LE SEIGNEUR PRIE POUR SES DISCIPLES
Dieu, non spécialement Thommage rendu au Père. Je ne me suis pas borné là. J'ai, dans toute ma vie et par ma parole, fait œuvre de Fils. C'est votre nom de Père que j'ai révélé à ces hommes prélevés par vous sur le monde et confiés par vous à mes soins. Ils étaient à vous, et c'est pour cela qu'ils ont titre à vous être présentés. Vous me les avez donnés, en même temps que votre être et votre pensée divine, — car le Fils de Dieu procède de la connaissance que DieU a de lui-même et des créatures, de celles en particulier qui sont aimées de lui. A ces âmes qui sont vôtres et qui sont miennes j"ai enseigné votre nom. Je leur ai dit que vous êtes Père ; elles ont accueilli ma parole et reconnu que tout ce que je suis me vient de vous. Leur ijensée est conforme à notre pensée, car les jjaroles que vous m'avez dites, elles les ont reçues de moi et ont reconnu qUe je suis né de vous et que c'est avec mission de vous que je suis venu dans le monde. Il y a désormais unité parfaite entre vous, moi et elles.
Après que le Seigneur a présenté les disciples à Dieu, la prière commence. Elle ne saurait être déçue. C'est moi, votre Fils, qui vous prie pour eux. Je ne suis pas un étranger jDOUr vous ; eux non plus. Ce n'est pas pour le monde, pour ceux qui ne vous connaissent pas, que je vous implore maintenant, mon Père ; c'est pour ceux que vous m'avez donnés, et qui, dans mes mains, demeurent à vous ; car tout ce qui est à moi est à vous, comme tout ce qui est à vous est à moi. Et s'il faut ajouter quelque chose, je le dirai : cette gloire que je vous demande me sera procurée par eux. Ils m'ont reconnu déjà comme votre Fils ; dans la suite, ils le diront au monde, et chacun saura, grâce à eux, que je suis le Fils de Dieu.
Demam ils seront orphelins ; car je viens à vous, et eux demeurent dans le monde, où je ne serai plus avec eux. Père saint, gardez ceux que vous m'avez donnés ; gardez-les dans votre puissance, dans votre tendresse, parce qu'ils sont vôtres : je vous en prie au nom de vous-même ; qu'ils soient un, comme nous, comme le Père et le Fils. Alors que j'étais avec eux, j'ai veillé sur eux comme sur un bien qui est à vous; j'ai gardé en votre nom ceux que vous m'avez donnés; et nul d'entre eux n'a péri, sauf celui qui a voulu obstmément périr, le fils de perdition, accomplissant ainsi l'Écriture. Mais aujourd'hui je sors du monde, pour aller vers vous. Père ; ils demeureront, seuls et faibles, au milieu d'un monde hostile. Si je parle
de la sorte, avant de les quitter et tandis que je suis encore ici-bas, c'est afin que ma joie soit en elix, et dans sa plénitude.
Il est facile de comprendre le motif qUe fait valoir ce plaidoyer divin. Lorsqu'il vivait sur terre, le Seigneur était lui-même le lien et le guide de la société apostolique. Mais aujourd'hui qu'il se retire et que les paroles sorties de son cœur pour assurer la joie de ses disciples sont les dernières qu'il prononce avant de mourir, il convient que la tendresse du Père s'étende désormais sur eux avec un surcroît de sollicitude ; dorénavant, ils s'appuieront sur le Père, comme le Fils s'appuie sur lui. Tout plaide donc auprès du Père en leur faveur : ils sont au Père, ils sont au Fils, ils n'appartiennent plus au monde, ils sont de chez Dieu. Je leur ai communiqué votre parole, continue le Seigneur ; et le monde les a pris en haine, parce que, non plus que moi, ils ne sont du monde. Néanmoins, comme ils ont une mission à remplir et mon œuvre à achever, je ne vous demande pas de les retirer du monde, mais de les défendre contre le méchant. Ils ne sont pas plus du monde que je n'en suis moi-même.
Sanctifica eos in veritate. Le Seigneur assigne à l'intervention de son Père un but défini. Les apôtres forment ensemble le noyau de la société surnaturelle, de l'humanité future, préparée par le Fils de Dieu. Ils sont l'anneau premier qui unit les âmes au Seigneur et à Dieu. « Si nous vous écrivons ces choses, dit saint Jean (I Jo., i, 3), c'est afin que vous nous soyez unis, et que notre société soit avec le Père et avec son Fils, Jé>us-Christ. » La dignité des apôtres était mcomparable ; leur sainteté aussi devait être éminente. Plus on approche de Dieu, plus il convient d'être revêtu de pureté et de perfection. Sanctifiez-les, dit le Seigneur, dans la vérité, c'est-à-dire par une foi chaque jour plus haute en la parole qu'ils ont reçue de moi ; car cette parole est vôtre, mon Père, et elle est la vérité. Ils seront par elle à la taille de la mission que je leur ai donnée et qui est le prolongement de la mienne ; car de même que vous m'avez envoyé dans le monde, ainsi je les y envoie. Je ne crains point que ma prière soit écartée de vous, puisque moi-même je me sanctifie pour eux, afin qu'il ne manque rien à leur proj^re sanctification dans la vérité.
Lorsque le Seigneur parle de sanctification et pour lui et pour les apôtres, il est nécessaire de prendre ce terme en deux sens