‹ L'évangile de notre-Seigneur Jésus-ChristChapitre 35 sur 340 · L'ÉVANGILE DE >'.-S. J.-C · texte numérisé non relu

L'ÉVANGILE DE >'.-S. J.-C

salle du festin six urnes de pierre, disposées pour les purifications habituelles aux Juifs avant les repas (Me, vu, 3-4). Elles étaient Addes à ce moment. Chacune d'elles pouvait contenir deux ou trois métrètes ; le métrète était une mesure grecque de trentehuit ou trente-neuf litres. « RempHssez d'eau les urnes, » dit Jésus aux serviteurs. Et ils les remplirent jusqu'aux bords. Le Seigneur veut faire divinement les choses, et pour la quantité et pour la qualité. « Puisez rriaintenant, poursuit-il, et portez au maître du festin. » On lui obéit encore. Tout se passe vite, comme il convient. A V architriclinus appartenait l'ordonnance du festin : il assignait à chacun sa place, assurait le service, réglait toutes choses ; afin d'éviter aux convives toute surprise désagréable, il goûtait les mets et les vins. Le vin qu'on lui présente en cette fin de repas lui paraît extraordinaire. Et encore, il ne savait pas tout ; son étonnement eût redoublé s'il eût été aussi renseigné que les serviteurs qui avaient remiDli d'eau les grandes unies. Il goûta, et, persuadé que ce vin de la dernière heure venait, comme l'autre, des celhers de l'époux, il l'interpella et le félicita joyeusement : « Tout le monde, lui dit-il, sert d'abord le bon vin ; puis, quand les convives ont le palais blasé et sont moins capables d'api^récier, on apporte quelque chose d'inférieur. Mais vous, c'est le bon vin que vous avez gardé jusqu'à maintenant ! »

Tel fi.t, note saint Jean, le commencement des merveilles accomplies par Jésus. Le miracle se produisit non en Judé^, mais à Cana de GaUlée : comme si, même avant d'y être déterminé joar les circonstances, le cœur du Seigneur inclinait déjà vers cette région plus simple, plus naïve, voisine de la gentilité. Il manifesta sa gloire et sa puissance, et ses disciples eurent foi en lui.

Jo., II. — 12 Post Jwc descendit Caphamaum ipse, et mater ejus, et fratres ejus, et discipuli ejiis ; et ihi manserunt non multis diehus. 1^ Et prope erat Pascha Judaeorum., et ascendit Jésus Jerosolymam ; i* et invenit in templo vendentes boves, et oves, ei columhas, et numularios sedentes. ^^ Et cuni fecisset quasi flagellum de funiculis, omnes ejecit de templo, oves guoque, et boves ; et ^lumulariorum effudit aes, et mensas subvertit. ^^ Et his qui columbas vendebant, dixit : Auferte ista hinc, et nolite facere domum Patris mei

EXPULSION DES VENDEtfRS DU TEMPLE 115

domum negotiaiionis. ^' Recordaii sunt vero discipuli ejus quia scriptum est : Zelus domus tuae comedit me. ^^ Responderunt ergo Judaei, et dixerunt ei : Quod sigmim osiendis nobis quia haec fads? ^^ Respondii Jésus, et dixit eis : Solvite teriiplum hoc, et in trihtis diebus excitabo illud. '^^ Dixerunt ergo Judaei : Quadraginta et sex annis aedifîcatum est templwn hoc, et tu in tribus diebus excitabis illud? -^ Ille autem dicebat de templo corporis sui. ^^ Cum ergo resurrexisset a mortuis, recordati sunt discipuli ejus quia hoc dicebat, et crediderunt Scripturae, et sermoni quem dixit Jesu^. ^^ Cum autem esset Jerosolymis in Pascha in die festo, multi crediderunt in nomine ejus, videntes signa ejus quae jaciebat. ^^ Ipse autem Jésus non credebat semetipsum eis, eo quod ipse nosset omnes, -^ et quia opus ei non erat ut quis testimonium perhiberet de homine ; ipse enim sciebat quid esset in homine.

De Cana, le Seigneur, sa Mère, ses frères, c'est-à-dire ses parents, enfin ses disciples, toute la caravane, au lieu de retourner à Nazareth, « descendit » à Capharnaûm, car, selon le langage des Palestiniens, on descend toujours lorsqu'on s'éloigne de Jérusalem. Capharnaiun sera la demeure habituelle du Seigneur au cours du ministère gahléen ; mais ce premier séjour ne dura que peu de temps. Au bout de quelques jours, le Seigneur revint vers la Judée et monta à Jérusalem, pour « la Pâque des Juifs » : saint Jean s'exprime ainsi parce qu'il connaît depuis longtemps une autre Pâque. C'est par les fêtes de Pâque que nous nous proposons de jalonner les trois années de ministère : nous compterons quatre Pâques.

Saint Jean raconte ici une expulsion des vendeurs du temple. La plupart des exégètes catholiques la distinguent de celle que les synoptiques placent au début de la grande semaine. Lorsque le Seigneur pénétra dans le temple, c'est-à-dire probablement dans le parvis des gentils, il y trouva établi un marché bruyant et scandaleux : des bœufs, des brebis, des colombes, à l'usage de ceux qui devaient, à l'occasion de la Pâque, offrir des sacrifices. Il y avait aussi des changeurs, assis derrière leurs petites tables. Car chaque IsraéUte devait acquitter annuellement, pour l'entretien du temple, l'impôt du didrachme ou demi-sicle ; mais les pièces romaines, à l'effigie de César, n'ayant pas cours dans le sanctuaire, on les changeait, à l'époque du Seigneur, en

monnaie tyrienne, qui était reçue comme monnaie juive. La taxe du change avait bien été déterminée par les rabbins, mais elle s'élevait, naturellement, à raison de l'affluence des pèlerins autour des comptoirs. Le Seigneur fit acte d'autorité. Armé, comme d'un fouet, d'un faisceau de cordes, il expulsa bœufs et brebis, renversa les tables des changeurs avec leur monnaie, et à ceux qui vendaient des colombes il signifia : « Emportez cela d'ici ! Ne faites pas de la maison de mon Père une maison de négoce. »

Ce n'était donc pas simplement, ces j^aroles le prouvent bien, un mouvement de zèle, mais encore une revendication de droit; c'était, chez le Fils de Dieu, la jalousie même de l'honneur de son Père qui l'obligeait à réclamer la sainteté du temple. « Il n'y aura plus désormais de marchands dans la maison du Dieu des armées », est-il écrit au dernier verset de la prophétie de Zacharie. Mais l'évangéliste observe que ce furent les paroles du Psaume lxviii qui se présentèrent sur l'heure à l'esprit des disciples : « Le zèle de votre maison me dévore. » Ils recueillaient avec joie chacun de ces indices, chacun de ces traits qui accroissaient leur foi en la mission de leur Maître. Seulement, à côté des apôtres, il était des esprits qui goûtaient beaucoup moins une intervention qui déconcertait leurs petites affaires et ruinait leurs profits. Accomjali par un homme qui n'est même pas prêtre, et n'a, par conséquent, aucune mission ordinaire, cet acte irrite les gens de la Synagogue en même temps qu'il les surprend. Ils demandent ses titres au i^roi^hètc improvisé : « Quel signe nous donnez-vous de votre autorité, jDOur agir de la sorte? » Les Juifs, selon leur habitude, réclament des prodiges. A cette mise en demeure, le Seigneur fait une réjDonse extraordinaire, qui mérite d'autant plus de nous arrêter, qu'elle lui deviendra familière en face des exigences des Juifs, Peut-être, d'ailleurs, dans cette conversation rajDide, qui ressemble à une passe d'armes, des paroles ont-elles été échangées dont la suppression rend énigmatique la réplique du Seigneur. Peut-être aussi, en face de gens irrités et de mauvaise foi, le Seigneur mesure-t-il à dessein la lumière. Et n'a-t-il pas toujours le droit, lorsqu'il nous j^arlc, de se lîlaecr à la hauteur de sa science divine? Si en^•ek)I)pée que fût la projîhétic, elle témoignait du moins, et dès la première heure, que le Seigneur n'ignorait ni la fin de sa vie, ni ceux qui lui donneraient la mort, ni sa propre résurrec-

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