CE QUE LE MONDE RÉSERVE AUX DISCIPLES
Relations des disciples avec Dieu, relations des diseiples entre eux, avons-nous dit : il s'agit désormais des relations du diseiple avec le monde. Le monde, c'est, d'après le contexte, cette portion de l'humanité qui constitue sa fin ici-bas, qui veut ignorer Dieu, qui a Satan pour chef. Les apôtres apportent la vérité, la grâce, la bénédiction, la paix, la vertu ; ils ne font pas de mal : est-ce qu'ils seront accueillis? Bénéficieront-ils du moins de la dédaigneuse tolérance accordée à ceux qui nous ijroposent un produit inoffensif dont nous n'avons nul besoin? On a laissé tant de sages ou même de rêveurs philoso2)hcr à leur aise ! Le sort des apôtres ne sera pas celui-là. Ni reconnaissance, ni même tolérance de la part du monde, mais seulement la haine, gratuite, parfois cruelle et sauvage. Ne vous en étonnez pas, dit le Seigneur. Si le monde vous hait, sachez qu'il m'a haï avant vous. Si vous étiez du monde, le monde aimerait ce qui est sien. Mais parce que vous n'êtes pas du monde et que je vous ai séparés du monde, c'est pour cela qu'il vous déteste. Loin de vous déconcerter, la persécution vous apportera une joie secrète : vous y trouverez un indice de plus de votre appartenance au Fils de Dieu. Voyez donc si c'est là une haine que vous ayez le droit d'apaiser avec des concessions, des transactions, des compromis.
Il est normal que le monde combatte ^"ot^e influence, qu'il redoute vos œuvres et votre action, qu'il s'ingénie surtout à déconcerter votre service d'intercession et de louange, qu'il soit avide de vos biens, même que votre habit l'importmie. Cette haine est satanique : c'est moi qu'elle vise en vous. Vous vous rappellerez, au cours des siècles, la parole que je vous disais naguère : le serviteur n'est pas plus grand, plus favorisé que son maître (xni, 16). C'est une condition glorieuse que vous partagerez avec moi. Notre sort est commun. S'ils m'ont persécuté, ils vous jDersécuteront ; s'ils ont gardé ma parole, ils garderont aussi la vôtre. Ceux qui vous écouteront le feront à cause de moi ; ceux qui se montreront hostiles, le seront à cause de mon nom.
Cette haine naîtra des dispositions du cœur de chacun. Comme elle est sans motif, elle sera injustifiable. Si je n'étais pas venu, si je ne leur avais pas parlé, peut-être auraient-ils pu se réclamer de leur ignorance et se prétendre exempts de faute. Mais, à présent, ils ont entendu, et leur péché est sans excuse. Si je n'avais fait parmi eux des œuvres telles qu'aucun autre n'en a réalisé, ils n'auraient point de péché. Mais à présent, ils ont vu, et ils ont
enveloppé dans une même haine et moi et mon Père : car celui qui me hait hait aussi mon Père. II a donc fallu qu'elle s'accomplît cette parole inscrite dans leur Loi : Ils m'ont poursuivi d'une haine sans motif ! (Ps. xxxiv, 19.) Encore quelques heures, et la haine des Juifs sera assouvie. Le Seigneur, qui sait, n'en est nullement troublé. La diffusion de la vérité n'en sera pas arrêtée, ni l'œuvre divme déconcertée. On ne supprime pas le Fils de Dieu. On ne tue pas la Vérité. L'Esprit de Dieu, le Consolateur, viendra : Je vous l'enverrai d'auprès de mon Père. C'est l'Esprit de vérité, procédant du Père, et, à ce titre, envoyé par lui. Il procède aussi du Fils, car le Fils l'envoie comme le Père ; et il rendra témoignage au Fils, comme le Fils rend témoignage au Père. Puis avec l'Esprit de Dieu, sous son influence et sa direction, les apôtres à leur tour seront les témoins du Christ ; ils diront au monde, au prix de leur vie, ce qu'ils ont appris du Seigneur, eUx qui furent avec lui depuis le commencement de son ministère (Act., i, 21-22).
Jo., XVI. • — ^ Haec locuius sum vobis, ut non scandaUzeminû 2 Absque synagogis facient vos ; sed venit liora, ut omnis qui inierficit vos, arbitretur obsequimn se praestare Deo. ^ Et haec facient vobis, quia non noverunt Patrem, neque me. * Sed haec locutus suJm vobis, ut cum venerit hora eorum, reminiscamini quia ego dixi 'vobis. ° Haec autem vobis ab initio non dixi, quia vobiscum eram. Et nunc vado ad eum qui misit me ; et nemo ex vobis interrogat me : Quo vadis? ^ Sed quia haec locutus sum vobis, tristitia implevit cor vestrum. "^ Sed ego veritatem dico vobis : expedit vobis ut ego vadam ; si enim non abiero, Paraclitus non veniet ad vos ; si autem abiero, mittam eum ad vos. ^ Et cum venerit ille, arguet mundum de peccato, et de justitia, et de judicio. ^ De peccato quidem, quia non crediderunt in me ; ^^ de justitia vero, quia ad Patrem vado, et jam non videbitis me ; '^^ de judicio autem, quia princeps hujus mundi jam judicatus est. ^^ Adhuc multa habeo vobis dicere ; sed non potestis portare modo. ^^ Cum autem venerit ille Spiritus veritatis, docebit vos omnem veritatem. Non enim loquetur a semetipso ; sed quaecumque audiet loquetur, et quae ventura sunt annuntiabit vobis. ^^ Ille me clarificabit, quia de meo accipiet, et annuntiabit vobis. ^^ Omnia quaecumque habet Pater, mea sunt. Propterea dixi : Quia de meo acc'.piet, et annuntiabit vobis.
CE QUE FERA LE f'ARACLET POUR LBS DISCIPLES ET LE MONDE 769
La voix poursuit, douce, encourageante, voilée seulement de tristesse, et mêlant l'assurance de la venue de l'Esprit à la prophétie des persécutions. Elle tempère ainsi l'austérité des prédictions par la garantie divine des consolations et des forces qu'apportera le Paraclet. Je vous ai ouvert ces perspectives, dit le Seigneur, afin que vous ne soyez pas scandalisés, ébranlés, ni ralentis dans votre marche en avant. On vous chassera des synagogues, vous serez des excommuniés. Vous n'aurez plus de famille religieuse de qui vous puissiez vous réclamer. Et, dès lors, vous deviendrez des êtres maudits. Les hommes se persuaderont, en vous mettant à mort, offrir à Dieu un sacrifice d'agréable odeur ; n'est-ce pas faire acte de piété que détouffer le blasphème? Oui, dans leur passion, ils pourront peut-être raisonner ainsi; les hommes parviennent à se persuader tout ce qu'il*; veulent ; en réalité, ils vous traiteront de la sorte parce que vous êtes à mon Père et à moi, et qu'ils ne veulent reconnaître ni mon Père ni moi.
Peut-être jugerez-vous qu'il eût mieux valu ne pas assombrir l'heure présente, la dernière que nous passions ensemble, par de tels pressentiments ; mais j'ai voulu que vous fussiez avertis. Lorsque viendra l'heure de l'épreuve, vous vous souviendrez que je vous l'ai prédite : votre foi et votre courage s'en accroîtront. — Ce n'est pas que le Seigneur n'eût annoncé, et à plusieurs reprises, ses propres souffrances ; mais peut-être n'avait-il jamais parlé si clairement de la part qu'y auraient ses disciples. Jamais encore il ne leur avait révélé l'appui que l'Esprit de Dieu leur apporterait par sa présence : leur âme n'était pas assez forte encore, et il n'y avait pas urgence de parler, alors que la souffrance était lointaine et que le Seigneur demeurait avec eux. Mais aujourd'hui, il s'éloigne, il s'en retourne à son Père, qui l'a envoyé et par quelle voie sanglante, les apôtres ne l'ignorent pas. Aussi, avertis comme ils le sont de la Passion de leur Maître, ils ne lui demandent plus, comme naguère : Où allez-vous. Seigneur? Ils le savent trop. « Parce que je vous ai prédit ces choses, dit Jésus, la tristesse a rempli vos cœurs. Pourtant, je vous dis la vérité : c'est un bien pour vous que je m'en aille. Car, si je ne m'en vais pas, le PaTaclet ne viendra pa à vous ; tandis que, si je m'en vais, je vous l'enverrai. » L'économie des œuvres divines ajournait l'effusion de l'Esprit de Dieu jusqu'après l'entrée du Pontife dans le tabernacle éternel (Jo., vu, 39). Alors seulement