‹ L'évangile de notre-Seigneur Jésus-ChristChapitre 34 sur 340 · LES NOCES DE CANA · texte numérisé non relu

LES NOCES DE CANA

Le terrain étant déblayé, il nous faut rechercher une signification plus probable du Quid mihi et tihi est, mulier? C'est une locution hébraïque usitée dans la conversation et que nous trouvons une dizaine de fois dans l'Écriture. Et si l'on s'efforce de donner à la formule employée dans ces cas très variés une traduction comnunie et qui convienne à tous, il est facile de reconnaître partout im « laissez-moi », dont la valeur varie selon les circonstances. La parole écrite a un inconvénient : elle est froide et figée. Les mots, sur le papier, ont la valeur qu'ils possèdent dans les colonnes d'un dictionnaire. Dans la conversation parlée, surtout entre personnes qui se comprennent, les mots sont nuancés par l'accent, le regard, un geste, Un sourire. A défaut de l'accent, qUe nous ne saurions restituer, c'est donc le contexte, ce sont les circonstances de détail qui nous aident à interpréter la parole évangélique. Notre-Dame sollicitait un miracle et, dans ce miiracle, la manifestation du Seigneur au monde ; l'occasion semblait opportune. La demande était pour le Seigneur une sorte de mise en demeure. C'était une douce violence, mais enfin c'était une violence qui lui était faite, et contre laquelle le Sauveur, à demi vaincu, proteste filialement : « Non, laissez-moi; pas encore : mon heure n'est pas venue. » A regret, semble-t-il, le Fils de Marie s'arrache au charme de sa vie cachée. — Mais il ne donne pas à la Sainte Vierge le nom de Mère? — Il est vrai ; il lui dit : Mulier, y'jvai, comme il dira sur la Croix. Mais nous ne devons pas nous méprendre sur le sens original de cette appellation qui, chez les Grecs, peut enveloijper de l'affection, au lieu du ton froid et distant de la locution française : Femme. Dans Sophocle, par exemple, Ajax dit à son épouse Tecmesse : « Femme, yjvxt, le silence est la parure des femmes », à une heure où il ne songe . qu'à atténuer la douleur de son éj^ouse et à se défendre doucement contre sa tendresse. Il est bien d'autres exemples.

A lire superficiellement le verset que nous venons d'expliquer, trop longuement peut-être, on n'y voit que l'expression d'un refus; et pourtant, tout se passe comme si le miracle était accordé. Un commentateur a-t-il le droit de comprendre les paroles du Seigneur autrement que la Vierge elle-même ne les a comprises? Car, pour elle, la cause est gagnée ; nulle hésitation ; elle devine que, dans la volonté du Seigneur, les procédés mêmes selon lesquels le miracle s'accomplira sont arrêtés. Elle dit aux serviteurs : « Tout ce qu'il vous dira, faites-le. » Il y avait près de la

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