JKSUS EST LA VRAI* VIGNE T
saiiit Augustin a remarqué que le bois de la vigne est impropre à tout usage et n'a d'autre lieu que la vigne ou les flammes : Unum de duobus polmiii congruii, aut vitis, ant ignis ; si in vite non est, in igné erit : ut ergo in igné non sii, in vite sit.
Si vous demeurez en moi, si mes paroles demeurent en vous, si elles sont la lumière de \'otre intelligenee, la règle de votre volonté, la norme divine de votre activité, demandez tout ec que vous voudrez : il vous sera accordé. Votre prière viendra des suggestions de Dieu même, vous ne demanderez que des biens salutaires, vous ne demanderez à Dieu que les richesses divines : rien ne vous sera refusé. — Tout esprit réfléchi ne manquera pas d'observer combien de fois le verbe « demeurer » est employé au cours de cet entretien ; combien aussi il est question du fruit que doit produire la vigne. Il remarquera encore qu'entre le cep et les branches, et, partant, entre le Seigneur et nous, il y a unité de vie, de sève et d'oeuvres ; qu'il y a, de nous au Seigneur, dépendance absolue, dépendance continue, dépendance croissante, à raison des grâces reçues, chaque jour plus nombreuses, — nous allions même dire dépendance mutuelle, car c'est par nous que le Seigneur travaille aujourd'hui encore et ce sont les branches qui portent le fruit. — In hcc clarifîcaius est Pater meus... La fin de toutes choses c'est que Dieu soit glorifié, qu'il soit reconnu comme Dieu, comme Père, adoré et servi comme tel ; c'est que nous le lui disions, dans nos louanges et dans nos chants, et que toute notre vie le lui signifie : tout notre être retournant à Dieu, comme tout entier il vient de lui : l'adoration en esprit et en vérité. jNIais l'adoration elle-même grandit en son titre avec la dignité de l'adorateur. Or, quand est-ce que le Père est vraiment glorifié? C'est lorsque notre vie produit, et lorsque, de toute notre vie. Dieu recueille ce fruit : notre adoration. Et quand est-ce que cette adoration est la plus haute et la plus parfaite qui soit? Lorsque nous sommes complètement les disciples du Seigneur, enseignés, guidés, déterminés par lui; lorsqu'il ne reste plus en nous que lui-même. Alors monte vers le Père l'hommage de l'adoration complète, parce qu'elle est celle du Christ en nous.
« Comme le Père m'a aimé, ainsi je vous ai aimés moi-même. Demeurez dans mon amour. » Qui n'a songé à l'amour, à la félicité des trois Personnes en leur solitude, en leur société étemelle? Alors qu'il ne peut y avoir chez Dieu nulle indigence, comment
a-t-il voulu aimer au dehors, chercher à être aimé? C'est le mystère. Et sommes-nous donc de la Trinité, nous autres, pour que le Fils de Dieu nous aime depuis l'éternité, comme son Père l'a aimé et l'aime éternellement?... Comment poUvons-nous y penser sans tressaillir? Ainsi, je suis aimé d'un amour qui ressemble à celui du Père pour le Fils, d'un amour premier, continu, infini, immuable, si je le veux. Je suis vraiment baigné et pénétré de cette dilection. Et c'est le Fils de Dieu, comme si j'étais nécessaire à son bonheur, qui me dit : Demeurez dans mon amour ; ce qui signifie directement, non pas : dans l'amour que vous avez pour moi ; mais : dans l'amour que j'ai pour vous. Est-ce qu'on n'y est pas bien? Est-ce que quelque chose peut vous manquer auprès de moi, qui vous aime? Est-il quelque chose qui vous plaise hors de moi? Demeurez à moi et à Dieu. — Je le veux bien. Seigneur ; mais que me faudra-t-il faire? — Quand on entre dans la Trinité, il faut prendre les mœurs de la Trinité. Demeurez dans ce réseau de la tendresse divine, et vivante, et personnelle, qui vous enveloppe tout entier, demeUrez-y par toute votre activité, par une adhésion constante et pratique à ce que je veux de vous, — que ma volonté vous soit témoignée par des préceptes, par les événements, par les circonstances, par les inspirations de ma grâce. En gardant mes commandements, vous demeurerez dans mon amour ; de même que j'ai gardé, moi, les commandements de mon Père et que je demeure en son amour. Si je vous parle ainsi, c'est afin que la joie du Fils soit en vous, et que votre joie soit achevée et parfaite.
Jo., XV. — - ^^ Hoc est praeceptum niewn, ut diligatis invicem sicut dilexi vos. ^^ Majorem hac dilectionem nenio habet, ut animam suam ponat quis pro amicis suis. ^^ Vos amici mei estis, si feceritis quae ego praecipio vohis. ^^ Jmn non dicam vos servos, quia serviis nescit quid faciat dominus ejus. Vos autem dixi amicos, quia omnia quaecumque audivi a Pâtre meo, nota feci vohis. ^^ Non vos me elegistis ; sed ego elegi vos, et posui vos ut eatis, et fructum offeratis, et fructus vester maneat; ut quodcumque petieritis Patrem in nomine meo, det vohis. ^^ Haec mando vohis, ut diligatis invicem.
C'est donc une charte d'unité universelle qui nous est octroyée par le Seigneur. Nous avons vu la révolution accomplie dans nos
LE COMMANDEMENT DU SEIGNEIR l«o
relations avec le Père, avec le Fils : quelles seront désormais, et à raison de ce même changement j^rofond, nos relations avec le prochain? Un instant auparavant le Seigneur nous a parlé de ses volontés et de ses préceptes ; mais cette multiplicité et cette variété, il semble maintenant les ramener à un seul i^récepte, le sien : la charité. Mon commandement, c'est que \ous vous aimiez les uns les autres. Vous aimerez : c'est mieux que la froide justice ; c'est j^lus clair que les prohibitions. Les dix commandements ne sont que les morcellements ou les épanouissements de la charité. Tout est simplifié et facilité : un seul précepte à accom- ])lir, et qui ruine en nous les formes diverses de Tégoïsme. Dès lors, se réalise dans toute son étendue la seule volonté de Dieu ; c'est vraiment le règne de Dieu sur la terre.
Et dans l'accomplissement de ce précepte, il nous est enjoint d'aller jusqu'à la perfection : nous nous aimerons comme le Seigneur nous a aimés. Cela est possible, parce que nous sommes dans le Seigneur. C'est avec son cœur, sa pensé?, son intention, c'est avec sa gravité, sa longanimité que nous aimerons. Et, comme lui, nous aimerons « jusqu'à la fin » : l'indice de la i^erfection dans la charité sera de donner notre vie pour ceux vers qui elle s'incline, amis ou ennemis. « Personne, dit Jésus, ne peut porter l'amour plus lom que de donner sa vie pour ceux qu'ij aime. » Le Seigneur ne fait pas allusion seulement à l'héroïsme du sacrifice qu'il accomplira dans quelques heures, ni au dévouement du martyre, ni à l'exercice d'une dilection allant jusqu'à la mort : mais il envisage aussi l'appartenance constante et douce à la loi de la charité. Car c'est vraiment donner sa vie que de la consacrer toute au procham.
Vous êtes mes amis, vous demeurez enveloppés de ma tendresse, si vous accomplissez ce que je vous commande, si vous aimez vos frères. C'est le Nouveau Testament qui commence. Dorénavant, on ne vous appellera plus serviteurs ou esclaves (Gai., iv, 7 ; Rom., VIII, 15). Le serviteur fait partie de la famille, selon la conception antique, mais il n'est pas initié à ses secrets. Il ne prend aucune part aux délibérations, il n'est pas de l'intimité ; il travaille à l'exécution d'une pensée qu'il ne connaît pas. Le secret de la vie de Dieu, la Trinité, l'universalité du plan divin, les choses de l'éternité, tout cela n'a pas été manifesté au serviteur, au Juif. Mais les enfants, les aimés, les aimants, sont renseignés, eux. Vers eux s'incline le cœur du Père, et le Fils ne leur a laissé
ignorer rien de ce qu'il a mission de dire. « Je vous ai appelés des amis, parce que tout ce que j'ai entendu de mon Père, je vous l'ai fait connaître. »
Habituellement, Ihomme choisit son maître et se range à la discipline et à la doctrine de celui qu'il i^réfère. Il en va autrement ici. C'est l'amour de Dieu qui est premier. Comme tel, c'est lui encore qui assure la fermeté de son choix. Ce n'est pas vous, poursuit le Seigneur, qui m'avez choisi : c'est moi qui vous ai élus comme amis, comme disciples, comme apôtres ; moi qui vous ai établis et envoj'és pour que vous alliez de vertu en vertu, pour que vous produisiez du fruit, un fruit qui demeure éternellement. « Ainsi, tout ce que vous solliciterez de mon Père, en mon nom, il vous l'accordera. » Peut-être faut-il voir dans le verset 16 une garantie de cette charité fraternelle dont il a été parlé depuis le verset 12 : les disciples sont, eu groupe, les amis du Seigneur ; ils ont été, ensemble, choisis par lui ; ils aimeront, en chacun, l'élection de Dieu ; leur vertu croîtra dans leur charité ; et l'efficacité d'une prière adressée à Dieu, d'un seul cœur et d'une seule âme, en unité avec le Fils de Dieu, sera souveraine. Aussi le Seigneur revient -il, sous forme de conclusion, au précepte de la charité fraternelle : ce que je vous commande, c'est de vous aimer les uns les autres.
Jo., XV. — ^^ Si mundus vos odit, scitote quia me priorem vohis odio habuit. ^^ Si de mundo fuissetis, mundus quod suum erat diligeret ; quia vero de mundo non estis, sed ego elegi vos de mundo, yropterea odit vos mundus. -° Mementote sermonis mei, quem ego dixi vohis : Non est servus major domino suo. Si me yersecuti sunt, et vos persequentur ; si sermonem meum servaverunt, et vestrum servahunt. ^^ Sed liaec omnia facient vohis propter nomen meum, quia nesciunt eum qui misit me. ^^ Si non venissem, et locutus fuissem eis, peccatum non haberent ; nunc autem excusationem non hahent de peccato suo. ^^ Qui me odit, et Patrem meum odit. ^* Si opéra non jecissem in eis quae nemo alius fecit, peccatum non hahevent ', nunc autem et viderunt, et oderunt et me, et Patrem meum. 2° Sed ut adimpleatur sermo qui in îege eorum scriptu^ est : Quia odio hahuerunt me gratis. ^^ Cum autem venerit Paraclitu^, qu£m ego mittam vohis a Paire, Spiritum veritatis, qui a Pâtre procedit, ille testimonium perhibebit de me. -' Et vos tesiimonium perhibebitis, quia ah initio mecum estis.