui fait porter ses fruits.

Pacem relinquo vohis... L'accent de l'adieU, déjà marqué au verset 25, se poursuit. Les Juifs se saluaient en se souhaitant la paix ; ce n'était souvent qu'une formule, comme notre salut familier. Alors même que sur les lèvres du monde la paix serait mieux qu'une simple formule, mais Un souhait sincère, ce serait encore un souhait inefficace. Le monde ne sait même pas en quoi consiste la paix : comment pourrait-il la créer? Mais sur les lèvres du Seigneur, c'est une assurance efficace, et comme une parole sacramentelle. La paix qu'il laisse aUx apôtres, qu'il leur donne, c'est la sienne, celle dont il jouit en lui-même : le calme surnaturel, la sérénité de cetix qui sont à DieU et se reposent en lui. Le Seigneur fait la réalité de ce qu'il souhaite à ses amis ; c'est pourquoi, de nouveau, se répète l'assurance donnée aux premières lignes du chapitre : Que votre cœur soit sans trouble.

Aussi bien, vous le savez, ce n'est pas une séparation qui se prépare. Je ne vous ai pas dit : Je m'en vais et m'éloigne pour toujours. Je vous ai dit : Je m'en vais, mais pour revenir vers vous. Je vais à la Passion ; mais je vous reviendrai le troisième jour. Je m'en vais chez mon Père ; mais la vie est si courte, un demi-siècle si vite passé, et nous nous retrouverons pour l'éternité ! Je m'en vais de ma présence visible : mais je me dispose à vous donner l'Eucharistie et la présence réelle. — Cependant, la parole du Seigneur était moins explicite ; et la tendresse même de son adieu dut laisser une ombre d'anxiété au cœur et sur les traits des apôtres, car nous le voyons conjurer leur tristesse : Si vous m'aimez vraiment, dit-il, réjouissez- vous donc

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