‹ L'évangile de notre-Seigneur Jésus-ChristChapitre 312 sur 340 · SAINT PIERRE EST CONFIRMÉ ^ASTEUR SUPRÊME · texte numérisé non relu

SAINT PIERRE EST CONFIRMÉ ^ASTEUR SUPRÊME

testimonium perhibet de his, et scripsit haec ; et scimus quia verum est testimonium ejus. ^° Sunt autem et alla multa quae fecit Jésus ; quae si scribantur per singula, nec ipsum arbitrer mundum capere posse eos, qui scribendi sunt, libros.

Les disciples sont assis encore, émus de tout ce qui vient de se passer, recueillis. Lors de sa première rencontre avec le Seigneur ressuscité, saint Pierre avait pu solliciter déjà et obtenir son pardon. Mais enfin, il y avait eu faute publique, un vrai scandale donné à ses frères par le chef du collège apostolique ; il convenait qu'il y eût réparation, et il nous semble que le cœui' de saint Pierre a dû la déiirer. On aurait pu d'ailleurs se demander peut-être si, à la suite de son triple reniement, il n'avait pas encouru une déchéance. Le Seigneur prit les devants : Simon Joannis... Saint Jean donne au jjrince des apôtres le nom de Simon -Pierre ; le Seigneur, lui, aime, dans les circonstances solennelles, à l'appeler Simon, fils de Jean. Ce n'est plus précisément le docteur (Mt., xvi, 16), c'est le pasteur suprême que Jésus veut constituer, ou plutôt confirmer, chez saint Pierre ; et au lieu de lui demander comme auparavant une profession de foi, c'est une attestation de charité qu'il provoque, comme la condition préalable à l'exercice de sa mission.

On dirait que le Seigneur a dissimulé un piège dans sa question. Autrefois, saint Pierre, trop sûr de lui, s'était laissé entraîner à protester de la qualité supérieure de son attachement : « Alors même que tous les autres seraient scandalisés à votre sujet, moi, je ne me scandaliserai jamais ! » Il s'était élevé au-dessus de tous ; il tomba, de fait, au-dessous d'eux. La question du Seigneur est posée de façon à reconnaître si, dans l'âme de saint Pierre, il reste encore quelque trace de cette confiance personnelle : « Sinion, fils de Jean, m'aimcz-vous plus que ceux-ci''^ » La réponse de Pierre est admirablement belle et prudente. Il écarte le piège. Il ne s'élève plus, il ne se compare plus, il n'affirme plus rien de lui-même ; il en appelle au témoignage et à la science infinie du Sauveur, et par là laisse aU Sauveur le soin de répondre à sa pro23re question, associant ainsi la foi et la charité : « Oui, Seigneur, vous savez que je vous aime. » Et le Seigneur lui répond : « Paissez mes agneaux. » Une seconde fois la question est adressée : « Simon, fils de Jean, m'aimez -vous? » les mots « plus que ceux-ci » ont disparu. Et la réponse est la même : « Oui, Sei-

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gneur, vous savez que je vous aime. — Paissez mes brebis. » Puis, un instant après : « Simon, fils de Jean, reprend le Seigneur, m'aimez-vous? » La scène n'avait pas été concertée d'avance entre le Seigneur et saint Pierre, et ce ne fut sans doute qu'à la troisième demande que l'apôtre comprit le rapport secret des questions posées par son Maître avec son triple reniement. Il s'attrista, dit l'évangile, de ce qUe le Seigneur lui eût répété une troisième fois : « M'aimez-vous? » et, dans sa réponse, ce n'est pas la protestation de sa tendresse qu'il accentua, mais la connaissance divine qu'en avait Jésus : « Seigneur, vous connaissez toutes choses, vous savez que je vous aime. — Paissez lïies brebis ,» lui fut-il répondu encore.

Nous ne pensons pas qu'il y ait lieu de donner une acception différente à l'emploi des deux verbes grecs ('p'iXéto, à yaTcco ) dans les questions et réponses. Le Seigneur interroge en se servant d'un terme, saint Pierre répond en se servant d'un autre ; dans la troisième question, le Seigneur lui-même emploie le verbe auquel saint Pierre s'est toujours tenu ('piXsco). Ce sont des synonymes ; on ne conçoit pas bien, d'ailleurs, que saint Pierre ait pu répondre à côté de ce que lui demandait le Seigneur. En revanche, il convient, croyons-nous, de distinguer trois modes selon lesquels s'exerce la primauté apostolique. « Paissez mes agneaux : » les petits ont besoin qu'on leur donne la nourriture, il faut se faire humble avec eux et descendre aux soins maternels. « Guidez mes brebis : » les brebis sont arrivées, elles, à l'âge du discernement ; jjourtant, il est nécessaire qu'elles soient conduites, maintenues -et ramenées dans l'unité ; ce n'est pas une société amorphe et désordonnée que le Seigneur veut créer, en ce monde. Enfin : K Paissez mes brebis » : il assurera donc la nourriture aux brebis elles-mêmes. Le troupeau entier, agneaux et brebis, fidèles et pasteurs, est confié à saint Pierre ; il est remis à son pouvoir suprême pour être, par ses soins, enseigné et guidé vers Dieu.

C'était, avec le pardon, accordé de façon très délicate, une eonsécration définitive de la primauté de Pierre. On conçoit pourtant qu'un regret ait subsisté dans le cœur de l'apôtre. « Il est vrai, a-t-il pu se dire. Dieu pardonne et me rend sa tendresse et sa confiance. Mais il est certain aussi que, malgré ma promesse, je n'ai pas eu le courage d'aller à la mort avec mon Maître. J'ai laissé passer l'occasion unique ; j'ai manqué ma vie... » Ceci n'est pas une simple hypothèse, naturelle d'ailleurs ; elle est sug-

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