LA MISSION DES APOTRES
des faits ci-dessus racontés et qui les a mis par écrit, et nous savons que son témoignage est véritable. Il est beaucoup d'autres œuvres encore que Jésus a accomplies; si on les écrivait en détail, je ne pense pas que le monde lui-même pût contenir les livres qui seraient ainsi composés. » L'hyperbole est évidente. — On a supposé parfois, non sans quelque vraisemblance, surtout à raison du pluriel «nous savons », que ces versets ont été ajoutés par les prêtres d'Éphèse, lorsqu'ils ont voulu adresser à d'autres églises l'évangile de saint Jean et l'accréditer auprès d'elles comme étant vraiment de l'apôtre. Mais nous pensons que ces deux versets sont liés l'un à l'autre et que le dernier réclame, par sa structure même, d'être placé sous la plume de saint Jean ; saint Jean seul, témoin des événements de la vie du Sauveur, pouvait, comme dernier survivant, affirmer que leur relation complète serait d'un détail infini.
Mt., XXVIII. — ^^ Undecira autem discipuli ahierunt in Galilaeam, in montem ubi constituerai illis Jésus. ^' Et videntes eum, adoraverunt ; quidam autem dubitaverunt. ^^ Et accedens Jésus îocutus est eis, dicens : Data est mihi omnis potestas in caelo et in terra. ^® Euntes ergo, docete omnes gentes, baptizantes eos in nomine Patris, et Filii, et Spiritus sancti ; ^^ docentes eos servare omnia qtiaecumque mandavi vobis. Et ecce ego vobiscum sum omnibus diebus, usque ad consummationem saeculi.
Les onze apôtres s'étaient rendus en Galilée ; ils vinrent, selon saint Matthieu, sur la montagne que Jésus leur avait indiquée. On ne nous dit pas le nom de cette montagne du rendez-vous ; elle fut sans doute désignée aux apôtres au cours d'une entrevue que les évangélistes n'ont pas racontée. Or cette entrevue ne saurait être confondue, ni avec la scène décrite au chapitre xxi de saint Jean, ni avec l'entrevue qui se termina par l'Ascension ; mais peut-être faut-il l'identifier avec la réunion plénière mentionnée par saint Paul : Visus est plus quam quingentis fratribus simul (I Cor., xv, 6). On s'expliquerait, dans cette hypothèse, que « quelques-uns », parmi les cmq cents disciples, aient encore douté de la Résurrection ; à cette date, les apôtres, eux, ne doutaient plus. « En le voyant, poursuit saint Matthieu, ils se prosternèrent ; mais quelques-uns doutèrent. Et s'approchant, Jésus
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leur parla en ces termes : Toute puissance m'a été donnée au ciel et sur la terre. Allez donc, enseignez les hommes de toutes les nations, les baptisant au nom du Père, et du Fils, et du Saint- Esprit, leur enseignant à observer tout ce que je vous ai prescrit. Et voici que je suis avec vous tous les jours jusqu'à la consommation du siècle. «
Il n'est personne qui mécomiaisse l'importance souveraine de chacune de ces paroles. Le Seigneur est roi ; l'univers entier lui a été donné par son Père en héritage ; il l'a acquis de son sang. Bientôt, à l'Ascension, il va j^rendre possession du ciel ; puis, par ses envoyés, par ses apôtres, il prendra possession de la terre. Les apôtres n'attendront point qu'on vienne chercher la vérité auprès d'eux ; ils iront la jx)rter à ceux qui ne la cherchent pas. Leur premier office sera de rendre un témoignage, et la réponse du croyant consistera dans une adhésion de son mtelligence à des vérités proposées par Dieu. Le second office des apôtres sera de baptiser, c'est-à-dire de pardonner, de sanctifier, de donner une vie nouvelle in nomine Patris, et Filii, et Spiritus sancti. Et le Seigneur fait allusion ici non seulement à la confession, à la profession de foi au Père, au Fils et au Saint-Esprit, qui sera impliquée dans le baptême : mais encore au caractère de cette vie même communiquée au baptême, laquelle est essentiellement, et par Jésus-Christ, la vie avec le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Cependant, il ne suffit pas d'avoir, par le baptême, commencé à appartenir au Seigneur ; il faut encore maintenir, dans tous les domaines de notre activité, les conditions de cette union première, la docilité aux vouloirs de Dieu ; les apôtres sont chargés d'y veiller : Docentes eos servare omnia quaecumque mandavi vohis. Il y a donc ici-bas des hommes accrédités par Dieu, munis par lui de plems pouvoirs, dispensateurs pour le monde entier de la doctrine, de la grâce, de la direction surnaturelle. Organe d'enseignement, organe de sanctification, organe de gouvernement : telle est l'Église, dans sa hiérarchie.
Le séjour permanent dont nous parle ensuite le Seigneur n'est pas la pennanence de l'Eucharistie, ni celle de la vie surnaturelle en chaque âme fidèle ; mais une forme d'assistance spéciale, d'une absolue fermeté, soustraite aux conditions du temps : et ecce ego vohiscum swni : «Je suis avec vous. — Mais nous mourrons. Seigneur? — Je suis avec vous jusqu'à la fin des siècles. » Pour que cette promesse se réalise, il faut que les disciples à