‹ L'évangile de notre-Seigneur Jésus-ChristChapitre 281 sur 340 · LE SEIGNEUR DEMANDE AU PÈRE POUR LUIMKME T · texte numérisé non relu

LE SEIGNEUR DEMANDE AU PÈRE POUR LUIMKME T

Jo., XVII. — ^ Haec locutus est Jésus, et suhlevatis oculis in caelum, dixii : Pater, venit hora, clarifica Filiiim tuum, ut Filius tuus darificet te ; ^ sicut dedisti ei potestatem omnis carnis, ut omne quod dedisti ei, det eis vitam aeternam. ^ Haec est autem vita aeterna : ut cognoscant te, solum Deum verum, et quem misisti, Jesum Christum. ^ Ego te clarificavi super ierram ; opu^ consummavi, quod dedisti niihi ut faciam. ^ Et nunc clarifica me tu, Pater, apud temctipsum, claritate quam hahui, priusquam viundus esset, apud te. ■ .

Écoutons, en ce chapitre xvii de saint Jean, les dernières paroles et comme le testament du Seigneur. C'est le plus profond de son cœur qui se livre à nous. Nous y découvrirons les secrets conseils de Dieu, un écho des entretiens de la Sainte Trinité, une vision d'éternité.

Il est trois moments distincts dans cette prière. Le Seigneur prie et demande pour lui-même (1-5), pour ses disciples présents, le noyau de l'Église (6-19), pour tous ceux qui croiront en lui, à la parole des apôtres (20-26).

Désormais lé Seigneur ne s'adresse plus qu'à Dieu. Il lève les yeux vers le sanctuaire incréé, pour une prière sacerdotale. Il ne dit pas mon Père ; il ne dit pas notre Père, mais simplement Père. Il ne se lasse pas d'invoquer Dieu sous ce nom, que nous retrouverons, en ce seul chapitre, six fois sur ses lèvres. « Père, l'heure est venue. » L'heure présente résume les temps qui ont précédé et prépare les temps qui suivront encore ; elle retentira dans toute l'éternité. Elle est vraiment solennelle et unique. C'est la dernière heure du jour, où le moissonneur fatigué achève, dans un effort suprême, de mériter son salaire. Mais pour nous, pauvres mortels, cet entretien du Fils avec son Père est inexplicable tout d'abord. N'y a-t-il pas méprise à demander de la gloire à cette heure même où le Fils de Dieu marche, et il le sait, vers l'humiliation et la douleur? Car il dit : « Glorifiez votre Fils, afin qUe votre Fils à son tour vous glorifie ! » Est-ce bien de gloire qu'il est question pour vous, Seigneur?... Mais pour lui la Passion n'est pas le terme ; elle est le chemin. Sa mort est une rançon ; et tel est le bien qu'il veut obtenir i^ar elle qu'il ne regarde pas au prix versé (Hebr., xii, 2).

Mais encore, en quoi consiste cette gloire dont le Fils de Dieu nous a parlé déjà (xii, 23, 28) et qu'il sollicite aujourd'hui de

son Père? Dans un instant (verset 5) il nous dira : « Ce que je vous demande, Père, c'est la gloire même que j'ai possédée en vous éternellement. » Hé quoi ! solliciter de son Père une gloire qui n'a jamais ces^é de lui appartenir? Ne l'oublions j^as, selon la doctrine commmie, toute gloire consiste dans la clara notitia cum laude, une grandeur réelle, connue au loin. Pour posséder la gloire, il faut être grand, et qu'on le sache. La gloire de Jésus-Christ est d'être Dieu, grandeur souveraine ; mais ce n'est pas là sa grandeur iiersonnelle ; elle lui est commune, elle lui est une avec le Père et le Saint-Esprit. Sa gloire personnelle est d'être Fils de Dieu, d'avoir reçu de son Père toute la richesse et la grandeur de Dieu, et que le monde le sache.

Mais comment le saurons-nous, comment nous sera-t-il donné d'apercevoir la filiation divine, aussi longtemps que nous sommes loin de la vision, simples pèlerins du sanctuaire où se produit cette naissance ineffable? Le voici : le signe et l'indice de la filiation selon l'Apôtre, c'est l'hérédité : Si filii, dit-il, et haeredes (Rom., VIII, 17 ; Gai., iv, 7). Nous reconnaîtrons le Fils de Dieu à ce signe : qu'il est héritier, et que tous les biens du Père sont à lui. Filius meus es tu, ego hodie genui te. Postula a me, et dabo tibi génies haereditatem tuam, et yossessionem tuam terminos terrae (Ps. Il, 7-8). De par sa naissance éternelle, le Seigneur est héritier des nations, maître des âmes, riche de toute la richesse paternelle. Et ce qu'il demande, dans sa prière suprême, ce n'est ni sa gloire essentielle comme Dieu, ni, à proprement parler, sa gloire personnelle comme Fils de Dieu, mais la traduction réelle et la manifestation, aux j^eux de tous, de cette gloire propre au Fils, au Christ de Dieu. Il demande à son Père que le monde des âmes lui soit remis, comme son héritage de droit, et qu'à cette marque, toute créature confesse qu'il est le Fils de Dieu. Tel sera, en effet, le fruit de la Passion : Et ego si exaltatus fvsro a terra omnia traham ad meipsum.

Et si le Fils réclame sa gloire, ce n'est pas pour en jouir seul et s'y complaire : il est Fils à ce point qu'il ne veut cette gloire que pour glorifier son Père : ut Filins tuus clarificet te. Ayant tout reçu des mains du Père, sa fonction propre est de ramener au Père, dans Un hommage éternel, et lui-même, et toute l'humanité nouvelle dont il est le chef. Ainsi, Père, donner la gloire à votre Fils, c'est réaliser votre promesse, et lui remettre l'exercice de cette autorité souveraine constituée en sa maùi dès le jour

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