‹ L'évangile de notre-Seigneur Jésus-ChristChapitre 308 sur 340 · LE SEIGNEUR SE MANIFESTE A THOMAS · texte numérisé non relu

LE SEIGNEUR SE MANIFESTE A THOMAS

Notre-SeigneUr Jésus-Christ, ni à celui de l'Église, car les apôtres parlaient alors comme simples témoins, et non comme apôtres. Observons de plus que le Seigneur a déféré lui-même aux exigences de saint Thomas. N'y a-t-il pas, nous ne dirons point ù son incrédulité, mais plutôt à la lenteur de sa foi, une large part d'excuse dans la force même que la foi de tous devait retirer de sa contestation? A voir l'empressement avec lequel le Seigneur se prête au contrôle des apôtres : Quitus et praebuîi seipsum vivum post passionem suam in multis argumentis, per dies quadraginta appareils eis (Aet., i, 3) ; à reconnaître aussi rindisjjensable nécessité, pour le miracle, d'être surabondamment démontré, nous n'avons pas à nous élever outre mesure contre des prétentions qui avaient, somme toute, un côté très justifié. Car il ne s'agit pas ici d'un miracle quelconque : c'est Un miracle prédit, nécessaire, un miracle qui, pour fonder la foi de tout le genre humain, devait être entouré de garanties irrécusables. Quel a donc été le tort réel de saint Thomas? Peut-être d'avoir porté en lui une disposition critique et boudeuse ; surtout d'avoir lui-même déterminé à Dieu les conditions moyennant lesquelles il donnerait sa foi, obligeant par eons;équent le Seigneur à passer sous le joug de ses vouloirs personnels.

Quoi qu'il en soit, huit jours après, nouvelle réunion des apôtres, mais complète, cette fois, et nouvelle apparition du Seigneur. Il n'est aucunement probable que cette réunion ait eu lieu en Galilée ; elle se tint à Jérusalem, sans doute au Cénacle, alors que les fêtes de Pâque touchaient à leur fin et que les apôtres étaient sur le point de partir. Les choses se passent comme le dimanche précédent : les portes demeurant fermées, Jésus paraît au milieu des siens et leur dit : « La paix soit avec vous ! » Saint Thomas avait eu le temps de se ressaisir un peu, dans la société des apôtres, et peut-être son âme était-elle devenue plus accueillante. Le Seigneur l'aborde aussitôt. C'était trop déjà d'avoir perdu un apôtre ; il s'applique, affectueusement, à reconquérir celui-ci. Il se prête aux exigences précédemment formulées par Thomas : «Mettez votre doigt ici et voyez mes mains; approchez votre main et mettez-la dans mon côté, et ne soyez plus incrédule, mais croyant. » Le Seigneur veut amener une intelligence inquiète à cette disposition de simplicité et de confiance, qui n'est aucunement la naïveté, ni l'étourderie, mais qui trahit l'absence de tout égoïsme et procure la libre et joyeuse adhésion de

l'âme à la vérité. Omnia crédit, dira saiiit Paul de la charité.

La profession de foi de saint Thomas s'était fait attendre, mais enfin elle vient, très complète, semblable à celle de saint Pierre : « Mon Seigneur et mon Dieu ! » Ce n'est pas, comme on l'a prétendu, une simple interjection, mais, sous la forme d'une exclamation ardente, une formule assertive et qui s'adresse directement à JésUs lui-même. Le Seigneur en rendra témoignage dans mi instant. Même, cette profession de la divinité du Sauveur prépare la conclusion doctrinale sur laquelle s'achèvera l'avant-dernier chapitre de saint Jean, Il faut noter aussi que l'apôtre semble avoir renoncé à toute son enquête, et que l'aspect et la parole du Seigneur ont obtenu, sans le moindre retard, l'acte de foi plénier. Aussi le Seigneur ajoute-t-il une béatitude à celles qui ont ouvert la prédication évangélique : « Parce que vous m'avez vu, dit-il à Thomas, vous avez cru : bienheureux ceux qui, sans avoir vu, croiront. » Ce n'est pas que saint Thomas ne soit heUreUx, lui aussi, et ne soit même félicité ; mais le Seigneur semble attacher jdIus de prix encore à une foi qui n'a été obtenue que par la grâce intérieure et par le témoignage des apôtres. La déférence à Dieu semble alors plus complète, plus large, n'ayant été sollicitée que par des procédés d'ordre surnaturel.

Après l'épisode de saint Thomas, vient Une première conclusion de l'évangile de samt Jean. « Jésus ojDéra, dit-il, sous les yeux de ses disciples, beaucoup d'autres miracles encore qui ne sont pas écrits dans ce livre. » Le terme grec que nous traduisons par miracles ne désigne pas simplement les preuves de la Résurrection, et les miracles proprement dits, mais bien les événements notables, tous les actes du Seigneur capables de lui concilier l'autorité, de servir de « signes » à sa personne et à sa mission. Nous sommes donc avertis de ne point chercher dans le quatrième évangile une biographie complète du Seigneur. Bien des faits merveilleux se sont accomplis en présence des disciples, et par conséquent de saint Jean lui-même, qu'il n'a pas jugé nécessaire de raconter. Il s'est borné à recueillir ce qu'il y avait de plus conforme à son dessein, dessein défini maintenant en termes très nets : « Ce qui a été raconté dans ce livre l'a été pour que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et pour que cette foi vous procure la vie dans son 'nom. »

Si l'évangéliste avait dit simplement qu'il a écrit pour

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