‹ L'évangile de notre-Seigneur Jésus-ChristChapitre 280 sur 340 · L'ABSENCE DU SEIGNEUR N'EST QUE POUR UN TEMPS · texte numérisé non relu

L'ABSENCE DU SEIGNEUR N'EST QUE POUR UN TEMPS

des apôtres (versets 5 et 6); mais voici qu'il ajoute à sa prophétie des précisious qui ne sont pas aussitôt comprises : « Un peu de temps, et vous ne me verrez plus ; et, de nouveau, un peu de temps, et vous me verrez... Car je m'en vais vers le Père. » Cette réflexion du Seigneur parut obscure aux apôtres ; elle leur sembla renfermer une contradiction. Que signifiait en effet ce peu de temps, cet intervalle, i)assé lequel reparaîtrait le Seigneur? Comment serait- il tout à la fois avec son Père et avec eux? La pensée des apôtres flottait indécise. Ils n'osaient interrompre leur Maître : la solennité de l'heure imposait le silence. Mais ils répétaient la phrase mystérieuse et s'interrogeaient les uns les autres, comme à la dérobée : Que veut -il dire par ce peu de temps ? Nous ne parvenons pas à nous l'expliquer.

Le Seigneur, qui lisait dans les âmes de ses disciples et pouvait apercevoir leurs questions secrètes, comprit qu'ils auraient désiré l'interroger. « Vous vous demandez, dit-il, quel est le sens de mes paroles : Un peu de temps, et vous ne me verrez plus ; et, de nouveau, un peu de temps, et vous me verrez?... » Sans doute, en parlant ainsi, il songeait à Téloignement momentané de la Passion et à la joie de la Résurrection. Mais cette disparition et ce retour étaient, à ses yeux, le symbole d'un autre départ et d'un autre retour : le départ vers son Père, à l'Ascension, et la réunion avec ses disciples, dans l'éternité. Jusque-là, les apôtres auront à travailler et à semer dans les larmes, en l'absence de leur Maître. En vérité, en vérité, vous pleurerez et vous gémirez, vous autres, tandis que le monde se divertira. Peut-être même ses joies se composeront-elles de vos douleurs ; vous aurez l'air d'être les dupes d'une chimère, pendant qu'il triomphera dans ses joies épaisses. Mais le deuil où vous serez plongés ne durera qu'un instant, et votre tristesse se changera en joie, en la joie étemelle.

« La femme gémit quand elle enfante, parce que son heure est venue. Mais lorsqu'elle a donné le jour à son enfant, elle ne se souvient plus de ses souffrances ; elle n'a que de la joie, car un homme est venu au monde. Et vous aussi, maintenant, vous êtes dans l'affliction, mais je vous verrai de nouveau, et votre cœUr se réjouira, et votre joie, personne ne vous la ravira. » Au lieu de l'égoïsme naturel que produit en nous la souffrance, le Seigneur, à deux pas de la Passion et de la mort, semble n'être occupé et soucieux que de la peine de ses apôtres. La liberté de

m SIXIÈME PARTIE. — CHAPTRE V

son âme est entière ; il ne songe qu'à les consoler. Il fait mieux. Bientôt, il va donner naissance à une humanité nouvelle, par un enfantement douloureux ; et au lieu de s'attribuer à lui-même cette divine fécondité, il en fait remonter l'honneur à la souffrance des siens. Qu'importe la tribulation du temps? Nous n'y penserons plus lorsque l'homme nouveau aura été donné à Dieu, lorsque l'Église louera Dieu, lorsque le nouvel Adam paraîtra devant le Père avec la postérité qui aura germé dans son sang. Il n'est besoin, pour se donner du cœur, que de s'établir dans les perspectives qui nous sont ouvertes par le Sauveur. Un instant d'angoisse, puis la joie sans fin, dont la plénitude ne nous laissera rien à désirer, rien à apprendre. Nulle puissance créée n'est capable de nous la ravir. Alors tous les désirs seront comblés. Au grand jour de l'éternité et de la vision, lorsque les voiles seront déchirés, tous les secrets de Dieu révélés, les disciples n'auront plus à solliciter la lumière, ils n'auront plus rien à demander à leur Maître. Et in illo die me non rogahiiis quidquam.

Dès maintenant, et au cours du temp?, aujourd'hui que le prix de la Rédemption a été versé, que le chrétien appartient à la vie de Notre-Seigneur Jésus-Christ, qu'une région d'entente a été ménagée entre l'homme et Dieu, l'homme peut s'adresser au Père directement et en toute confiance. En vérité, en vérité, déclare le Seigneur, si vous demandez quelque chose au Père en mon nom, il vous le donnera. Jusqu'aujourd'hui, les conditions étaient autres : vous n'avez rien demandé en mon nom ; vous ne le pouviez pas. Il n'y avait pas entre nous cette unité de vie qui vous permet maintenant de parler au Père avec le même accent que moi, avec la même assurance. Mais, dorénavant, une ère nouvelle est ouverte. Demandez donc, et vous rece^rrez. Vous n'avez qu'à tendre la main, vous avez droit à Dieu, et votre joie sera entière.

Jo., XVI. — 25 iifig(^ in proverbiis locutus sum vohis. Venii hora cum jam non in proverbiis loquar vohis, sed palam de Pâtre annuntiaho vohis. ^s in iUo die in nomine meo petetis; et non dico vohis quia ego rogaho Patrem de vohis; 2' ipse enini Pater amat vos, quia vos me amastis, et credidistis quia ego a Deo exivi. ^^ Exivi a Pâtre, et veni in mundum ; iterum relinqux) munduni, et vado ad Patrem. 2» Dicunt ei discipuli ejus : Ecce nunc palam loqueris, et

VENU DU PÈRE JÉSUS REïDURNt: AU l'LRE 773

proverbiiini nullum dicis. *" Nunc scimus quia sois omnia, et non opus est tibi ut guis te interroget; in hoc credimus quia a Dec existi. *^ Respondit eis Jésus: Modo creditis? ^^ Ecce venit hora, et jatn venit, ut dispergamini unusquisque in propria, et me solum relinquatis ; et non sum solu^, quia Pater mecum est. ^^ Haec locutus stini vobis, ut in me pacem habeatis. In mundo pressuram habebitis ; sed confidite, ego vici mundum.

L'Ancien Testament finit. Ce n'est plus Tépoquedes promesses ni des synxboles. Léducatioii bumaturelle du peuple de Dieu s'achève. Dans toute l'économie religieuse qui a précédé et jusqu'à l'heure présente, j'ai parlé en figures, j'ai voilé la vérité pour des yeUx humains qui ne pouvaient encore en soutenir l'éclat. Mais vient l'heure où je vous parlerai sans ambages et sans voiles : à dater de la descente de l'Esprit de Dieu et de la rénovation des choses, vraiment recréées ce jour- là. Alors, c'est ou\'crtement que je vous parlerai du Père, lorsque l'Esprit vous fera comme il convient prononcer son nom : ... in quo clamamus : Abba, Pater ! Qui est-il donc, ce Père, pour que le Fils ne nous parle que de lui, pour que toute la vie terrestre du Verbe Incarné ne soit qu'un entretien intime avec lui, pour que l'Esprit n'ait d'autre fonction que de former en nous l'accent de son Fils? Saint Philippe avait raison : « Seigneur, montrez-nous le Père, et cela nous suffit. »

En ces jours de l'Église, continue le Seigneur, parce que toute faute aura été effacée et que rien ne séparera plus l'homme de Dieu ; bien plus, parce qu'il y aura mie région vivante, le Verbe Incamé, où l'homme et Dieu se seront donné rendez-vous ; en ces jours-là vous demanderez en mon nom, au titi'e de ma vie qui est en vous. Je serai dans votre prière. Mon office d'avocat ne consistera pas à prendre la parole auprès de mon Père, en votre faveur ; ce rôle extérieur d'un intermédiaire officieux n'est requis que lorsque l'intéressé ne peut se faire entendre lui-même, soit parce qu'il n'est pas agréé en sa personne, soit parce qu'il n'a pas la voix et l'éloquence nécessaires pour plaider lui-même sa cause. Mais je n'aurai pas, dit Jésus, à prier pour vous le Père. Vous n'êtes plus des étrangers pour lui. LePère céleste lui-même vous aime parce que vous m'avez aimé et parce que vous avez cru que je suis né de lui. Je suis venu du Père, en effet ; engendré de son sein, et sans le quitter, je suis venu dans le monde. Maintenant, ma mission terminée, je sors du monde et retourne

à mon Père. — Nous avons ici la récapitulation, le sommaire de toute l'œuvre divine : le Verbe de Dieu se faisant chair et venant sur terre pour recueillir la grande famille humaine et la présenter à Dieu.

Au verset 29, les apôtres prennent la parole, et pour la première fois depuis le commencement de l'action de grâces, car l'incident rapporté au verset 17 n'avait pas le caractère d'une interruption. Jamais le Seigneur n'avait parlé de lui et de sa mission avec une telle clarté. Les disciples se réjouissent ; ils s'applaudissent d'une foi, désormais adulte et achevée, qui leur a obtenu d'entendre la vérité tout entière. Même, ils ne sont pas éloignés de féliciter le Seigneur de ce qu'il leur parle sans réticences, et en renonçant aux formules paraboliques : Vous nous traitez maintenant comme de vrais disciples ! En effet, nous comprenons maintenant par l'expérience qUe vous savez toutes choses, que même les secrets des cœurs vous sont connus (verset 19) : nul n'a besoin de vous interroger, puisque vous allez de vous-même au-devant de la pensée. En présence de ce discernement divin, comment ne croirions-nous pas, selon votre parole, que vous êtes sorti de Dieu?

Le Seigneur ne méconnaît jjas la foi de ses apôtres ; mais, en face de leur assurance du moment, non exempte d'une douce naïveté, il songe à leur faiblesse réelle et leur rappelle où se puise la force. Il est vrai, dit-il, vous croyez maintenant. Mais voici venir l'heure, même elle est arrivée, où vous vous disperserez tous, chacun de votre côté, et me laisserez seul... « Pourtant, ajoute-t-il, je ne suis pas seul, car le Père est avec moi. » L'abandon des siens, l'effrayante solitude, la souffrance, l'horreur du péché, la perte des âmes, même le délaissement de son Père, tout ce déluge n'atteindra que sa nature humaine. Et il convient qu'il le déclare : sinon, nous serions capables de l'oublier, en regardant se dérouler la Passion. Son Père est toujours avec lui ; la joie de la Trinité est sauve. Même, la joie béatifique de la vision demeure pour l'âme du Seigneur : seulement, elle ne se répand plus sur toute une région de sa vie que le Fils de Dieu livre volontairement à la douleur. De cette angoisse les disciples auront une part : le monde les traitera un jour comme il a traité leur Maître. Ayez confiance, dit Jésus, ayez bon courage ; j'ai triomphé du monde. Je vous ai dit toutes ces choses, afin qu'en moi vous puisiez la paix.

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