‹ L'évangile de notre-Seigneur Jésus-ChristChapitre 313 sur 340 · SAINT PIERRE EST CONFIRMÉ PASTEUR SUPRÊME · texte numérisé non relu

SAINT PIERRE EST CONFIRMÉ PASTEUR SUPRÊME

gérée par ce qui suit. La parole du Seigneur revêt les formes solennelles pour rassurer l'apôtre : Non, Pierre, vous n'avez pas manqué votre vie. L'occasion se représentera. En vérité, en vérité, je vous le dis : maintenant, vous mettez vous-même la ceinture autour de vos reins, vous êtes maître de vos mouvements. Tout à l'heure vous avez témoigné de cette liberté jeune et alerte, en vous ceignant de votre tunique et en vous jetant dans les flots. Mais lorsque vous aurez vieilli, parlé, écrit, travaillé à fonder l'Église, vous étendrez les mains, et c'est un autre qui vous ceindra et vous conduira, comme un prisonnier et un coupable, là où vous ne voudrez pas... — Cela ne signifie pas que saint Pierre ne trouvera nulle joie dans son martyre, mais bien que le terme auquel il sera conduit répugne à la nature. Le Seigneur parlait ainsi, écrit ré\'angéliste longtemps après la mort de saint Pierre, pour signifier le genre de mort par lequel il glorifierait Dieu : une mort, non jms naturelle, mais violente. Le Seigneur voulait-il suggérer à saint Pierre, d'une façon plus précise encore, quel serait le mode de son martyre : le crucifiement, selon plusieurs anciens? On peut le supposer, à certaines indices fournis par les paroles mystérieuses du Seigneur, l'extension des mains, par exemple. Peu de temps avant la réalisation de la prophétie, saint Pierre recevra encore un a\crtissement secret : Certus quod velox est deposiiio tabernaeuli mei, secundum quod et Dominus noster Jésus Christus significavit mihi (II Petr., i, 14).

Ce qui vient ensuite, dans l'évangile, prête à l'ambiguïté. Le Seigneur dit à Pierre : « Suivez-moi. » Est-ce Un impératif avec le sens du futur? Le Seigneur, continuant ce qu'il a comnu'ucé, s'applique-t-il à rassurer saint Pierre en lui promettant qu'il sui\Ta son Maître et mourra de la même mort que lui? Ce serait alors Une invitation adressée au premier pasteUr de suivre, en toutes choses, l'exemple du Bon PasteUr (Jo., xiii, 36). Peutêtre simplement le Seigneur a-t-il voulu prendre Pierre en particulier et l'emmener à l'écart. Au moment où Pierre se mettait en marche pour obéir au Seigneur, il se retourna, dit l'évangile, et aperçut derrière eux, les suivant, le disciple que Jésus aimait, celui qui, pendant la Cène, avait reposé sa tête sur la poitrine de Jésus et lui avait adressé la question : « Qui est-ce qui vous trahira? » A la vue de saint Jean, saint Pierre demanda, avec sa vive simplicité : « Seigneur, et celui-ci, qu'en sera-t-il de lui ? »

Le Seigneur venait de dire à Pierre quel serait son lot et sa destinée ; pourquoi n'aviserait-il pas de même un disciple aimé de ce que lui réservait la Providence? On dirait que l'intervention de Pierre a pour dessein de rendre fraternellement à Jean ce que Jean a fait pour lui durant la Cène (Jo., xiii, 23-25),

Sans répondre directement à la question de saint Pierre, le Seigneur eut quelques paroles évasives, peut-être tempérées d'un sourire, comme on fait d'habitude pour décevoir la curiosité ou l'indiscrétion. C'était peut-être aussi une réponse, mais enveloppée d'une formule hypothétique qui ne serait comprise que dans la suite, lorsque viendrait l'événement et qu'on le rapprocherait de l'allusion prophétique. La mort violente était pour saint Pierre, la mort naturelle pour saint Jean : il devait même sortir plus vigoureux d'une cuve d'huile bouillante. Mais le Seigneur ne juge pas à propos de donner une réponse catégorique : « Si je veux qu'il demeure jusqu'à ce que je vienne, que vous importe? Pour vous, suivez-moi. » Quelle est cette venue du Seigneur? Sera-ce quand il viendra rappeler saint Jean en le laissant passer par la mort? ou bien, s'agit-il de la « venue » du Seigneur à Jérusalem, en l'an 70, par la destruction de la ville et la diffusion de l'Église à travers le monde ?

Quoi qu'il en soit, les paroles du Seigneur, prononcées en aparté, furent mal entendues, mal interprétées, et, comme il advient régulièrement toutes les fois qu'un récit passe de bouche en bouche, une légende circula bientôt parmi les frères : on disait que ce disciple-là ne connaîtrait point la mort. L'autorité de cette légende sembla favorisée dans la suite par la longévité de Jean ; on se demanda si le disciple bien-aimé ne serait pas l'Hénoch du Nouveau Testament, si sa vie ne se prolongerait pas jusqu'à l'avènement dernier du Sauveur. Mais l'évangéliste, qui espérait bien mourir, arrête tous ces commentaires, et, sans fournir d'ailleurs la solution exacte, se borne à reproduire textuellement la parole énigmatique du Seigneur : « Jésus ne lui a pas dit qu'il ne mourrait pas, mais bien : Si je veux qu'il demeure jusqu'à ce que je vienne, que vous importe ? » Est-il besoin de noter que les réflexions du verset 23 impliquent qUe saint Jean existait encore lorsque s'écrivaient ces pages, et que le fait dûment constaté de sa mort n'était pas encore venu ruiner la légende?

Deux autres versets forment la seconde conclusion de l'évangile de saint Jean : « C'est ce même disciple qui témoigne en faveur

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