LA PROMESSE DU PARACLET
de ce que je vais à mon Père, puisque c'est un surcroît de gloire que je vais chercher auprès de lui.
« Car mon Père est plus grand que moi. » D'abord, le Père est la source de la divinité : cette condition étemelle fait que le monde incréé lui-même est comme suspendu au Père, sans aucun détriment de l'égalité absolue des Personnes. D'autre jîart, le Père est plus grand que le Fils, depuis que le Fils, s'étant revêtu d'une nature humaine, s'est abaissé au-dessous des anges. C'est ainsi qu'on explique ordmairemcnt ce passage, dont l'arianisme a tant abusé. La première acception est très théologique, et très conforme aux habitudes de pensée du Seigneur ; la seconde, très exacte aussi et plus facile. On peut se demander pourtant si elles sont en harmonie avec le contexte. Car il faut non seulement trouver une interprétation non arienne, mais encore expliquer comment et à quel titre les apôtres doivent se réjouir du départ de Jésus vers son Père. Ne serait-ce pas que le départ du Seigneur inaugure pour lui une condition nouvelle, l'établit à la droite du Père, dans la possession éternelle de tout ce qu'il s'est acquis pour lui-même et pour les siens? Relisons le texte de saint Paul aux Philippiens (il, 6-11). Aussi longtemps que le Seigneur demeure sur terre, il garde une attitude d'infériorité et de subordination, à raison de son office de Rédempteur et moyennant la nature en qui il peut obéir, s'humilier, souffrir ; il demeure en deçà de cette gloire dont il n'a pas encore fourni la rançon. Mais, son office achevé, Jésus entrera dans la gloire même du Père et s'assiéra à sa droite, comme égal à lui.
Je vous ai dit mon départ, ajoute le Seigneur, je vous ai dit mon retour, et d'avance, afin qu'^après l'accomplissement de ces prédictions, vous croyiez en moi. Il me reste maintenant peu de choses à vous dire encore. Ce n'est pas l'heure de parler, mais l'heure de souffrir. Voici venir le prince du monde, Satan, bien qu'il n'ait rien à réclamer de moi. Le conflit sera dur et le calice amer ; le monde saura que j'aime le Père et que, selon la loi de la charité, j'accomplis toute sa volonté sur m.oi.
« Levons-nous, partons d'ici. » Ces termes ont fait croire que, dès ce moment, le Seigneur et les apôtres sont partis vers Gethsémani ; et les trois chapitres qui suivent ont parfois été groupés sous le titre de « Discours sur le chemin ». Mais outre l'invraisemblance qu'il nous semble apercevoir à ce que de tels enseignements aient été donnés dans le désordre et le décousu d'une
marche nocturne, le premier verset du chapitre xvin nous paraît donner le coup de grâce à cette supposition : Hœc cum dixisset Jésus, y est-il dit, egressus est cum discipulis suis trans iorreniem Cedron. Le Surgite, eamus hinc n'est donc pas le signal du départ, mais le signal d'un simple déplacement dans le Cénacle même. L'évangéliste qui avait rapporté la promesse de l'Eucharistie (vi), et qui n'a pas jugé nécessaire de reproduire le récit de l'institution, bien connu par les Spioptiques et par saint Paul, l'évangéliste a voulu du moins, par cette incise rapide, nous marquer le nioment précis de l'mstitution sacramentelle. A quel autre endroit la pourrait-on situer, dans la série des chapitres de saint Jean? L'Eucharistie est le couronnement divin de tout ce que le Seigneur vient de dire sur l'intimité avec Dieu, au cours du char pitre XIV. Enfin, on remarquera qu'à dater du chapitre xv Faccent n'est plus le même : il s'est passé quelque chose de nouveau ; l'Eucliaristie instituée et reçue explique le caractère singulièrement intime et tendre que prend dès lors la parole du Seigneur.