LE SEIGNEUR TRIE POUR TOUS CEUX, QUI CROIRONT EN LUI
différents : il implique chez les apôtres un progrès, un accroissement, dont nous devons écarter la pensée lorsqu'il s'agit du Seigneur, La sanctification entraîne deux éléments : l'union à Dieu, la consécration à Dieu. Or, dans le Seigneur, l'union est parfaite, puisqu'elle s'élève jusqu'à la dignité personnelle et hypostatique ; mais il y a pourtant place pour une sanctification, puisque nous avons vu plus haut (x, 36) que le Père a sanctifié le Messie et l'a envoyé dans le monde. Plusieurs seront tentés de regarder cette sanctification comme identique à la mission divine et à l'union hypostatique elle-même ; mais ce qui nous invite à chercher une autre acception, c'est qu'à l'heure présente le Seigneur parle d'une sanctification qu'il se décerne à lui-même, dont il est par conséquent tout à la fois et la cause et le sujet. Rappelons-nous donc que, parmi les cérémonies préparatoires au sacrifice ancien se trouvait Un acte nommé sanctification ou consécration. La victime était amenée au prêtre, qui étendait sur elle la main et l'acceptait au nom de la divinité. Avant même d'être réellement immolée, elle était ainsi séparée de l'usage profane et vouée à Dieu ; elle n'appartenait plus qu'à luL La sanctification du Seigneur est de cette sorte : elle consiste dans une tradition volontaire de lui-même, où il s'offre spontanément en sacrifice à son Père, en sacrifice de propitiation poor ses apôtres et pour tous les hommes.
Jo., XVII. — 2" Xon pro eus autem rogo tantum, sed et pro eis qui credituri sunt per verhum eorum in me, ^^ ut omnes unum sirU, sicut tu, Pater, in me, et ego in te, ut et ipsi in nohis unum sint ; ut credat mundus quia tu me misisti. ^^ Et ego claritatem quam dedisti mihi, dedi eis ; ut sint unum, sicut et nos unum sumus. 2^ Ego in eis, et tu in me, ut sint consummati in unum ; et cognoscat mundus quia tu me misisti, et dilexisti eos, sicut et me dilexisti, 2^ Pater, quos dedisti mihi, vola ut ubi sum ego et illi sint mecum, ut videant claritatem meam quam dedisti mihi ; quia dilexisti me ante constituiionem mundi. ^5 Pater juste, mundus te non cognovit. Ego autem te cognovi ; et hi cognoverunt quia tu me misisti. ^^ Et notum feci eis nomen tuum, et notum faciam, ut dilectio qua dilexisti me, in ipsis sit, et ego in ipsis.
Jusqu'au verset 20, le Seigneur n'a prié que pour lui et pour ses disciples immédiats ; pourtant, lorsqu'il demande sa gloire,
c'est nous tous déjà qu'il réclame; et lorsqu'il implore auprès de son Père la sainteté et la charité de ses apôtres, c'est afin que, par eux, soit gardé et sûrement transmis le trésor surnaturel qui devait parvenir jusqu'à nous. Mais, de plus, les dernières paroles de cette prière divine nous montrent que nous avons été, en cette heUre-là, présents à la pensée du Seigneur, aimés et chéris d'avance, connus non d'une façon globale et indistmcte, comme des épis dans une gerbe immense, mais individuellement, nominatim.
Mon Père, dit le Sauveur, je ne vous prie pas seulement pour mes disciples d'aujourd'hui, mais aussi pour tous ceux qui, à la voix des apôtres, croiront en moi et entreront ainsi dans la famille de DieU. Ce que je demande pour eUx, c'est que toUs soient un ; comme vous. Père, êtes en moi et moi en vous, de même, eux aussi, qu'ils soient un en nous, afin que le monde reconnaisse que ma mission est de vous. Tout égoïsme, et partant toute division étant bannie, ils seront vraiment un comme nous, parce qu'ils seront vos fils comme moi ; et comme nous sommes unis ensemble par le Saint-Esjjrit, c'est le même lien incréé de notre Trinité qui les unira à moi, et dès lors à vous. Leur charité même sera une prédication •: à voir comment ils s'aiment et ne font ensemble qu'un cœur et Une âme, le monde confessera la divinité de ma mission et l'effusion sur eux de votre tendresse.
La prière se poursuit, demandant au Père non seulement la charité entre nous, l'unité entre nous, mais l'unité de nous tous avec Dieu même. Nous n'avons pas le droit de dimmuer, d'atténuer la parole divine. Afin de créer cette unité avec DieU, le Seigneur a usé d'une industrie de tendresse : il nous a donné toute la richesse qu'il tient du Père, il a promis sa gloire et sa filiation à tous ceux qui croiraient en lui. Je leur ai donné la gloire que vous m'avez donnée, afin qu'ils soient un comme nous sommes un. Moi en eux, et vous en moi : afin qu'ils soient consommés dans l'unité. Ils seront de la Trinité, et dans l'Unité parfaite, comme moi; fils de Dieu comme moi; aimés du même amour dont vous avez aimé votre Fils. Et le monde, à la vue de cet amour, reconnaîtra la réalité de ma mission divine.
Pater, quos dedisti mihi, volo ut uhi sum ego et illi sint viecum... C'est la suprême insistance du Seigneur, insistance filiale et pressante. Jamais il n'a pris cet accent en parlant à son Père ; au