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CHAPITRE V l'eucharistie

Mt., XXVI. — 26 Coenantihus auiem eis, accepit Jésus panem, et henedixit, ac fregit, deditque discipulis suis, et ait : Accipite et comedite; hoc est corpus meum. ^^ Et accipiens calicem, gratias egit, et dédit illis, dicens : Bibite ex hoc omnes. ^^ Hic est enim sanguis meus novi testamenti, qui pro rnultis effundetur in remissionem peccatorum. 2» Bico autem vobis, non bibam amodo de hoc genimine vitis, usque in diem illum cum ilîud bibam vobiscum novuni in regno Patris mei.

Me, XIV. — 22 ]Ei manducaniihus illis, accepit Jésus panera, et benedicens fregit, et dédit eis, et ait : Sumite, hoc est corpus meum. . 23 Et accepto calice, gratias agens dédit eis, et biberunt ex illo omnes, 2* Et ait illis : Hic est sanguis meus novi testamenti, qui pro muliis effundetur. 25 Amen dico vobis quia jam non bibam de hoc genimine vitis, usque in diem illum cum illud bibam novum in regno Dei.

Le, XXII, — 1^ Et accepto pane, gratias egit, et fregit, et dédit eis, dicens : Hoc est corpus meum, quod pro vobis datur ; hoc facite in meam commemorationem. 20 Similiter et calicem, postquam coenavit, dicens : Hic est calix novum testamentum in sanguine meo, qui pro vobis fundettir.

Le récit de l'institution de l'Eucharistie a été donné quatre fois : par les synoptiques et par saint Paul, dans sa première épître aux Corinthiens (xi, 23-26). L'Église, au canon de la Messe, a ajouté quelques paroles non essentielles. Nous n'avons, à l'heure présente, ni à étudier ces textes au point de vue théologique, ni

même à commenter, comme si elles avaient besoin d'un supplément de clarté, des paroles aussi divinement simples. Au cours du repas, coenantihus autem eis, ou plus précisément : après le repas ordinaire {postquam coenatum est, dit l'Eglise), Jésus prit du pain et, ayant béni Dieu et rendu grâces, il le rompit et le donna à ses disciples, disant : « Prenez, mangez : ceci est mon corps, qui est donné pour vous. Faites ceci en mémoire de mioi. » Il prit de même la coupe, et après avoir rendu grâces, il la leur donna, disant : « Prenez-en tous. Car ceci est mon sang, le sang de l'alliance nouvelle, versé pour beaucoup, en rémission des péchés. » Selon saint Luc : a Cette coupe est l'alliance nouvelle en mon sang, qui est répandu pour vous. » Le sang de l'agneau pascal appartenait à l'ancienne alliance, qu'il scellait et signifiait ; la nouvelle alliance est inaugurée par un sang nouveau (Hebr., IX, 12). Saint Matthieu et saint Marc ajoutent ici quelques jîaroles que saint Luc a placées avant la Cène eucharistique : « En vérité, je vous le dis, je ne boirai plus désormais de ce fruit de la vigne, jusqu'au jour où je le boirai avec vous, et nouveau, dans le Royaume de mon Père. »

Jo., XV. — ^ Ego sum vitis vero, et Pater meus agricola est. 2 Omnem yalmitem in me non ferentem fructum, tollet eum ; et omneni qui fert fructum, purgabit eum, ut fructum plus afferat, ^ Jam vos mundi estis propter sermonem quem îocutus sum vohis. * Manete in me, et ego in vohis. Sicut palmes non potest ferre fructum a semetipso, nisi matiserit in vite, sic nec vos, nisi in me manseritis. ^ Ego sum vitis, vos palmites ; qui manet in me, et ego in eo, hic fert fructum multum ; quia sine me nihil potestis facere. ^ Si quis in me non manserit, mittetur foras sicut palmes, et arescetf et colligent eum, et in ignem mittent et ardet. ' Si manseritis in me, et verha mea in vohis înanserint, quodciimque volueritis petetis, et fîet vohis. ^ In hoc clarifîcatus est Pater meus, ut fructum plurimum afferatis, et efficiamini mei discipuli. ^ Sicut dilexit me Pater, tt ego dilexi vos. Manete in dilectione mea. ^" Si praecepta mea servaveritis, manebitis in dilectione mea, sicut et ego Patris mei praecepta servavi, et maneo in ejus dilectione. ^^ Ilaec Iocutus sum vohis, ut gaudium meum in vohis sit, et gaudium vestrum impleatur.

C'est l'action de grâces, prononcée par le Seigneur lui-même, après la première Messe et la première communion. Nous y

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apprenons la condition vraiment nouvelle où les disciples sont établis en face du Père, en face du Fils, et les Uns avec les autres, et enfin tous ensemble devant le monde. Les apôtres viennent de se partager la coupe du précieux sang. La vie du Seigneur est entrée en leurs âmes. C'est moi, dit le Sauveur, qui suis la vigne, la vraie vigne. L'allégorie de la vigne était consacrée par l'usage de l'Écriture (Is., v, 1-7 ; Jer., ii, 21 ; Ez., xv ; Ps. lxxix). Mais ce n'était que symbole lointain : Jésus est la vraie vigne. Pourquoi la vigne, Seigneur? — Parce qu'elle est humble d'aspect et son bois impropre à tout usage ; j^arcc que son fruit est exquis et réjouit le cœur des hommes. — Pourquoi la vraie vigne? — Parce qu'il en est une autre qui a trahi l'espoir de Dieu (Is., v, 7). Le maître de la vigne, celui qui la cultive et en recueille le fruit, c'est mon Père, c'est le Père céleste. A lui doit revenir tout le fruit. La terre de qui est née cette vigne, c'est la très sainte Vierge Marie.

Le vigneron a soin de sa vigne. Toute branche qui est en moi, mais inutile, et sans porter de fruit, il l'enlève. C'est un sarment stérile : à quoi bon le laisser puiser dans la vigne une sève dont il ne profite pas ? Allusion, sans doute, à Judas. Mais les branches fécondes, celles qui produisent, le Père les émonde, afin qu'elles portent plus de fruit encore. Sa richesse à lui s'accroît de leur fécondité, et ses soms grandissent en proportion de leur rendement ; une sorte d'émulation s'établit entre le vigneron divin et les branches : plus il reçoit d'elles, plus elles reçoivent de lui. En quoi consiste, dans la réalité symbolisée, le fruit dont il est question trois fois au verset 2, nous le saurons bientôt (verset 8). Comme il a été parlé d'un travail du Père qui émonde et purifie Jésus renouvelle aux apôtres, et, cette fois, sans exception, l'assurance déjà donnée plus haut (xiii, 10) : ils sont purs, désormais, à raison de leur attachement au Seigneur et à sa doctrine.

Jusqu'ici, ce n'est encore qUe d'une façon abstraite et imprécise que le Seigneur a dessiné la relation des branches à son Père et à lui-même ; mais les paroles suivantes ne laissent rien à désirer comme tendresse et comme clarté. Manete in me et ego in vohis. On ne peut « demeurer » que là où l'on est : le Seigneur est donc en nous, et nous dans le Seigneur. C'est le baptême, en un sens, qui nous fait entrer dans le Seigneur ; c'est l'Eucharistie qui met le Seigneur en nous. Il s'agit donc pour les disciples de demeurer dans les conditions que leur ont créées ces deux sacrements. L'in-

~(>2 SIXIEME PARTIE, — CHAflTRE V

timité de cette inliabitation mutuelle est décrite avec les formes mêmes qui servent pour désign<r l'intimité du Père et du Fils : demeurez ; ne sortez pas de moi. Il n'y a pas de joie hors de moi. Vous en moi, moi en vous : ainsi, nous serons heureux. — Mais encore, Seigneur, qu'est-ce que demeurer? — C'est chose simple. Demeurer, c'est laisser votre pensée, votre vouloir, votre coeur, votre activité, toute votre âme, tout votre être, là où ils sont, et aux mains de qui vous les avez livré?.

Aussi bien, si vous ne savez pas ce que c'est que demeurer en moi, voyez ce qu'est pour le sarment demeurer dans la vigne. Il est possible sans doute à une branche de demeurer unie au cep sans produire de fmit : il y a des branches folles, stériles, que le vigneron ampute et élague. Mais la branche Une fois retranchée est-elle capable de porter, hors de la vigne, un fruit qu'elle ne produisait pas lorsqu'elle était unie au cep? Le sarment ne peut produire qu'à la condition de demeurer uni à la vigne ; de même pour vous : vous ne sauriez porter de fruit qu'à la condition de demeurer en moi. — Et afin de ne laisser aucune indécision dans l'esprit de ses disciples, le Seigneur ajoute : le cep, c'est moi ; les branches, c'est vous. Celui qui demeure en mjoi, par l'attachement de sa foi, et en qui je demeure, par l'effusion d'une vie qui est mienne, celui-là produit des fruits abondants : mais sans moi, vous ne pouvez rien faire. — Chacim comprend qu'il s'agit de l'ordre surnaturel et des œuvres qui ont un poids devant Dieu, une valeur devant son appréciation souveraine. L'msertion au Seigneur par la foi et le baptême ne nous permet plus d'agir à notre gré, comme affranchis de cette condition juridique nouvelle, à la façon des païens.

Le Seigneur ne dédaigne pas de nous solliciter par notre propre intérêt. Si nous demeurons en lui, nous porterons beaucoup de fruits ; si nous cessons de lui être vitalertient unis, non seulement nous ne porterons aucun fruit, mais notre sort sera terrible. Encore que le nom de Judas ne soit pas prononcé, il est difficile de méconnaître qu'il soit fait ici allusion au traître. Si quelqu'un, dit Jésus, ne s'attache pas à moi, « il a été » mis dehors, comme un sarment inutile : c'est chose faite, il est sans vie désormais et se dessèche : en dehors de la vigne, en dehors de la vie, en dehors de la lumière, il est tellement un élément inutile que le premier venu s'en empare, le jette au feu, et il brûle. Après Ezéchiel (xv, 5), et en commentant ce passage de saint Jean,

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