L HUMILIATION
Jo., XVIII. — ^^ Et adduxerunt eiim ad Annarn primuin : crat enim socer Caiphae, qui erat pontifex anni iïliiis. ^* Erai, autem Caiphas, qui consilium dederat Judaeis : Quia expedit unum hominem mori pro populo... ^^ Pontifex ergo interrogavit Jesum de discipulis suis, et de doctrina ejus. ^^ Respondit ei Jésus : Ego palam locutus sum mundo ; ego semper dociii in synagoga, et in templo, quo omnes Judaei conveniunt ; et in occulto locutus sum nihil. ^^ Quid 7ne interrogas? interroga eos qui audierunt quid locutus sim ipsis ; ecce M sciunt quae dixerim ego. 22 Uaec autem cum dixisset, unus assistens ministrorum dédit alapani Jesu, dicens : Sic respondes pontifici? ^^ Respondit ei Jésus : Si maie locutus sum, testimonium perhibe de malo ; si autem bene,quid me caedis? ^* Et misit eum Annas ligatum ad Caipham pontificem.
Nous arrivons au deuxième acte de la Passion, celui que nous avons appelé riiumiliation. Le Seigneur est traité comme Un malfaiteur, traîné successivement à toutes les juridictions, condamné par chacune d'elles. D'après saint Jean, on se rendit d'abord auprès d'Anne, le beau-père de Caïphe. Celui-ci était alors grandprêtre en titre ; mais, aux yeUx des Juifs, en dépit d'une éviction qui n'avait été prononcée que par une autorité étrangère, Anne, l'ancien grand-prêtre, conservait sa dignité et sa prééminence. Pratiquement, il y avait en exercice deux grands-prêtres, et saint Luc avait pu écrire : sub principibus sacerdotum Anna et Caiplia (in, 2). Saint Jean rappelle la prophétie involontaire de Caïphe, après la résurrection de Lazare : « Il est préférable qu'un seul homme meure pour le i^euple » (xi, 49-50). Les synoptiques n'ont rien dit de ce premier interrogatoire chez Anne, tandis que
saint Jean mentionne simplement, sans aucun détail, la comparution devant Caïphc (24). On s'est demandé si l'ordre des faits n'a pas été interverti dans le texte de saint Jean. Saint Cyrille d'Alexandrie lisait le verset 24 immédiatement après le verset 14 (Patr. Gr., t. LXXIV, col. 593, 608). Ce qui est plus intéressant encore, c'est la disposition adoptée par la version syriaque sinaïtique : 12-13, 24, 14-15, 19-23, 16-18, 25-27. Le Seigneur ne serait demeuré qu'un instant chez Anne, qui aurait renvoyé l'affaire devant le pontife officiel. Il n'y a rien d'invraisemblable dans cette hypothèse. Suivons pourtant le texte traditionnel.
La comparution devant Anne a la physionomie d'une enquête préliminaire, sans formes juridiques rigoureuses ; on ne veut que recueillir des éléments pour l'accusation devant le Sanhédrin. Peut-être espère-t-on obtenir du Seigneur Un exposé qui sera de nouveau taxé d'erreur ou de blasi^hème. Le pontife l'interroge sur ses disciples et sa doctrine. Mais la réponse, dans sa .divine fierté, déconcerte tous les pièges : « C'est ouvertement que j'ai parlé au monde ; j'ai toujours enseigné dans les synagogues et dans le temple, là où tous les Juifs se rassemblent ; je n'ai rien dit en cachette. Pourquoi m' interroger? Interrogez ceux qui m'ont entendu : c'est à eux de rapporter ce que j'ai enseigné. » Le témoignage d'un prévenu est tenu pour suspect; et, dans l'espèce, l'autorité juive devait être déjà renseignée : sinon, comment justifier l'arrestation? Un des serviteurs du grand-prêtre, pour faire sa cour au maître et le tirer d'embarras, feignit de trouver irrévérencieuse la réponse du Seigneur. La personne du pontife était inviolable (Act., xxiii, 2-5). « C'est ainsi que vous répondez au grand -prêtre ! » dit-il à Jésus, en lui appliquant Un soufflet. Sans se départir de son calme, le Seigneur dit à l'insulteur : « Si j'ai mal parlé, signalez ce que j'ai dit de mal ; si j'ai bien parlé, pourquoi me frappez-voUs? » Et l'enquête étant ainsi demeurée infructueuse, Anne renvoya le Seigneur, toujours enchaîné, au tribunal de Caïphe, le pontife de fait. Il était environ trois heures du matin.
Mt., XXVI. — 5'^ At illi tenentes Jesum, duxerunt ad Caipham, principem sacerdotum, ubi scribae et seniores convetierant... ^^ Principes autem sacerdotum, et omne concilium, quaerebant faïsum testimonium contra Jesum, ut eum morti trader ent ; ^^ et non
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invenerunt, cum midti faîsi testes accessissent. Xovissime autem venerunt duo falsi testes, ^^ et dixeriint : II ic dicit : Possum destruere templum Dei, et posttriduum reaedificare illud. ^^ Et surgens princeys sacerdotum, ait iîli : Xilnl respondes ad ea quae isti adversum te testificantur ? *^ Jésus autem tacebat. Et princeps sacerdotum ait un : Adjuro te per Deum vivum, ut dicas nohis si tu es Christu^, Filius Dei. ^* Dicit illi Jésus : Tu dixisti; verumtamen dico vobis, amodo videbitis Filium hominis sedentem a dextris virtutis Dei, et venientem in nubibus caeîi. ^^ Tune princeps sacerdotum scidit vestimenta sua, dicens : Blasphemavit ; quid adhuc egemus testibu^? Ecce nunc audistis blasphemiam ; ^® quid vobis videtur? Ai illi respondentes dixerunt : Reiis est mortis.
Me, XIV. — ^^ Et adduxerunt Jesum ad summum sacerdotem ; et convenerunt omnes sacerdotes, et scribae, et seniores... ^^ Summi vero sacerdotes et omne concilium quaerebant adversus Jesum testimonium, ut eum morti traderent, nec inveniebant. ^^ Multi enim teslimonium falsum dicebant adversus eum, et convenientia testimonia non erant. °' Et quidam surgentes, falsum testimonium ferebant adversus eum, dicentes : ^^ Quoiiiam nos audivimus eum dicentem : Ego dissolvam templum hoc manu jactum, etpertriduum aliud non manu jactum aedificabo. ^^ Et non erat conveniens testimonium illorum. ^° Et exurgens summus sacerdos in médium, interrogavit Jesum, dicens : Non respondes quidquam ad ea quae tibi objiciuntur ab his? ®^ Ille autem tacebat et nihil respondit. Rursum summus sacerdos interrogabat eum, et dixit ei : Tu es Christus, Filius Dei benedicti? ^^ Jésus autem dixit illi : Ego sum ; et videbitis Filium hominis sedentem a dextris virtutis Dei, et venientem cum nubibus caeli. ^^ Summus autem sacerdos scindent vestimenta sua, ait : Quid adhuc desideramus testes? ^* Audistis blasphemiam ; quid vobis videtur? Qui omnes condemnaverunt eum esse reum mortis.
Le, XXII. — ^* Comprehendentes autem eum, duxerunt ad Jomum principis sacerdotum.
Princes des prêtres, anciens et scribes, sont tous accourus en hâte auprès de Caïphe. Le Sanhédrin s'applique à trouver contre le Seigneur, pour le livrer à la mort, une charge sérieuse. Plusieurs faux témoins sont entendus, mais on est forcé de les
écarter, tant leurs propos sont discordants. Enfin, deux se lèvent et disent : « Xous Tarons entendu déclarer : Je détruirai ce temple fait de niain d'homme, et, après trois jours, j'en bâtirai un autre non fait de main d'homme. » (Cf. Jo., n, 19.) Mais cette accusation même ne sembla pas suffisante : les deux témoignages ne concordaient pas entièrement.
Cependant, le grand-prêtre se leva et dit à Jésus : « Vous ne répondez rien à ce que ces hommes déposent contre vous? a Mais le Seigneur, qui connaissait la mauvaise foi du tribunal, garda le silence. Alors, espérant recueillir cette fois un aveU décisif, le grand-prêtre interrogea solennellement le Seigneur sur sa mission : « Je vous adjure, par le Dieu vivant, de nous dire si vous êtes le Christ, le Fils du Dieu béni ! » La réponse est grave et profonde : « Vous l'avez dit, je le suis. Et désormais, ajoute le Seigneur, je vous le déclare, vous verrez le Fils de l'homme assis à la droite de la puissance de Dieu, et venant sur les nuées du ciel » (Dan., VII, 13). C'était affirmer, à cette heure suprême, et devant l'autorité religieuse d'Israël, qu'il est le Messie, le Fils de Dieu, et, comme tel, égal à Dieu, Roi et souverain Juge. Alors, le grandprêtre déchira ses vêtements (symbole rabbinique de l'indignation et de la douleur) : « Il a blasphémé ! s'écria-t-il. Qu'avons nous encore besoin de témoins? Vous venez d'entendre le blasphème. Que vous en semble? » Unanimement, les membres présents du Sanhédrin prononcèrent : « Il mérite la mort ! »
Mt., XXVI. — ^^ Tune expv^runt in jaciem ejus, et colaphis eum ceciderunt; alii cmtem pahnas in faciem ejus dederunt, ^^ dicentes : Prophetiza nobis, Christe ; quis est qui te percussit ?
Me, XIV. ■ — ^^ Et coeperunt quidam conspuere eum, et velare faciem ejus, et colaphis eum caedere, et dicere ei : Prophetiza; et' ministri alapis eum caedebant.
Le, XXII. — ®2 Et viri qui tenebant illum, illudebant ei, caedentes. ^^ Et velaverunt eum, et percutiebant jaciem ejus et interrogabant eum dicentes : Prophetiza, quis est qui te percussit? ^° Et alia multa blasphémantes dicebant in eum.
Durant le reste de la nuit, le Seigneur, condamné, excommunié, est abandonné sans défense aux mains des valets, livré