JOSEPH D'ARIMATHIE ET NICODÈME ENSEVELISSENT JÉSUS
Saint Jean complète ici la narration des synoptiques et nous montre Nicodème collaborant avec Joseph d'Arimathic. Nicodème était sanhédrite, lui aussi : jadis il était venu s'entretenir avec le Seigneur, mais pendant la nuit. Il semble que Josej^h eut l'initiative, et qu'ensuite les deux disciples se concertèrent : tandis que Joseph se rendait chez Pilate, Nicodème achetait les aromates nécessaires à l'embaumement. Il fit les emplettes avec une libéralité magnifique et prépara cent li\Tes environ d'une mixture de myrrhe et d'aloès. Joseph se réserva d'acheter le suaire ; et c'est dans le tombeau construit pour sa famille, mais où personne encore n'avait trouvé place, qu'il voulut déposer son Maître.
On revint au Calvaire. Le cor^Ds fut détaché de la croix, avec un respect infini, et reçu dans les bras de la Sainte Vierge. Elle devint l'autel de la divine Victime. Pour un instant, Bethléem recommença. C'était bien lui ; mais inanimé, défiguré, le fils prodigue de sa vie, de son sang, de sa beauté, qui s'en revenait dormir son dernier sommeil là où il avait reposé à l'aurore de sa vie. Il fallut rcnsevclir en hâte, car la nuit était proche. On procéda selon les coutumes juives : des bandelettes, imprégnées de la composition aromatique, envelopjDèrent les membres sacrés ; la tête fut cachée dans un voile ou suaire, et un grand linceul recouvrit le corps entier.
Le tombeau de Josej^h d'Arimathic se trouvait dans un jardin très proche. C'était, non pas une fosse, mais une chambre spacieuse creusée latéralement dans le roc. Il fut possible à Joseph et à Nicodème d'y déposer leur précieux fardeau avant le commencement du sabbat solennel. Peut-être, dans la pensée des deux disciples, le lieu choisi ne devait-il pas être le tombeau définitif de Jésus : on l'eût transporté ailleurs après le sabbat. Mais le Seigneur allait devancer tous les empressements. Avant de se retirer, Joseph et Nicodème roulèrent une grosse pierre à l'entrée du tombeau : très probablement un disque de pierre, se mouvant dans une rainure du rocher. Tout était fini. La Sainte Vierge descendit du Calvaire, avec Jean.
Les saintes femmes avaient contemplé les derniers soins rendus au Seigneur, et examiné comment son corps avait été jolacé. Elles ne pouvaient se résoudre à quitter le sépulcre ; et saint Matthieu nous montre Marie-Madeleine et Marie mère de Joseph assises en face de la lourde porte. Elles finirent par s'éloigner i^ourtant, mais résolues à revenir, le sabbat terminé, avec des aromates et
des parfums. Déjà le sabbat commençait (Le., 54); elles le gardèrent religieusement.
Mt., XXVII. — ^^ Altéra auteni die, quae est post Parasceven, convenerunt principes sacerdoturn et pharisaei ad Pilatum, ^^ dicenies : Domine, recordati suvius quia seducior ille dixit adhuc vivens : Post très dies resurgam. ^* Jubé ergo cusiodiri sepulcrum usque in diem tertium, ne forte veniant discipuli ejus et jurentur eum, et dicant plehi : Siirrexit a mortuis ; et erit novissimus error pejor priore. ^^ Ait illis Pilatus : Habetis custodiam ; ite, custodite sicut scitis. ^^ lUi auteni abeuntes munierunt sepulcrum, signantes lapidem, ciim custodibus.
Le lendemain, qui était le jour après la Parascève, les l^rinces des prêtres et les pharisiens se rendirent auprès de Pilate et lui dirent : « Seigneur, nous nous sommes souvenus que cet imposteur a dit, lorsqu'il vivait encore : Après trois jours je ressusciterai. Ordonnez donc de garder le sépulcre jusqu'à la fin du troisième jour, de peur que ses disciples ne viennent, n'enlèvent son corps et ne disent ensuite au peuple : Il est ressuscité des morts ! Car cette imposture suprême serait pire que les précédentes. » C'était la troisième requête adressée au gouverneur depuis le crucifiement. La réponse de Pilate révèle l'ennui. Il semble ne se soucier aucunement de concourir plus longtemps à l'œuvre inique des pharisiens. Ils avaient, jjour garder le Seigneur mort, la même escorte qui avait arrêté le Seigneur vivant : Pilate leur répond d'en user. Il les sait assez haineux pour s'en bien servir. « Vous avez une garde, dit-il : allez, organisez la surveillance comme vous l'entendrez. » Les princes des prêtres vinrent au tombeau, scellèrent la pierre et y apostèrent des gardiens.