NOUVELLE PÊCHE MIRACULEUSE
vinrent au rivage par la voie ordinaire, traînant après eux le filet ; il y avait deux cents coudées environ, une centaine de mètres, à franehir. En abordant, ils constatèrent que le Seigneur avait d'avance tout préparé pour le repas : du pain, du feU, et du poisson sur la braise. Mais c'était sans doute trop peu pour huit personnes, car Jésus dit aux pêcheurs : « Apportez donc quelquesuns des poissons que ^'0us venez de prendre. » Saint Pierre, alors, remonta dans la barque et amena au rivage, sans peine, semblet-il, le filet rempli de cent cinquante-trois gros poissons. Et à la différence de la première pèche miraculeuse, les mailles ne se brisèrent point. Le nombre exact des laissons est marqué dans l'Écriture comme un souvenir précis, et afin de montrer le som attentif et reconnaissant que mirent les apôtres à constater leur aubame.
Selon sa coutume, saint Augustm est parti de ce nombre 153 pour échafauder une théorie arithmétique, analogue à celle du nombre 38, qui est, cxpiique-t-il ailleurs, le nombre de Tinfirmité. Le nombre 153 possède cette propriété d'être la somme de tous les nombres depuis l'unité jusqu'à son plus grand diviseur mclusivement : 1 — 2 + 3... + 15 + 16 + 17 = 153. Tout ceci peut paraître assez éloigné de Tévangile ; mais il faut se souvenir que la préoccupation des anciens était d'associer à toute réalité une idée chrétienne, de faire pénétrer la doctrine jusque dans la région lointaine des nombres abstraits ; l'arbitraire alors ne ne leur déplaisait pas. Quoi qu'il en soit du symbolisme arithmétique de 153, l'indication de saint Jean nous invite à imaginer comment la scène évangélique peut être reconstituée : le Seigneur regardait faire, en souriant ; saint Pierre prenait les poissons dans le filet ; trois disciples les recevaient de ses mains ; trois autres les rangeaient en tas de neuf, sur le rivage : c'était le moyen le plus facile pour compter exactement. Or, il y eut dix-sept petits tas de neuf poissons chacun, ce qui donne un total de 153. A cet essai de restitution le lecteur pourra d'ailleurs faire le même sort qu'à la théorie de saint Augustin !
La capture une fois reconnue, le Seigneur invite les apôtres à leur repas du matta : « Venez déjeuner », leur dit-il. Aucun d'eux ne songeait à lui demander : « Qui êtes-vous? » car ils savaient que c'était le Seigneur ; une pareille question leur eût paru de l'incrédulité et de rinsolence, tant ils étaient sûrs maintenant d'être en face de lui. Là où la Vulgate lit : « aucun des convives », il
86 i HUITIEME PARTIE. — CHAPITRE II
faut lire, selon le grec : « aucun des disciples » ; en effet, ils n'étaient pas encore à table. La douce intimité qui existait avant la Passion se retrouvait comme d'elle-même ; rien n'était changé, la vie commune reprenait comme autrefois. Les détails de cette affectueuse familiarité se trahissent jusque dans la sobriété du récit. Ce n'était que par condescendance qUe le Seigneur acceptait de la nourriture, après la Résurrection ; aussi avait-il du loisir. Il en usait pour servir, de ses mains divines ; il ne dédaignait pas de servir à table : on eût dit qu'il l'ainbitionnait comme un honneur. Aussi bien, les apôtres avaient passé une mauvaise nuit, et l'effort dernier avait ajouté à leur fatigue. Mais de cette fatigue il ne restait rien ou peu de chose, lorsqu'ils contemplaient le Seigneur leur distribuer à chacun, avec une grâce infinie, la portion de pain et de poisson. — Ce fut la troisième fois, dit saint Jean, que Jésus se manifesta à ses disciples depuis sa Résurrection d'entre les morts. Il faut l'entendre des apparitions à un groupe, aU collège apostolique réuni ; car il y eut une apparition spéciale à saint Pierre et, en faveur de saint Jacques, une autre dont nous ne saurions déterminer la date (I Cor., xv, 5-7).
Jo., XXI. — ^^ Cum ergo grandissent, dicit Simoni Petro Jestis : Simon Joannis, diligis me plus his? Dicit ei : Etiam, Domine, tu scis quia amo te. Dicit ei : Pasce agnos meos. ^^ Dicit ei iterum : Simon Joannis, diligis me ? Ait illi : Etiam, Domine, tu scis quia amo te. Dicit ei : Pasce agnos meos. ^"^ Dicit ei tertio : Simon Joannis, amas me? Contristatus est Petrus, quia dicit ei tertio : Amas me? et dixit ei : Domine, tu omnia nosti ; tu scis quia amo te. Dixit ei : Pasce oves meas, ^^ Amen, amen dico tibi, cum esses junior, cingebas te, et ambulabas ubi volebas ; cum autem senueris, extendes manus tuas, et alius te cinget, et ducet quo tu non vis. ^^ Hoc autem dixit, significans qua morte clarificaturus esset Deum. Et cum hoc dixisset, dicit ei : Sequere me. ^o Conversus Petrus, vidit illum discipulum quem diligebat Jésus, sequentem, qui et recubuit in coena super pectus ejus, et dixit : Domine, quis est qui tradet te? ^^ Hune ergo cum vidisset Petrus, dixit Jesu : Domine, hic autem quid? ^^ Dicit ei Jésus : Sic eum volo manere donec veniam, quid ad te? Tu me sequere. ^^ Exiit ergo sermo iste inter fratres quia discipulu^ ille non moritur. Et non dixit ei Jésus : Non moritur, sed : Sic eum volo manere donec veniam, quid ad te? 2* Hic est discipulus ille qui